RONDEAU CCV
Au plus fort de ma maladie Des fièvres de Merencolie, Quant d'Anuy je frissonne fort.
J'entre en chaleur de Desconfort Qui me met tout en Resverie.
Lors je jangle mainte Folie, El meurs de soif de Chiere Lie ; De mourir seroye d'accort, Au pius fort de ma maladie,
Adoncques me tient compaignie Espoir, dont je le remercie,
Qui de me guérir se Êiit fort^ Disant que n'ay garde de mort, Et qu'en riens je ne m'en soussie, Au plus fort de ma maladie.
RONDEAU CCVI.
A ce jour de saint Valentin, Bien et beau Karesme s'en va ; Je ne sçay qui ce jeu trouva, Penser m'y a pris au matin ;
Et puis pour jouer à tintin Avecques moy tost se leva ; A ce jour de saint Valentin, Bien et beau Karesme s'en va.
Soussy m'a cuidé ung tatin Donner, mais pas ne l'acheva.
Bien garday que ne me greva ; Maledicatur en latin, A ce jour de saint Valentin.
RONDEAU CCVII,
A ce jour de saint Valentin, Venez avant, nouveaux faiseurs, Faittes de plaisirs ou douleurs Rimes en françoys ou latin.
Ne dormez pas trop au matin.
Pensez à garder voz honneurs.
A ce jour de saint Valentin, Venez avant, nouveaux faiseurs.
Heur et Maleur sont en hutin,
Pour donner pers, cy et ailleurs, Autant aux moindres qu'aux greigneurs ; Veulent départir leur butin, A ce jour de saint Valentia.
RONDEAU CCVIII.
A ce jour de saint Valentin Qu'il me convient choisir ung per, Et que je n'y puis eschapper, Pensée prens pour mon butin.
Elle m'a resveillé matin, En venant à mon huis frapper, A ce jour de saint Valentin Qu'il me convient choisir ung per.
Ensemble nous arons hutin, S'elle veult trop mon cueur happer ; Mais, s'Espoir je pense atrapper, Je parlasse d'autre latin, A ce jour de saint Valentin.
RONDEAU GCIX.
De Monseigneur d'Orléans à madame d'Angoalême.
A ce jour de saint Valentin, Puis qu'estes mon per ceste année.
De bien eureuse destinée Puissions nous partir le butin.
Menez à beau frère hutin Tant qu'ayez la pense levée, A ce jour de saint Valentin.
Je dors tou'ijnure sur tnftn coissin.
Et ne fois chose qui agrte Gucre^ à ma malasseaee, Dont me fait les groings au matia, .
A ce )Our de saiat Valentin.
Par Tienonvlllc.
Pour la coustume maintenir, Ceste saint Valenlin nouvelle.
Mon cueur a choisy damaiselle. Moyennant l'amoureux désir.
Par ung regarifait à loisir, Sevoull logierès mains de celle Pour la coustume maintenir, Ceste saint Valentin nouvelle.
S'on lui fait trop de mal souffrir.
Je m'accorde qu'i se rappelle.
Et puis se tiengne à la plus belle Que sesyeulx lui pourront choisir.
Pour la coustume n
Cam.T& fenoches et nox buje, Peut servir ung « t^ntost m de France; Da ly parolles Je plaisance, Au plus sapere l'en cabuze.
Jà cosj>' maintes foiz s'abuze, Grandissime làult pourveaace,
RONDEAUX. 2l3
Contre/enoches et nox bu:fe.
Sta/ermo toutes choses uze, Aspette ung poco par savance, La Rason fa rordonnance De quella medicine on uze Covilve fenoche s et nox bu^e,
Par Benoist d'Amiens.
Contre fenouches et nox buze, Convient l'un faire, /'aultro dire, Pleurer d'un ueil^ de /'aultro rire ; Questo modo les gens abu^e.
Or da poy que lo mondo en u^e, Non est dy besoingno dormire, Contre fenouches et nox buze, Convient l'un faire, /'aultro dire.
