‹ Poésies complètes. PubliéesChapitre 46 sur 95 · LETTRE AUX ÉDITEURS · texte numérisé non relu

LETTRE AUX ÉDITEURS

Vous me demandez, Messieurs, ce que je pense des poésies de M. Dovalle dont vous avez bien voulu m'envoyer le manuscrit, et vous paraissez croire que l'expression de mon opinion personnelle ajouterait quelque intérêt à cette publication déjà si intéressante par ellemême. C'est de votre part, Messieurs, une erreur obligeante pour moi, mais c'est une erreur. Ma voix est loin d'avoir l'autorité que vous semblez lui supposer. Il faut.

CHARLES DOVALLE

pour agir puissamment sur les intelligences, deux choses : génie et conviction. Je sais qu'une de ces deux choses me manque, et, en conscience, ce n'est pas la conviction. Ce n'est donc pas ma parole qui, par son influence ou son retentissement, pourra contribuer en rien au succès de ces poésies. D'ailleurs, malheureusement pour vous qui l'avez connu, et pour moi qui aurais pu le connaître, M. Dovalle n'a besoin maintenant de qui que ce soit pour réussir. En littérature, le plus sûr moyen d'avoir raison, c'est d'être mort.

N'insistez donc pas. Messieurs, pour avoir de moi, sur les poésies de M. Dovalle, une opinion qui vaille la peine d'être controversée. Et puis, ce manuscrit du poète tué à vingt ans réveille de si douloureux souvenirs ! Tant d'émotions se soulèvent en foule sous chacune de ces pages inachevées ! On est saisi d'une si profonde pitié au milieu de ces odes, de ces ballades orphelines, de ces chansons toutes saignantes encore ! Quelle critique faire, après une si poignante lecture ? Comment raisonner ce qu'on a senti ! Quelle tâche impossible pour nous autres surtout, critiques peu déterminés, simples hommes d'art et de poésie ! Aussi, Messieurs, après avoir lu ce manuscrit, n'est-ce pas de l'opinion, mais de l'impression qui m'en reste que je vous entretiendrais volontiers.

Et d'abord. Messieurs, ce qui frappe en commençant

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