XXXIV PRÉFACE
Rolnert Watlerton qui doil le remettre au vicomte Bcdfort. Nous devinons que par ce redoublemcnl „ rigueur on veut punir le prince <jui vient de rtTuSG fort didaigneusemeni de reconnaître le roi d'Ang'terre pour suzerain, ce qui i-laît, dis lors, la conditl de SB délivrance. C'est à <.-ette date qu'il ^ui rapporta le bruit qui indignait le Religieux de Siiint-DunU |
3UÎ montrait le prince d'Orl^anï relfsué i rextrtfnili e l'Angteterre et humilia par bue IScbe et sotirnoii recherche d'inaolence : 11 était obijeé de m contera d'un seul serviteur français, quandHes nombrcut Âfl
Elais qu'il était forcé de rencontrer l'écrasaient de Icu jxe, En 1419 on rccoiutnandc un redoublement d surveillance, fa fuite du duc. dans les circoaittbri actuelles, serait du plus grand préjudice. En 1^3, 1
e„-. \ Ti , r — ibivorth, qai nip^
r .....__. .. , . , • EouB par jour. S
14.31, c'est Jean Corneivaîlle, seigneur de FannoM est son gardien. Un an apréa, ce seigne— -- '^'-
Puis vient, de 1433 à i4-(o, la série de
nant les longs préliminaires de la délivrance. .,
blions pas pourtant que le duc àe Suffolk avait a
un rabais sur le prix de l'entretien du prisànnlar 1 qu'on l'en avait cliargd pour 14 sous 4 deniers jij
oms de tous les vi^ieu
... Que lui apprcnàîeiiW:
et qu'a valent-ils le droit de lui apprendre et quel étrange histoire de Franco ils devaient s'erlgagei- ft J narrer î Les événements de famille, Iiicaptlirefli »^^^ irhre, le bfitardd'0rléans{iii8), la raorldèsoÉifr le comte de Vertus [1420), le mariage de Marftiié.. sa aiEur, avec Richard d e Bretagne — mariage aôçt ne fui pas content, dit CûusJQOt — les finnçalllèi aj. mariage de sa fille Jeanne avec le duc -""' ' -^^ (14ZI-1414) et autres incidents de cette » «ans doute lui être connus assez prompleipeàt petit supposer aussi qu'il prenait intérêt aux yoj que faisaient ses belles tapisseries et courtitli^. prunlâea pour les noces et relevailles des piiit ses royales de France. Quand nous le Vûyona, S zèle qui touche noire cœur d'érudit, lutter a.VecEjB
frère d'AngoulSrar - - ' '" — '"- "
bibliothèque du ri
X marchands de I^ndres, nous de- ,u'il se préoccupait de cette biblioihèque, decerichetnobilicrrasseinblésau château deBloU par son père. Ce fut, sans doute, par ses ordres spéciaux quen 1427, on dressa 1-e catalogue — que noua avons encore — de cette bibliothèque, et qu'on la transporta hors du voisinage des Anglais, du Blois à
' Hais corn
de Jeanne d'Arc :
Pourtant parmi les traits touchants de ce cceur hcroliiue de Jeanne, qui reprÉaente, au milieu d'tine lumière surnaturelle, la plus noble, la plus clairvoyante partie du cœur de la France, je trouve sa tendresse naïve pour le pauvre duc d'Orléans. Au fond c'était son parti qui défendait la nationalité française, et Jeanne avait pitié de aa ville comme de la patrie, et elle s'était aituchée à lui comme au eentil Dauphin. C'est à lui qu'elle songeait en. faisant des prisonniers, lui qu'elle voulait aller bravement délivrer après avoir délivré la France. Elle le délivra réellement. Non-seulement elle écrasa la puissance anglaise, mais il ne paraît pas douteux que ses prédictions excitèrent le zèle de celle oui fut surtout sa libératrice, je veux dire la duchesse de Bourgogne.
Lesiége d'Orléans Tui porta de toute faf on bonheur. En 1427, il avait fait, avec le gouvernement anglais, un traite qui donnait à ses terres protection 1:1 exemption desuerre. Les Anglais 3'oublîèrcnt quand leur intérêt leur montra les inconvénients de cette pro messe. Nous pouvons nous rendre difficilement compte de l'horreur que souleva ce procédé, non parce qu'il violait eBrontément un traité — chose vulgaire — mais parce qu'il aft'rontait audacieusement 1 opinion publique, La chevalerie avait tendu à protéger a titre d'orphelin la terre privée de son seigneur vail lam me ol tombé' dans la bataille. Aussi ce fiit un cri général quand on apprit le siège d'Orléans, cri dont l'ccho nous est précieusement conservé, dans toutes les Chroniques. On peut même conclure des paroles du pape Pie II que ce fut un des traits qui dévoilèrent le K yeux de la chréiienté, le caractère ïnso- __ et vilainement brutal de la politique anglaise. Le principe des nationaiitéi n'était pu Mlcotc
enlré dans la diplomalie européenne; la royaorf n'avait pas encore fait prévaloir Vidée de patrie telle Qu'elle existe aujourd'hui; la patrie, sous la léodalilé, élaii à la fois plus géoérale et plus restreinte, elle ne visait pas directement la France, mais la chrétienté et la municipalité. Toutefois l'opinion publique avait adopté certains instincts d'une haute générosité chevaleresque, et, nous le répétons, elle ne permettait pas d'altaquer les forteresses de l'homme qu'on tenait en captivité.