Tanto principo comme duze, Veulent le lour fato conduire, Et li soy servitor instruire A sa père jouar la ru je.
Contre fenouches et nox buze.
Par maistre Berthault dft Villebresme.
Puisque chascun sert de fenouches, Et de mentir, neij que de mouches, Aucun aujourduy ne tient conte, Mais à chascun d'avoir son compte
214 CHARLES û'ORLÉANS.
Souffist, soit honneur, ou reprouches.
Retraire je me Vueil es touches Des bois, ainsi que les farouches.
Car d'estre au monde fay grant honte.
Puisque chascun sert de fenouches.
Et de mentir, neisf que de mouches.
Je y congnois tant de maies bouche De clers voyans faisant les louches.
De bons et simples que Von donte ; Veu donc que mal bien y surmonte, Plus me plaist vivre entre les souches. Puisque chascun sert de fenouches.
Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée, Dedens mon jardin de Pensée, Avecques mon cueur, seul entray.
Dieu scet s'entrepris fu d'esmay, Car en pleurant tout regarday Destruit d'ennuyeuse gelée, Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée.
En gast, fleurs et arbres trouvay Lors au jardinier demanday Se Desplaisance maleurée, Par tempeste, vent ou nuée, Avoit fait ce piteux array.
Ce premier jour du mois de May.
RONDEAU CCXn.
Qui est cellui qui s'en lendroit De bouter hors Mcreoeolie, Quant toute chose reverdie, Par les champs, devant ses yeulx, voit!
Ung malnde s'en gueriroit Et ung mort revcnJroii en vie.
Qui est cellui qui s'en tendroit De bouter hors Merencolie!
En tous lieux on le nommerait Meschant enJormy en follie, Chasser de bonne compaignie, Par raison, chascun le devroit.
Qui est cellui qui s'en tendroil 1
RONDEAU CCXIII.
Allez vous n Ennuyeuse Merencolie, Regardez la saison jolie Qui par tout vous va reboutant.
Elle se rit en vous mocquant, De tous bons lieuît estes bannye.
Allez vous musser maintenant, Ennuyeuse Merencolie.
Jusque vers Karesme Prenant Que jeusne les gens amaigrie El 1,1 saison est admortie, Ne V
Qui est ccllui qui J'amerse lenJroit, Quant Beauliê fait de morisque l'cnirét:. De Plaisance si richement parée Qu'à l'amender jamais nul ne vendroii!
Cueur demy mon, les yeuls en ouvreroii Disant : C'est cy raige désespérée.
Qui est csUuL qui d'amer se lendroit, Quant Beaulté fait de morisque l'entrée!
Lors quant Raison enseigner le vendroii, 11 lui diroit : Al vieille rassotéc, Laissez m'en paix, vou^ troublez ma pensée, Pour riens en ce nully ne vous croiroit. Qui est CL'llui qui d'amer se tendroitl
Bon fait avoir cueur à commandement, Quant il est temps, qui scet laisser ou prendre Sans trop vouloir soiement entreprendre Chose où ne gist gueres d'ametidement.
Quel besoing est, quand on est à son aise, De se bouter en soussy et meschief I Je tiens amans pourfolz, ne leur desplaise. De travailler sans riens mènera chîel'.
C'est par Espoir ou par son mandement, Qui tel me-^tier leur conseille d'apr^ndre ; 11 fait pechié, on l'en devroit reprendre; J'en parie au vray, à mon entendement : Bon iait avoir cueur à commandement.
RONDEAU CCXVI.
Je vous entens à regarder.
Et part de voz pcnsers congpois, Essayé vous ay trop de fois, De moy ne vous pavez garder.
Guidez vous par voz motz farcter, Mener les gens de deux en trois !
Je vous entens à regarder.
Et part de vos pensers congnois.
Vous savez tirer et tarder, Raige feittes et feu Grcgoîs ; Bien gangnez voz gaiges par moi?, ParaL'hevez sans retarder.
Je vous entens à regarder.