APRÈS UNE PLUIE D'ORAGE
Lia Campagne
SLpPès une pluie d'oirage
De l'eau qui tombe goutte à goutte, Chrysa, je n'entends plus le bruit :
Le ciel est clair, l'ouragan fuit ; L'oiseau joue au bord de la route.
Entre les sentiers tortueux, Sous les verts buissons d'aubépines, Parmi les touffes d'églantines, Chrysa, veux-tu venir tous deux ?
Les papillons du crépuscule De nouveau brillent étalés, Sous le vent la prairie ondule, La caille chante dans les blés. . .
Viens, avant que le jour finisse, Viens, Chrysa, donne-moi la main ; Du vallon prenons le chemin :
L'heure aux doux songes est propice !,
li'Indiîîérente
Ah! qu'elle est belle!... qu'elle est belle I... Oh ! qu'il doit avoir de bonheur Celui qui respire près d'elle, Celui qui fait battre son cœur !
Et l'on m'a dit : « Non ! . . . cette femme Que tant d'amour semble entourer, Froide et rêveuse, n'a point d'âme Qu'un jeune époux puisse enivrer ! »
Jamais sa paupière brûlante Dans ses yeux n'a caché de feu ; Jamais à sa lèvre tremblante Nul n'a surpris un tendre aveu.
bb POESIES DE CHARLES I)0\'ArXE
Comme la brise qui soupire Après une longue chaleur, Arrache un murmure à la lyre, Arrache une feuille à la fleur :
Mille amans cherchent à lui plaire.
Mais elle n'en prèrère aucun.
Sur une tige solitaire C'est une rose sans parfum. . .
Blasphème ! . . . au fond de sa pensée Si jamais œil mortel n'a lu ; A la main qui l'avait pressée Si sa main n'a point répondu.
C'est qu'à cette âme encore muette, Pour qu'elle rende un premier son, Il faut une âme de poète, Comme du soleil à Memnon ! . . .
lie Poète méconnu
Enfant, sa jeune âme a des ailes, A des ailes de papillon :
Tantôt errant sur un sillon Et rasant les moissons nouvelles.
Tantôt empressée à s'asseoir, Rêveuse, au sein des églantines.
Ou, sous les blanches aubépines, Respirant les parfums du soir.
Jeune homme, à ses ailes accrues Il se fie, ainsi qu'un aiglon, Oui, dédaignant l'humble vallon, Bâtit son aire dans les nues :
Son œil va fixer l'astre-Dieu, Dont un rayon donne la vie ; Et la flamme, au soleil ravie, Lui trace une route de feu.
Quand les réalités sévères, Plus tard, apportant la douleur, L'une après l'autre de son cœur Arrachent les douces chimères, L'àme du poète attristé S'abat, pareille à la tempête.
Et poursuit d'une aile inquiète Un avenir désenchanté.
Bientôt il trouve la vieillesse :
C'est en vain qu'il s'est efforcé De soustraire son front glacé A la main du Temps qui le presse Alcyon flottant sur l'écueil.
Il appelle son âme errante.
Ouvre encore une aile mourante. .
Et va tomber dans un cercueil !
Là seulement, pour le génie, Commence la postérité :
Radieux d'immortalité, Ressaisis ta gloire ternie, Poète ! . . . on t'abreuva de fiel, Ton lit de mort fut solitaire, Mais ton dernier pas sur la terre Est ton premier pas vers le ciel !
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