C'est en i^'ix, (jue la sympathie éveillée par Jeanne d'Arc et la politique de la duchesse de Bnurgocne commencèrent à faire entrevoir à Charles de nSuvel les chances de salut. Ryiuer, dom Plancher, dans son histoire de Bourgogne, Manslrelet, Chartier, les chroniqueurs de Charles VU, les poésies du duc luimême, nos archives nous renseignent sur les iticcrtitudes de ces huit années, où le pauvre prince hit le ïouet de la politique anglaise el où il laissa trop voir combien la captivité avait obscurci son jugement et brisé son âme. C'est dans cet intervalle, en effet, qu'oublieux des fières résolutions d'autrefois, il lit, pour le dire en deux mot», soumission bu roi d'Anêlcterre et cela sans réserve. Je n'ai pas mission de Pcn excuser, j'écrisson histoire, non son apoloeie; je fais la biographie non pas d'un héros, mais d'un poëte, et j'ai tout droit de le blâmer bien que j'aie en^ trepris d'esquissersa vie et de publier ses rimes. Mail si cet abaissement, ou cette erreur, peuvent difficilement s'excuser, ils s'expliquent fort bien. Il faut lire dans le lome ÎV de l'histoire de Bourgogne, de dom Plancher, le três-curieux récit des relations que les ambassadeurs de Bourgogne ont^ en 14^3, avec le duc d'Orléans. On ne veut le laisser communiquer avec personne; ît tient ses renseignements politiques uniquement des Anglais; on surveille jusqu'à ses moindres gestes, il ne peut écrire, sans une permission qui luiestordinairement refusée. Le prince ajouu qu'il est désespéré de passer sa vie dans les fers, que tout le monde l'abandonne. Il ignore que les négociateurs français font de sa liberté une des conditions du traité de paix; il se rappelle seulement cet acle du 4 juin 1401 ofi Charles VI s'engage à payer la rançon ties liU de son frère, au cas où ils seraient prisonniers. Enfin, il dit eipretsément qu'il veut se procurer
e force. C'est dans ce désespoir, dans !s înidlectuelliis Ëtjaorales d'une telle :i» vingl'cinq années d'une telle ser-
affaires de France. De plus la loi Saliqut . maintenant, n'avait pas alors celle grande autorité qu'eik acquit par la suite. La légiiimiië de Charles VU avait clé fortement mise en question. Henri VI d'Angleterre, peiil-fils de Charles Wl, reconnu comme héritier delà couronne de France par un nonsentement dont on avait dil exagérer la généralité, et par une assemblée que les Anglais aimaient à faire passer pour les Etats généraux, avait des apparences de roi de France tout autant que d'Angleterre, Ces usages, ces lois, ces préjugés de ta féodalité auxquels j'ai fait mainte fois allusion, ne donnaient pas à Charles sur le patriotisme les idées que nous avons aujourd'hui. Ces raisons me portent à croire que ses contemporains, meilleurs juges de la si tuation historique, ne le jugèrent pas aussi sévèremenc que nous avons le droit de le hire au noni de la morale.
Nous courrions donner ici la liste des demandes que
apporta à Londre», ail nom de ses
437; cenousseraitunspéci-
Jean Hardouin li sujets, aux Pàqu men des affaires dant sa captivité, de politique gêné douzième jour de
3"duVÉmemois uit millième et de
dehors des grandes quesiio.
à ce e ou 11 se trouve à Grave- Il l'était en fait depuis le
tin le 3 juillet 1440 à Windsor, ipleur de style, une aisance de dign ncérité de tristesse et u n développement de s personnels qui me fontattribuer ce dacum
à Charles lui-tnéme. Après :
r dëplori Vivat 4a
mistre où it est réduit et i^ui l'emj'éche de U
aisÉment la somme tju'il eu( ii réellement recuellla au début de sa captivité, il s cngaoe a donner Li diatemetit 80,000 saluts d'or — dont deux vale noble anglais. — Il fournira dnnsles six mois ii. autres écu» d'or pour le payement desquels t'eagtgt. le Dauphin, le duc de Bretagne, le duc d'Alen(Otl,4t comiede Vendôme, etc.; plus iOfioo autres Éciud'OfS 1 s'engageani a ne se considérer comme délinîtiTeraelic | délivré que dans un an, à ne pas prendre «Tant» temps les armes contre le roi d'Angleterre, ' reprendre sa prison s'il ne peut complêii Il avait du surtout sa diflivrance au da gne et à ces vues poliliqucs qui prépar nier combat de la ti^odaliié contre la royauti. ï grands vasaaui voulaient être au complet, et tadipll matie anglaise continuait, en le reMchant, la polilll
3ui t'avait engagée a le garderjusqu'alors. Da"" EUX cas elle voulait alTail^Lr la France, hier en 1 levant un élément de force, un prince du sanf jourd'hui en lui envoyant un nouvel élément c corJe, tin chef tïïodal. Il nous faut ici encore renvi^ tios lecteurs aux chroniqueurs de Charles Vd, au histoires générales. Notre duc, après avoir été sotiiûu au mouvement générii.1 de la civilisation ft-anfaitt^. pendant ces vingt-cinq ans passés dans la demi-iDori
de
1, et dans
g;ra, revenait en France avec le» idées d .,... se croyait encore au temps de Charles VI et de la puissance absolue des princesdu sang. H devint l'in trament delà politique boui^ïgnon ne, comme il an ét£ le jouet de la diplomatie anglaise, jusqu'à ce que l'âge éteignant les dernières araeur« de cène ambi' lion renouvelée, son inielligence et sa bonté naturelle vinrent en aide à son insouciance, il ses habitudes de
loisirs poétiques et de labeur p
nËrent gain de cause à la diplt
et aux conseils du véritable patriotisme.
