‹ Poésies complètes, revues sur les manuscritsChapitre 161 sur 228 · RONDEAU CLXXXIX · texte numérisé non relu

RONDEAU CLXXXIX

Les malades c Qui ont periiuz leurs apetiz, Et leurs estomacs rcfroUiz Par soussiz et roaulx douloureux.

Diète gardent sobrement, Sans faire excès de Trop DouloLr; ChauJx electuaires sot Usent de Conforté Vo

Succres de Penser S Pour reconforter leurs esperiz; Ainsi pevent estre gueriz, Et hors de Danger langoureuK, Les malades cueurs unioureux.

ÂDtiB rfpaaiiU pai Montcigasur Jean de Lorraine.

Pour brief du mal Manier guérir,

Esloinpier l'air de Souvenir Convient, sans grant mereneolie Après tous mes, mendier oublie Pris du couchier, pour mieulx dormir.

De Non Chaloir, pour adoulcir Lei medicine de Désir, Prendre fault la plus grant partie; Pour brie/ du mal d'amer guérir, Esloingner l'air de Souvenir.

Puis ung beau régime, à F issir De vostre accès, pourrej choisir.

D'une LéauUé my partie, Affin que ne rencbéej mye.

Failles Reffuj d'Amour bannir.

Pour brie/ du mal <famer guérir.

Pour tous voï mauls d'Amours guerii Prenez la fleur de Souvenir Avec le just d'une ancolie, Et n'ohliez pas la soussie, El meslez loui en Desplaî.^ir.

L'erbe de Loïng de son Desir, Poire d'Angoisse pour refreschir.

Vous envoyé Dieu, de vostre amye, Pour tous voz raaols d'Amours guérir.

Pouldre de Plains pour adoukir, Feille d'Aultre Que Vous Choisir, Et racine de Jalousie, Et de Iretoutla plus partie Mettes au cueur, avant dormir, Pour tous voz maulx d'Amours guérir.

RONDEAU CXCr.

Puis que tu t'en vas.

Penser, en message, Se m fais que sage.

Ne t'esgare pas.

Au mieulique pourras, Pren le seur passage, Puis que lu l'en vas.

Penser, en message.

Tout beau, pas à pas, Reffrain ton courage, Qu'en si long voyage Ne deviengnes las, Puis que tu t'en vas.

RONDEAU CXCri.

L'ueil et le cueur soient mis en tutelle. Si tost qu'ilz sont rassotez en amours : Combien qu'il a plusieurs qui font les lours Et ont trouvé contenance nouvelle,

Pour mieuls embler privéeraent Plaisance ^Mommerie, sans Parler de la bouche, En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance, Soubz visières de Semblant qu'on n'y touclie,

Faignent souvent l'amoureuse querelle.

Ainsi l'ay vu fiiire en mes jeunes jours ; Vestu m'y suis à droit et à rebours.

Je jangle trop, au fort, je me rappelle; L'ueil et le cueur soient mis en tutelle I

Par

Monseigneur de Lorreiai.

Pour eschever plus grant dan^ier.

Certes, mon eueur, il est mestier, Puis que nous alons véoir la belle.

Que tenej mon ueil en tutelle, Qu'i ne vous donne à besongner.

Commande^ lui bien, sans prier.

Qu'il ne croie riens de legier.

Dont il vous rapporte nouvelle; Pour eschever pius graat dangier.

Certes, mon cueur, il est mestier.

Puis, s'il ne s'y veult obligier, Meitej liaison pour espier A part sa couverte caulelle ; Car c'est cellui seul qui se mesle De tieulx defaultes corrigier.

Pour eschever plus grant dangier.

RONDEAU CXCin.

Chose qui plaist est à demy vendue, Quelque cherté qui coure par pats ; Jamais ne sont bons marchands esbahis, Tousjours gaigneiit à l'allée, ou venue.

Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur, Voyent Plaisir à bon marchic en vente, Qui les tendroit d'achater leur bon curî ^^uguit ilz engaiger biens ei rente,

Et à rachat toute leur revenue!

De lasdieic seroient bi,:ii irjjj, Et devroient d'Amours cstre hfiys !

Marchandise doit estre maintenue, Chose qui plaisi esi à demy vendue.

Chose qui plaist est à demy vendue, A bon compte souvent, ou chieiement; Qui du marchié le dénier à Dieu prent, Il n'y peut plu; meure rab.it, ae creue.

D'en débattre n'est que peine perdue; Prenez ore qu'après on s'en repent, Chose qui plaisi est à demy vendue, A bon compte souvent, ou chierement.

S'aucun aussi monstre sa retenue.

Et au bureau va feire le serment.

Les officiers n'y font erapeschement.

Mais demandent tantost la bienvenue.

Chose qui plaist est à demy vendue.

Par Monui^nsur de Lorrs

L'abit le moine ne fait pas, Pour lanl se je me yeis de dueil, J'ay la terme assej loing- de l'ueil.

Passant mes ennui^ au gros sacs.

Je juins d'assembler à grans tas Douleurs i à part mais quant je yueil.

L'abit le moine ne fait pas, Pour tant se je me veis de dueil.

Conclusion, véej cy mon cas :

De nulle rien je ne me dueil.

En gre prens d'Amours le recueil.

Soit beau, ou lait ; puis je dij bas : L'abit te moine ne fait pas.

Pur Oriûi™.

L'abit le moine ne feît pas.

L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage El Plaisant Maintien de visage Ne monstre pas toujours le cas.

Aler [OUI soubremenc le pas, N'est que contrefaire le saige.

L'abit le moine ne fait pas, L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage,

Soubtil sens couché par compas, Enveloppé en beau langage, Musse le vouloir du courage ; Guider dei; oit en mains estas; - L'abit le moine ne fait pas.

Par Madame d'Orléona.

L'abit le moine ne fait pas.

Car quelque cbiere que je face, "\n mal seul tous les autres pace

De ceuix qui tant plaignent leur cas.

Souvent, en densant fait mains pas Que mon cueur près en dueil trespace ; L'abit le moine ne/ait pas.

Las .' mesyeulj: getlent sans compas Des larmes tant par my ma face.

Dont plusieurs foij je change place, Alant à part pour crier : las, L'abit le moine ne fait pas,

L'abit le moine ne/ait pas.

Car tel n'est pas vestu de noir.

Qui a cause de se douloir, Par Dieu, qui congnoistroit son cas.

S'on lui /ait changier ses esbas Contre raison et son vouloir, L'abit le moine ne /ail pas.

Quant Fortune charge le bas Au compaignon, s'il a povoir Et s'il joue ung tour de savoir.

Disant que de souffrir est las, L'abit le moine ne/ait pas.

De fol juge, brie/ve sentence ; Certes bon cueur ne peut mentit Et si ne scet du sacyssir

CHARLES D'oKLÉAVS.

Qiie ce qui est d'acoustumtirice.

Là oU Raison perl pascîence, On voii bien souvent avenir De fol juge, brîefi-e sentence, Certes bon cueur ne peut mentir.

Envie, atout sa double lance.

Blesse en mains lieu.r sans copferir. Dont il se convient repentir Aucuncffoij, qui bieny pense.

De fol juge, briefve sentence t

RÉpottse par Orïéini.

De foi juge, briefve sentence; On n'y sauroit remédier Quant i'advocat Oultrecuîdicr, Sans raison, maintefTois sentence

Après s'en repent et s'en tcnce, Ce5C tart, et ne se peut vuidier.

De fol jupe, briefve sentence; On n'y sauroit remédier.

Fleurs portent odeur; et sentence Et savoir vient d'estudier ; Ce n'esi pas ne d'anuyt ne d'yer.

