RONDEAU LVIII
Ung cueur, ung vueil, une plaisance , Ung désir, ung consentement , Ung reconfort, ung pensement , Fermez en loyalle fiance ,
Dieu que bonne en est l'accointance !
Tenir la doit on chierement :
Ung cueur, ung vueil , une plaisance , Ung désir, ung consentement.
Contre Dangier et sa puissance , Qui les het trop mortelement , Ga-rdons les bien et sagement , N'est ce toute nostre chevance , 13 ti§ CM^Mî ^ \3lcv^n\\€\V ^ M\\^ plaisance .
Pource que Plaisance est morti Ce May, suis vestu de noir, C'est grant pitié de véoir Mon. cueur qui s'en desconforte.
Je m'abille de la sorie Que doy, pour faire dsvoir.
Pource que Plaisance est morte , Ce May, suis vestu de noir.
Le temps ces nouvelles porte.
Qui ne veuk déduit avoir, Mais par lorce de plouvoir, Fait des champs dorre la porte, Pource que Plaisance est mciric.
Après l'escadre rouie, Mettons à saque me ne Annuyeulï Pensera ent Et sa brigade toute.
Il crye : Volte route, Rations nostre gent.
Après l'escadre route. Mettons à saquement.
Se Loyaulté s'y boute, Par advis saigement, Crye gaillardement D'aly brusque, sans double.
Après l'escadre route.
Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareillier son logis, Et ont fait tendre ses tappis, De fleurs et verdure tissus.
En estandant tappis velus, De vert herbe par le pais, Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareillier son logis.
Cueurs d'ennuy pieçà morfondus, Dieu mercy, sont sains et jolis ; Alez vous en, prenez pais, Yver, vous ne demourrés plus; Les fourriers d'Esté sont venus.
Se mois de May, ne joyeulx, ne dolent Estre ne puis ; au fort, vaille que vaille, C'est le meilleur que de riens ne me chaille, Soit bien ou mal, tenir m'en fault content.
Je lessc tout courir à val le vent.
Sans rcf;arder lequel bout devant aille; Se mois de May. ne joyeulx, ne dolent Estrc ne puis; au fort, vaille que vaille.
Qui Soussy suit, au derrain s'en repent ; Cest unij mestier qui ne vault une maille, Avantureux comme le jeu de faille ; Que vous semble de mon gouvernement.
Se mois vivi 'îsVvi^ ^ tv^ \o^t>A'«.^ ^^ ^^'i^^X
RONDEAU LX.ni.
Le temps a laissiè son manli.'ai De venl, de froidun; cl di: pUiye, Et s'est vesia de broudei ie, De solei! luyani, cler et heau.
11 n'y a besie, ne oyseau.
Qu'en son jargon ne chante ou c Le temps a laissiéson manteau De vent, de froidure et de pluye.
Rivière, fontaine et ruisseau Portent, en livrée jolie, Gouttes d'argent d'ortavrerie, Cha5cun s'abille de nouveau :
Le temps a laisaie sou manteau.
En regardant ces belles fleurs Que le temps nouveau d'Amours prie, Chascuoe d'elle s'ajolie Et farde de plaisuns couleurs.
Tant embasmées sont de odeurs Qu'il n'est cueur qui ne iMJi-'LiQii;, En regardant ces belles flctirs Que le temp>; nouveau d'Amours pme
Les oyseaulx deviennent danseurs Dessus mainte branche fleurie.
Et font joyeuse chantcric.
De contres, des chani et teneurs, En regardant ces belks fleurs.
Il6 CHARLES D'ORLÉANS.
Cueur, à qui prendrez vous conseil ?
A nul ne povez descouvrir Le tresangoisseux desplaisir Qui vous tient en paine et traveil !
Je tiens qu'il n'a soubz le souleil , De vous plus parfait vray martire.
Cueur, à qui prendrez vous conseil?
A nul ne povez descouvrir.
Au moins faittes votre apareil De bien vous faire ensevellir, Ce n'est que mort d'ainsi languir, En tel martire nompareil.
Cueur, à qui prendrez vous conseil ?
Dedèns mon livre de pensée , J'ay trouvé escrivant mon cueur La vraye histoire de doleur, De lermes toute enluminée.
En deffassent la tresamée Ymage de plaisant doulceur, Dcdens mon livre de l^cnsce, J'ay trouve escrivant mon cueur.
Helasl où l'a mon cueur trouvée?
Les grosses gouttes de sueur Lui saillent, de peine et labeur Qu'il y prent, et nuit et journée, Dcdens moii livre de Pensée.
A Dieu ! qu'il m'anuye, Helas ! qu*est ce cy ?
Demourray ainsi En merencolie ?
Qui que chante ou rie, J'ay tousjours soussy.
A Dieu, qu'il m'anuye , Helas ! qu'est ce cy ?
Penser me guerrie , Et fortune aussi , Tellement et si Fort que hé ma viet A Di6u ! qu'il m'anuye !