La vieillesse venait d'ailleurs; il avait quarante-neuf ans quand il sortit de prison. Dès t'fige de quarantetrois ans, il se plaint de ses infirmités, et en lAij, il annonçait solennellement qu'il tjuîttait le Dieu Amours. On n'attendait pas toujours si tard, et Bon(«- /uf secrétaire, Antoine Xsteian,ûit\ate,a\'i,%t4tvreMn ans, qu'il devient trt>p gva-ïe ço-it tca^i » "
ï%«â£.Vt«l» t
Cet âge, cette gravitiS, l'estime compatissante ni la véjiératioii eotoiiran! un prince qui avait tant souffert pour la France^ Is granil rûli: que !ui , son nom , pon drapeau, son parti avaient dans les chroniques, pon intelligence, son éiat de prince du Kang luj garj. ..-j simation très-haute et très -imposa n'-
ele V
mêlé ei
grande» affairei. Mai», je le répète, je me borni Snaler les traits les p!uB personnels, ou les moins
Il-availété délivré le 3 novembre 1440 — avec U éserve que j'ai indiquée. — La politique bourgui- Uionne »vait taDt de bâte de l'attacher dêcidéincnt à lie, que le 6 il est fiance à Marie de Cl^vca, fillt de liane de Bourgagne et nièce de Philippe de BourgURiie- ^ contrat de mariage est reçu leânovembn: pv Jean ■ochoUe. bourceois de Montreuil. garde de» Mcaux lu bailliage d'Amiens, en la villu deMunireuil. Marie
Jiorta igo.ooo salut* d'or en dot. Le niaria);e e.si jbré le 18 à Salnt-Omer. Les nouveaux époul kuiilrèal Philippe en Flandre iuMu'à Giind uii on te tipore BprËs des lendruses înnnici. Ctiarks rccori U Tuison d'or, et donne à son bel-onde l'ordre J» C«- ÏDail. Maisre don d'ailleurs que Cbarlei- pruligiuiici
plaintes de } ValoU. — Ji
J^ainiraillcs.
lonstreli
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la tnaÎMin de ; puis me retenir de tiier. pumî k* i le reçurent, la fc^s:iie de Poton Je
iidâc(
dilh.;ne d'esquisser le j
|Jn manuscrit (traduction de [-. t
iiti. ti, celui, de Marie de CI..
îgaigre, sÈche, t.
couchée sur son tombeau donne seule une idée noble de son type : le proAl e&t d'une grande régularité et Iines5e,dune grande délicatesse et douceur, le nez tout légèrement aquilin est d'un dessin très-fin.
On m'eicusera de ne pas m'ciendre sur les félidlés domestiques de noire poète. Si nous en croyons le. très-curieux roman historique ç)ue Georges Chastellian
tublia sous le nom de Chronique de Jacques de La. ain. la tendresse de Madame ne fut pas extrême pour Monseignieur. Mais il faut lire cette chronique, ' '' "~ peu scandaleuse, en songeant aui partis pris, a' )Ug£s et aux innocents devoirs delà galanterie poélïque el chevaleresque du temps.
Le 18 décembre 1-140, Charles est à Bruges, comme nous l'indique un traité qu'il signe là avec le duc de Bourgogne; et sur le contre-sceau dudit traité se trouve la devise ma contente ou m'a contenté, que notre duc paraît avoir adoptée à cette époque en signe de joie, sans doute, de sa libération.
Le 14 janvier il vint à Paris avec sa nouvelle épouse. Les Parisiens le recurentà merveille. Au bout de huit jours, selon le Bourgeois de Paris, il retourna dans son pays d'Orléanais. Charles VU, le voyant entouré d'une sorte d'armée de gentilshommes boursuignons, qui s'étaient attachés à lui pour les raisons qirénumère Monstreletaïecsa finesseordinaire, lui avait tait savc ' qu'il lereccvrait plus tard en moins grande compagn' Le roi, d'ailleurs, surveillait le développement 1 grand mouvement féodal qui éclata en 1442, et il étaitmécontent de voir le duc d Orléans se faire si aisément l'.igent de la politique bourguignonne. Ceiui-ci crut bon de bouder et il passa les années suivantes à goiîterj en voyageant, la ioie de revoir celle France penaant si longtemps perdue et à servir d'instrument à ces intrigues auxquelles justement il devait ce loogexl]. Les lâ et 17 avril, il est encore à Blois. 11 va à Tours. En août et jultlel, il parcourt le Perche et la Bretagne. Nous avons ses étapes et ses dépenses pendant ce voyage en Bretagne, qu'il renouvela en 14112 et 1445. En octobre, ;i -<.....,„. A D„;r , pour prendre une beschie '"" '■
ce qu'elle lui rapporta. Mais celte qu'il avait prise enj Bretagne n'avait pas été à dédaigner : le duc bretoD lui Bvait donné 20,000 écus et lui en avait promis ^,5oo'
autres. En celte année il iâii faire hommage au roi des Romains pour son comté d'Asti. En 14421 il vend Beaugency pour sa rançon, à laquelle chacun travaille de aon mieux. Ainsi cette même annfe, il reçoit, entre autres, 5 ouo francs du pay& d'Auvergne et bio écua de la ville de Senlis, Il négocie un traltf entre le roi d'Angle te lYe et le comte d'Armagnac. Mais la néceasilé, le Eairjoiiame, l'habile politique de Charles VU et peutirela soi-disant tentative d'assassinat de 1441, comlacncërent a le ranger à la politique royale. " "■ — trouver le roi à Limoges, comme le p- - '