J 'en dy ce que mon cueur sent en ce : De toi juge, briefve sentence,

RONDEAU CXCVir.

Crié soit à la clochete, Par les rues, sus et jus,

Fredel ; on ne le voit plus ; Est ilmisenoubliete?

Jadis il tenoit bien conte De visiter ses amis.

Est il roy, ou duc, ou conte Quant en oubly les a rab ?

Banny à son de trompeté, Comme marié confus, Entre chartreux, ou reclus, A il point tait sa reirete ?

Crié soit il la clochetel

Réponse pur Frcdec.

Se véoir ne vous voysplus, Helas.' ce/ait mariage.

Qui me /ail avoir courage D'esire désormais reclus.

Puis que si fort m'a confus.

Ne le lenej à oultraige, Se véoir ne vous voj-s plus; Helas! ce/ait mariage.

Mais non pourtant, je conclus Que ce n'est pas fait que sage.

Car j'en puis, à brie/ langage.

Pour le moins perdre le plus Se véoir ne vous voys plus.

204 CHARLES d'Orléans.

RONDEAU CXCVni.

Par Orléans.

En l'ordre de mariage A il desduit ou courrous?

Comment vous gouvernez vous ?

Y devient on fol, ou sage ?

Soit aux vieulx ou jeunes d'âge, Rapporter m'en vueil à tous !

En l'ordre de mariage A il desduit, ou courroux?

Le premier an, c'est la ragC) Tant y fait plaisant et douls ; Après fault toussir ; la tous Cesser me fait de langage, En l'ordre de mariage.

Par le cadet d'Albrct.

Dedans Vabisme de douleuf.

Où tant a d'amere saveur Aussi d'angoisseuse destresse.

Se trouve tourmenté, sans cesse.

Pour vous amer, mon povre cueur

Ma Dame, par vostre doulceur.

Secoure^ ce bon serviteur

A qui l'on fait tant de rudesse.

Dedans l'abisme de douleur.

Où tant a d'amere saveur.

Las! osle^ de lui tout maleur.

Ou autrement il se tient seur De jamais n'avoir que tristesse , Dont fauldra que sa vie cesse Piteusement, en grant langueur.

Dedans l'abisme de douleur.

De Gilles des Ormes.

Dedens l'abisme de douleur Sont tourmentés par grant foleur Maints cueiirs, parfautte de secours.

Qui n'ont à personne recours Qu'à Pitié qui détient le leur.

Car, quant ilj ont seryy, on leur Taille la broche sans couleur-, Lors ilj s'en vont languir le cours; Dedens l'abisme de douleur Sont tourmentés par grand foleur Maints cueurs, parfauUe de secours.

Par Dieu! c'est faulte de valeur A ceul-v qui le/ont par chaleur, El de/ait, les tiennent si cours Qu'il leur fault user tout le cours De leur vie, en paine et maleur, Dedens l'abisme de douleur.

Par le duc d'Orléans.

Dedans Tabisme de douleur, Sont tourmentées povres âmes Des amans ; et, par Dieu, mes Dames, Vous leur portez trop de rigueur.

Ostez les de ceste langueur Où ilz sont en maulx et diffames.

Dedans Tabisme de douleur.

Sont tourmentées povres âmes.

Se n'y monstrez vostre doulceur.

Vous en pourrez recevoir blasmes; Tost orra prières de famés, Dangier, des dyables le greigneur.

Dedans l'abisme de douleur.

RONDEAU ce.

Que je vous ayme maintenant Quant je congnois vostre manière Venant de Voulenté Legiere, Enveloppée en Faulx Semblant !

Je ne m'y fie tant ne quant, Veu qu'en estes bien coustumiere.

Que je vous ayme maintenant Quant je congnois vostre manière!

N'en peut chaloir, tirez avant, Parfaitte comme mesnagiere.

De haulte lisse bonne ouvrière ; Plus vous voy, plus vous prise tant Que je vous ayme maintenant !

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