RONDEAU CCXVII
Plus de desplaisir que de joye, Assez d'ennuy, souvent à tort.
Beaucoup de soussy sans confort, Ouliraîge de peine, oii que soye !
Trop de douleur â.grant montjoye, Foison de trespiteuï rapport \ Plus de desplaisir que de joye, Assez d'ennuy, souvent â tort !
Tant de grief que je ne diroye ; " ' ■ is amant ma vie, que mort ; Pis que mourir, n'est ce pas fort?
Tek beaulx dons fortune m'envove.
Plus de desplaisir que de joye 1
2l8 CHARLES D^ORLIÊANS.
RONDEAU CCXVIII.
Pour mon cueur qui est en prison, Mes yeulx vont Taumosne quérir ; Gueres n'y pevént acquérir, Tant petitement les prise on.
Reconfort qui est Taumosnier, Et Espoir, sont allez dehors.
On ne donna point Paumosne hier; Refus estoit portier alors, Pour mon cueur qui est en prison.
Il est si plain de mesprisoh, De rien ne le faut requérir, N'essayer de le conquérir, Tousjours tient sa vieille aprison.
Pour mon cueur qui est en prison.
Et comment Tentendez vous, Ennuyet Merencolie, Voulez vous toute ma vie Me tourmenter en courrons?
Le plus mal eureux de tous Doy je estre ? je le vous nye.
Et comment Tentendez vous, Ennuy et Merencolie?
De tous poins accordons nous, Ou, par la vierge Marie, Se Raison n'y remédie, Tout va s'en dessus dessous.
Et comment Tentendez vous ?
Voire, dea ! je vous ameray, Ennuyeuse Merencolie, Et servant de Plaisance lie, Par vous plus ne me nommeray !
Foy que doy à Dieu, si seray Tout sien, soit ou sens, ou folie.
Voire, dea I je vous ameray, Ennuyeuse Merencolie!
Jamais ne m'y rebouteray, En voz lactz, se je m'en deslie, Et se Bon Eur à moy s'alie, Je faiz à vous... mais non feray, Voire, dea ! je vous ameray 1
RONDEAU CCXXI.
Fortune, passez ma requeste, Quant assez m'aurez tort porté, Ung peu je soye déporté, Que Desespoir ne me conqueste!
Veu que je me suis, en la queste D'Amours, loyaument déporté, Fortune, passez ma requeste, Quant assez m'aurez tort porté.
Mon droit, sans que plus y acqueste.
Aux jeunes gens j'ay transporté ; Se riens est de moy rapporté.
Je vous pry qu'on en face enqueste; Fortune, passez ma requeste.
220 CHARLES d'oRLÉANS.
RONDEAU CCXXIT.
De quoy vous sert cela, Fortune ?
Voz propos sont, puis longs, puis cours, Une foiz estes en decours.
L'autre, plaide comme la lune !
On ne vous trouve jamais une, Nouvelletez sont en voz cours ; De quoy vous sert cela. Fortune ?
Voz propos sont, puis longs, puis cours.
S'est vostre manière commune ; Car, quand je vous requiers secours.
Vous fuyez, après vous je cours Et pitié n'a en vous aucune.
De quoy vous sert cela, Fortune ?
RONDEAU CCXXIII.
Fortune 1 sont ce de voz dons, Engoisses que vous aportez?
A présent vous en déportez, Ce sont trop doloreux guerdons.
D'entrer céans vous deffendons.
Dures nouvelles rapportez.
Fortune 1 sont ce de voz dons, Engoisses que vous aportez ?
Et oultreplus, vous commandons Que les cueurs ung peu supportez; Jouez vous, et vous depportez Autre part, baillant telz pardons.
Fortune ! sont ce de voz dons ?
RONDEAU CCXXIV.
Sails faire mise ne recepte Du monde, dont compte ne tien, Mon cueur en propos je maintien Que mal et bien en gré accepte.
Se Fortune est mauvaise ou bonne, A chascun la fault endurer ; Quant Raison y mettra la bonne.
Elle ne pourra plus durer.
Rien n'y vault engin, ne decepte.
Au derrain on congnoistra bien Qui fera le mal ou le bien, Grans, ne petiz, je n'en excepte, Sans faire mise ne recepte.
RONDEAU CCXXV.
C'est pour rompre sa teste De Fortune tanser Qui à riens ne s'arreste !
Trop seroit fait en beste.
Cest pour rompre sa teste!
Quant elle tient sa feste, Les aucuns tait danser, Et les autres tempeste, Cest pour rompre sa teste !
RONDEAU CGXXVI.
Pourquoy moy, plusque les autres ne font, Doy je porter de Kortun:; i'clfori ?
Par tout je vois criant : Confort, Confort; C'est pour néant, jatnais ne me respont.
Me convient il tousjours ou plus parfont De Dueit nager, sans venir k bon pori ! Pour quoy moy, plus que les a Doy je porter de Fortune l'effort ?
J'appelle aussi, et en bas et amont, Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort. Ou je cuide qu'il contrefait le a Confort, n'Espoir, je ne sçay oi Pour quoy moy, plus que les autres ne fontfl
RONDEAU CCXXVII.
Pourquoy moy, mains que nully Que je conijnoisso au jourduy, Auray je part en Liesse, Veu qu'ay despendu Jeunesse Longuement, en grant ennuy?
Doy )e donc estre cellui Qui ne trouvera en lui Bon Eur, qu'à peu de largesse?
Pour quoy moy, mains que nully?
J'ay Loyal Desirsuy
Tout i:e qui â tort le bics Désormais, en ma vieillesse, Demourray [e sans apay?
Pourquoy moy, mainsque cully?