princes rebelles, et il quitte Limoges c(
tant, auprès des princi:s,deladiplomatie de Charles VU. Il le quittait plus riche aussi : il reçut 160,000 livres du roi. qui leva une taille pour l'aider à payer sa rançon. Les sommes cnumérêea plus haut faisaient partie de cet impôt, ainsi que i6,8goécus des aides de Saintonges, 26,^00 des aides du Languedoc, etc. Tourne fut pas pavé immédiatement; en 1448 encore, il fallait batailler pour les derniers mille £cus. ■ - "i joignit à Cl ' ' "
e représentant des
li fut portée à iS juin. 11 Jiait alors à Cognac lesse d'Etampes. LeaSiuillei Il y fait don, à l'un des frèref Bœufs, domaine de 200 ar présente cette curiosité, que de la mon de Jeanne ; il er
e et la c<
parle seulement c
Isde
. .. /e année pour lui que celle de 1444. En fëvrier, st à Blois, tout occupé de sa ranfon, puis de celle aoa frère, qui sort enfin de captivité pour 1,000 écus d'or. Il est chargé de traiter de la paii c les Anglais. Il reçoit à Blois le duc de Suffolk,
documents englai)
e à Tours, Pourtant, les s l'y montrent pas assistant,
- -, , — fiançailles de Marguerite d'Anjou et du
roi d'Angleterre. Mais enfin, aidé du comte de Vendôme, de Bertrand de Beauvau et surtout de Pierre de Bréié, il conclue la trêve de Tours. II accompagna le roi pendant la campasnc de Lorraine, T444-t<|45; c'est là, durant les f,3tes de Nancy, que son frère vient le trouver, durant la solennité des noces de Ferry de Vaudemont et d'Yolande de Lorraine. C'est là que à plusieurs reprises la CKronit^ue &a
Jacques de La Lain. En celtii anii^e i^i, il est mêlé au procès du comte d'Armagnac. En ! J4Ô, il se priîpare à faire valoir ses droits sur le duchd de Milan et ■c lieue avec le roi de Naples. Il est en Flandre, à Gand, pour la ffte de la Toison-d'Or. Il gagne la Bourgogne où il organise une armée qui entre en Iulie et
continue. Charles le vient visiter. Les poésies fatinea d'Antoine Aslezan, qui devint son «ecrftaïre, noua donnent de nombreux et curieux détails sur ce voyage.
comté était voyons, dans les comp; année 1448-40, que si
de H4Q livres. Pan
tes de l'hôtel pour celte mi
U recette totafe de ses rêve
dépense est de 20,9^4. 11 n' ^ . . __
voyages. En. 14^(8, il retourne auprès du duc de Bour-
eo^ne pour activer son zèle en sa faveur. Il est avec
lui à Amiens qui le reçoit avec grande solenniltf, et
qui déjà, dès 14^0, avait donné 1,000 saluls d'or poiir
la rançon. Il fait un traité sur ^es alTaires italiennes
fvec le roi des Romains ; e[ disons immédiatement
14S0, quoiqu'il e
annulé pur des Romains .nçois Storce, 144g, Charles
îâtes delà
. iiéa Ji et le roi de Naples, le quatrième, Fi l'emporta décidément. Dès leraoisd'aoû était de retour A Blois. Il est & l.yon de 1450. En 1451, il assiste à Mons : Toison-d'Or. En 1452, le 20 mai, il m curcur» pour réclamer de l'empereur 1 __ comté d'Asii.En juillet 1455,11 est iMehun-sur-Yêvre, auprès de Charles VU, dans le conseil duquel on agi' iBtt fort vivement la question de la succession ^u duché de Bretasne. En 1456, dans ce même conseil du roi, il défend cette idée d'une croisade qui fut too- Tours chère aux aventureux Valois. La grande afiàjn: de cette partie de sa vie fui le procès de son gendre, le due d'Alenfon, en 1455-58. Nous avons le dlEcours par lequel, au lit de fusiicc de Vendôme, il le recommande à l'indulgence du roi. discours où l'on p«ut relever quelques traits intéressants pour sa biogrâ-
8 hic, et, d'ailleurs, plein de gravité, de douceur et 'ampleur. II peûi paraître lourd et pédantesque *i en le compare aux lettres de Voltaire, mais il ci|t
;l élégant pour
: d'obléAhs.
éloquence icolastique que la pesante solidité du raisonnement, le besoin d'autant^g, et l'escorte obligée de cette nu£e de philosophes, de pocies et de saiitts rendent si pompeuse, si nette en chacune de ses parties et si 6:rasaate dans son ensemble. En 1460 il n'a pas oublié leduchd de Milan. Il se prépare à ta guerre contre Sforcc. Il se ligue avec le duc de Bretagne. La mort de Charles VII arrête tous ces projets. Jean de Troyes, Jacques du Cîerci^, et surtout Georges Cliflstellain nous indiquent le rôle qu'il joua aux obsèques du roi, comment il n'assista ras ftu couronnement de Louis XI à Beim», la part au'ï! prit aux fites qui eurent lieu à Paris pour célébrer ce couronnement et U gracieuse réception qu'il Itt au comte de Charolais au retour de ce» fêtes. En 1462 naquit son BIsqui devint Louis XII. Il avait eu en 1J.57 un premier enfant, Marie, qui épousa le vicomte de Narbunne, puis Anne, qui fut abbi^se de Fontevratilt.
Malgré les qtiL'Iques préoccupations que pouvaient lui donner les all'aires d Italie^ les petites persécutions du nouveau roi Louis XI, qui haïssait en lui le grand feudatflire, l'aroi de Charles VU, l'esprit délicat et le cccur sensible, — une lettre de Dunois nous montre Louis XI à Blois et insistant pour prendre à Charles aon comtii d'Asti — malgré les quelques soucis que lui occasionnait sa rançon non encore payée — si nous en croyons cette lettre de Dunois — en 1461, nous pouvons considérer notre prince comme entré depuis longtemps déjà dans le temple de la Fée Nonchaloir 1 l'insouciance philosophique et la résignation pieuse), qui fut sa dernière dame et maîtresse. De toutes les ambitions qu'avait eues pour lui son pËre, rien n'était resté. Louis d'Orléans avait pu rêver que ipereur d'Allemagne, roi d'Italie, roi
de France, peut-être. L'enTatit devint de poésie, et, après tant de fartunesd' — j — !. . pjince religieoï
lettré, ,1e r
chrétien de Vi
PRJ FACB.
En du Moyen Age. Les élan de dépenses de J
d'Orl^ns nous fournissent tous les élcmei curieux travail. Ils nous montrenl jusque plus intimes détails cette petite cour de t gante, paisible, briiianK, ordonnée, piiioresq
Les poésies que nous publions nous ouvr quelques-unes des perspectives de cette i Nous voyons dans cet échange de rimes, dan: poétiques, lei idées dominantes, les amis de
■on, les personnages qui passent, les s.. ^-
pensent. Il l'aud mit creuser un peu et se laisser, trop peut-être, aller à l'imagination pour donner â tous ' poètes qui s'agitent autour du prince une phys nomie caraciënsée; mais nous y voyons comme' c< . respondants ou comme compagnons en Apollon, des poètes, des écrivains qui ont lai-sé quelque nom, Villon, René d'Anjou, Olivier de la Marche, Meschinot, peut-£tre Georges Chastelain, Robertet, Villebréme; puis les princes et grands seigneurs Jean de Lorraine, Jean de Bourbon, le erand sénéchal, Jac-
Sues de la Trémoilte, le cadet d'Albret, Boucicaut, San de Garandcres, les sires de Tignonvilie, de Tofsy, etc. ; enlin, les serviteurs et officiers dit prince et de la princesse, Guiot et Philippe Pot, Boulainvilliers, Pierre Chevalier, Blosseville, les deux Caillau, Gilles des Ormes, Le Voys, Le Goût, Benoît d'Amien, Faret, hraigne, Fredet, Cadier, etc. A ces dislracriona poétiques se joignait le jeu d'eschecs pour le prince, dont les partenaires principaux sont Gilles des Ormes et Guillaume de Fontenay j de daines, de marelle, ou de glic, pour la duchesse, qui joue le plus souvent avec Philippe ou Guiot Pot; puis les plaisirs que les fËtes iradiiionnellesdu Moyen Age apportaient, et ausLouels les bateleurs, les musiciens, les danseurs, les ménestrels de passage travaillaient; puis encore venaient les voyages^ les rencontres de princes, qui se rattachaient parfois a celte partie de la vie, graveet politique, que nous avons notée {ilus haut; puis les messages gui apportent ou envoient les nouvelles, les livres, les joyaux; enfin les promenades eh ampêtres^ les exercices île piété, les occupations administratives de cà% :s domaines, les aumônes, les dons. Oui, c'est
Il prises, tant je crains de nç savoir me borner. Je ne 3U15 pourtant rijsisicr à indiquer ces cadeaux du jour le l'an 1463, aux entants de chœur de Saint-Sauveur de Blois, pour festoyer l'évéque qu'ils ont nomma le jour des Innocents ; â l'évégue des Fous, pour se régaler; aux ménestrels de Blois qui
s, etc., etc. Dbons encore que les gages ordide toute la maison pour le mois de mai i45o, ;parait représenter une moyenne, sont de 85s li- . 5 sous tournois; les dépenses de la maison, personnelles au duc et à la duchesse, les dons,
voyages, au mois de février 1457, par
exemple, sont de goo livres i sol 3 deniers; en avril . J456, 601 livres S s. 6 d.; en novembre 1439, 786 livres 2 sols I denier; en voya§:e pour le duc avec vingt quatre chevaux, la duchesse avec douze, pour tel sei-
u daine de sa nourriture, ou de sa société,
A"' d'Estampes ou le sire de Beaujeu, et une suite nombreuse, on dépense 12 livres par jour; en juillet 1439 le duc reçoit de son argentier, pour argent de poche, 10 livres ao aoua et la duchesse r'
D sous
3ue et que 0 , . ,
u Clercq : ■ Il fut de belle et honneste vie (il de notre prince) , et servit fort bien Dieu et ne icii oncques puis chose que bon prince ne debvoit faire. T i j Bcmaines, le jour de vendredy, donnoit à
après leur lavoit les pieds comme Nostre Seigneur Jésus Christ feic â ses apostres. Il mourut comme bon chreStien. > Il était devenu intirroe, non pas de cette infirmité un peu coquette dont ses vers nous entretiennent depuis l'année 1437, mais l'âge lui pesait fort; il dit en 1463 qu'il ne pouvait plus écrire, plus même signer. U se rendit pourtant à Tours, à cette assemblée de princes et seigneurs que Louis XI av;iit réunis vers le milieu de décembre 1464. Charles d'Or-
■ léans voulut prendre la défense du duc de Bretagne accusé par le roi. Mais, dit le bon Claude de Seyssel, Louis Al ' le contemna de paroles sans avoir regard à la maiesté de sa vieillesse ni à sa loyauté. Dont, de
'T^ret qu'il e ' '
at-aii vheixbê â Orléans son' in>Jdedn, Juterons rimaDC dans ce recueil de roncre Jehan Caîllau. lU nous momreol a l'on dépensa 3,557 ^'^'^ ^ ^"^ ^ '^^ pour le deuil, et comment Louis XI laissa â sa veuve 1 2,000 livres de pension.
Nous aïons expliqué au début de cetie esquiïte biographique quelle fonuoe subit sa Tenommée. Nous lodiqueroni dans nos notes ijuelques pièces de lui dont ses contemporains enrichirent leure propres ceuïres. L'abbé Sellier, frappé de la liberté ^anfoise, de l'heureuse facilité, de la retenue et de la d6;e(ice rela-
ies, violentes même,
de* historiens ont él .
qu'il a et que j'ai essave de résumer e ^
i^est un des classiques du Moyen Age : il n'appartient à aucune école, il est uniquement de Vécolep-ançaise. Ces deux volumes fourniront les ëtémenis du procès. Les lecieurs, en pardanaant la monotonie inhérente à ce genre de poésie intimi
3u'il y a de rentable élé^ani anscene simplicité qui ne saurait lutter ave santé grossièreté de Villon, et qui demande ui culture intellectuelle pour £(re bien eoûlee,
Il iaut juger Charles d'Orléans comme un poète méridional- H possède les qualici^ de la langue d'oc plu- Idt que de la langue du Nord. Il en a lesdéiâuts aussi. Je voudrais dire en terminant ^ue c'est un troubadour quia abandonné la langue provençale. Il a de la littérature du midi la monotonie, l'elroitesse de l'idée, l'absence de conception, mais la grâce, la politesse, U mesure, la perfection de la forme et, a défaut de l'ardeur qu'il ne montre guère, une exquise sensibilité. Moralement, politiquement, historiquement, nous l'avons jugé aussi impartialement que possible- Mais te crois que malgré ses fautes et ses faiblesses, il est difficile «vivre auprès de lui quelque temps, comme
VIE DE CHARLES d'oRLÉANS. XLVII
nous Tavons fait, sans se sentir pris de tendresse pour ce prince doux, généreux, sincère et sage, aimant les lettres et les arts, avec cette vive et intelligente passion dont Mécène est resté le type, aimant les pauvres, ses serviteurs et ses amis, avec une charité, une fine bonhomie et une loyauté parfaite. Enfin nous pouvons surtout lui savoir gré et d'être un des
f>ères de Tesprit français et l'un des maîtres de la angue française.
C D'HERICAULT.
POÉSIES FRANÇAISES
Ou temps passé, quant Nature me fist En ce monde venir, elle me mist Premièrement tout en la gouvernance D'une Dame qu'on appelloit Enfance, En lui faisant estroit commandement De me nourrir et garder tendrement.
Sans point souffrir Soing ou Merencolie Aucunement me tenir compaignie; Dont elle fist loyaument son devoir.
Remercier l'en doy, pour dire voir.
En cest estât, par un temps me nourry ; Et après ce, quant je fu enforcy.
Un messagier, qui Aage s'appella.
Une lettre de créance bailla A Enfance, de par Dame Nature,
Et si lui dist que plus la nourriture De moy n'auroic et que Dame Jeunesse i Me nourriroii et seroîi ma maîsiresse.
Ainsi du tout Enfance delaissay El avecques Jeunesse m'en alay.
Quant Jeunesse me tint en sa maison, Un peu avant la nouvelle saison,
Eni
.a chambre
Et m'esveilla, le jour saint Valentin, Eo me disant : a Tu dors trop longuem Esveille toy et aprestes briefment, Car je te veuil ayecques moy menei Vers un seigneur dont te fault acointer, Lequel me lient sa servante treschière.
Il nous fera, sans faillir, bonne cbiëre. » J
Je respondy : n Maistresse gracieuse.
De lye cœur et voulenté joyeuse Vosire vouloir suy content d'acomplir.
Mais humblement je vous veuil requerifi Qu'il vous plaise le nom de moy nomm De ce seigneur dont je \ ous oy parier Car s'ainsi est que sienne vous cenés, Sien escre veuil, se le me commandés, Et en tous faiï vous savez que désire Vous ensuir, sans en riens contredire,
— Puis qu'ainsy est, dist elle, mon en Que de savoir son nom desirez tant, Cachiez de vray que c'est le Dieu d'AniQM Que j'ai servy et serviray tousjours, Car de pieçà suy de sa retenue, Et de ses gens et de lui bien congneue. I Oncques ne vis maison, jour de ie De plaisans gens si largement remplie; Je te feray avoir d'euiu nccointaocc, là trouverons de tous biens habondan<
Du Dieu î'A.T.-. -r. i -.«- " • -. - -:• >
Aucune-er.: -= -.*'. - -. - ' ^- ' . Pource 1-1 il- ■ • -i^-'-i -, •- \ . Pourlerrc =r.: -..:;:. : - :
Car i"av :.v ^ : - .;-:. .-'s:.- r- Les r::i-.-: :- A" ; -- ;--i :
En 5or. Jîr.f.tr -.•--■;- ■;--:.-. .
Car se^ - >:-=^; -.' : ."r '',:'. . ■• Tro: -i-nc .-:' :.^.- - — :- .- Il va-1: ''\z -T. i. . .' -. - ,
Que re- î m- '- -. -.'-.-:.
Non :5 î.T.î.'': C-: l'.r.i -. .:•• Car rî l'^r.ter au lor.2 r. ; v. .:; . - Les rier.- qu Amour /j-^ \ .
E>-aye ic> puis v^yj.--\ , Se tu le? veulx ou a--,.: ',^ .-. -. Contre vouloir nui r/c. *,.-.-■ -i -
Bien me revint sor. i-i:, tr,.- ^ - . Ettost muay mon pro-o. *- - .-, .
Quant j'entendy que n-l zjz :,-,-.--,- Mon cueur d'amer lor- â r,-. • . ■ Si lui ay dit : « Se voj : .t.* :-^r-,^. ^ Ma Maistrcsse. que p^^in-. r. o: .:v^^ Mon cueur ne moy. cor.Tt -y^ ' , ^^.
Pour ceste fois, je vou . ■ ï. . v>r- '' Kt à r relent \ous suivra;. ^... , Je prie à Dieu qu'à hor.-.- .- . ,
— Ne te doubles, se : r ^^ .^' Je te prometz et jure, pé- -^^ , / Par moy ton cueur jà fv;^ ^^ ^.
.Mais garde soy qui gar:*- >/.^' 1 Car je pense que j;« n'ï.^ yiw -
4 CHAULES d'orlëa]
De se parder, mais changera vouloir , Quant Plabance lui monslrera à l'ueil Gente beaulté plaine de doulx acueil, Jeune, saichant er de manière lye Et de tous biens à droit souhait garnie. »
Sans plus parler, sailli hors de mon lit. Quant promis m'eust ce que devant est dit : El m'aprestay le plus joliement Que peu faire, par son commandement.
Car jeunes gens qui désirent honneur, Quant véoir vont aucun royal seigneur, Hz se doivent mettre de leur puissance En bon array, car cela les avance Et si les fait esire prisiez des gens, Quant on les voit netz, gracieux et gens.
Tantost après tous deux nous en alasmcs Et si longtemps ensemble cheminasmes Que venismes au plus près d'un manoir Trop bel assis et plaisant à véoir.
Lors Jeuneî' me dist : « Cy est la place Où Amour tient sa court et se soulace. Que t'en semble, n'est elle pas tresbelle ? » Je respondy : « Oncque mais ne vy telle, a Ainsi parlans approehasmes la porte, Qui à véoir fut iresplaisant et forte.
Lors Jeunesse si hucha le portier, Et lui a dit : h J'ay cy un estrangier, Avecques moy entrer nous fault lêans ; On l'appelle Charles, duc d'Orléans, u Sans nul delay le portier nous ouvry, Dedens nous mist et puis nous respondy ; e Tousdeu\ estes cyeos les bien venuz; Aler m'en veuil, s'il vous plaist, vers Venus Et Cupido, si leur racontera/ ■^'estes venuz et céans mis vous
Ce portier fu appelle Compaignie Qui nous receu de manière si lye.
De nous party, à Amour s'en ala.
Briefment après, devers nous retourna Et amena Bel Acueil et Plaisance Qui de Tostel avoient l'ordonnance.
Lors, quant de nous approuchier je les vy, Couleur changay et de cueur tressailly.
Jeunesse dist : « De riens ne t'esbahys, Soyes courtois et en faiz et en dys. »
Jeunesse tost se tira devers eulx, Après elle m'en alay tout honteulx, Car jeunes gens perdent tost contenance Quant en lieu sont où n'ont point d'acointance Si lui ont dit : « Bien soyez vous venue. » Puis par la main Tont liement tenue. Elle leur dit : a De cueur vous en mercy ; .,Vay amené céans cest enfant cy, Pour lui monstrer le tresroyal estât Du dieu d'Amours et son joyeulx esbat. »
Vers moy vindrent me prenant par la main^ Et me dirent : « Nostre Roy souverain Le Dieu d'Amours vous prie que venés Par devers lui, et bien venu serés. »
Je respondy humblement: «Je mercie Amour et vous de vostre courtoisie ; De bon vouloir iray par devers lui, Pource je suy venu cy au jourduy, Car Jeunesse m*a dit que le verray En son estât et gracieux array. »
Bel Acueil print Jeunesse par le bras, Et Plaisance si ne m'oublia pas.
Mais me pria qu'avec elle venisse Et tout le jour près d'elle me tenisse. Si alasmes en ce point jusqu'au lieu
I^ où estoii dci amoureux.le Dieu.
Eniour de lui son peut^le s'csbatoît, Dançaat, chantant, et maint esbai Jaisoït. Tous à genouU nous meismeâ humblement, Et Jeunes^ parla premièrement
Disant : o Treshault ei noble puissant Prince, A qui subgieteâC chascuoe province Et que je doy servir ei honnourer De mon povoir, je vous viens présenter Ce jeune fil; qui en mov a fiance, Qui est sailly Je la maison àe France, Creu ou jardin scmc de lleurs de lys.
Combien que j'ay loyaument lui pramis Qu'en riens qui soit je ne le lyeray.
Mais à son gre son cueui psuïïmeray. >
Amour reSpood ; « U est le bien venu ; ,
Ou temps passé j'ay son père congneu, Plusieurs autres aussi de son lignage Ont maintesfois esté en mon servage, Parquoy tenu suy plus de lui bien faire, S'il veutt après son lignage retraire.
Vien çà, disl il, mon lilz, que penses tu? Fus tu oucques de ma darde leru ?
Je croy que non, car ainsi le me semble ; Vien près de moy, si parlerons ensemble. »
De cueur tremblant prés de lui m'aprocbay. Si lui ay dit: n Sire, quant j'acorday A Jeunesse de venir devers vous, Qle me dist que vous estiez sur tous Si trescouriois que chacun desiroît De vous hanter, qui bien vous congnoissoii; Je vous supply que je vous trcuve tel, Estrangier suy venu en vostre hostel.
Honte seroii à vostre grani noblesse f^c fait m'esioit céans mal ou rudesse.
— Par moy contraint, dist Amour, ne seras Mais de céans jamais ne partiras Que ne soies es las amoureux pris.
Je m'en fais fort; se bien l'ay entrepris. Souvent mercy me vendras demander Et humblement ton fait recommander; Mais lors sera ma grâce de toy loing; Car, à bon droit, te fauldray au besoing, Et si feray vers toy le dangereux, Comme tu fais d'estre vray amoureux.
Venez avant, dist il. Plaisant Beauté, Je vous requier que, sur la loyauté Que me devez, le venez assaillir ; Ne le laissiez reposer ne dormir.
Ne nuit, ne jour, s'il ne me fait hommage. Aprivoisiez ce compaignon sauvage.
Ou temps passé vous conqueistes Sampson Le fort, aussi le saige Salemon.
Si cest enfant surmonter ne savez, Vostre renom du tout perdu avez »
Beauté lors vint, de costé moy s'assist, Ung peu se teut, puis doulcement m'a dit : « Amy, certes, je me donne merveille Que tu ne veulx pas que l'en te conseille ; Au fort saches que tu ne peuz choisir; 11 te convient à Amour obéir. »
Mes yeulx prindrent fort à la regarder. Plus longuement ne les en peu garder.
Quant Beauté vit que je la regardoye, Tost par mes yeulx un dard au cueur m'envoyc.
Quant dedens fu, mon cueur vint esveiller Et tellement le print à catoillier Que je senty que trop rioit de joye.
Il me despleut qu'en ce point le sentoye. Si commençay mes yeulx fort à tenser,
;nïOyay vers mon cucur un penser, En lui priant qu'il giettast hors ce dard. Helas ! helas ! g'y envoiay irop tard. Car quant Penser arriva vers mon cueur, 11 le trouva jà pasmé de doukeur.
Quand je lesceu, je dis par desconforl :
Je hé n Jehén
Je hé Jehé<
rpar
r qu-ay
su y deceu !
Destresse,
ur est pris es las js, Beauté, helas !
s ptez d'Amours malade, E euz la coleur fade.
dard qui a:
,-ant, partués mov, L^r mieulx me vault tout â Que longuement en des:
Je congnois bien, mon c Du dieu d'Amours, par ■
Adonc je cheo a Et semblay mort, 11 m'apperceu, si c Disant: a£nfant,iu as besoingd'uninire; 11 semble bien par ta face pâlie Que tu seuffres tresdure maladie ; Je cuidoye que tu fusses si fort Qu'il ne fust riens qui te peust faire lori; Et maintenant, ainsi soudainement.
Tu es vaincu par Beauté seulement.
Où est ton cueur par le présent aie ? Ton grant oreueil est bientost ravalé : Il m'est advis tu deusses avoir honte, Si de legier, quant Beauté le surmonte Et â mes piez l'a abaiu à lerre.
Revenge toy, se tu vaulx riens pour guerre ; Ou à elle il vault mieulx de toy rendre, Se tu ne scez autrement te deffcndre ; Car de deux maulx, puisque tu peuz eslire, C'est le meilleur que preîgnes le moins pire, i
Ainsi de moy fort Amour se mocquoit, Mais non pourtant de ce ne me challoit, Car de douleur je estoie si enclos Que je ne tins compte de tous ses mos. Quant Jeunesse vit que point ne parloye, Car tout advis et sens perdu avoye, Pour moy parla et au dieu d'Amours dist : « Sire, vueillez qu'il ait aucun respit. » Amour respont : « Jamais respit n'aura Jusques atant que rendu se sera. »
Beauté mist lors en son giron ma teste Et si m'a dit : « De main mise t'arreste, Rens toy à moy, et tu feras que sage. Et à Amours va faire ton hommage. »
Je respondy : « Ma Dame, je le vueil. Je me soubzmetz du tout à vostre vueil ; Au Dieu d'Amours et à vous je me rens. Mon povre cueur à mort féru je sens, Vueillez avoir pitié de ma tristesse.
Jeune, gente, nompareille Princesse. »
Quant je me fu ainsi rendu à elle :
« Je maintendray, dist elle, ta querelle Envers Amour, et tant pourchasseray Qu'en sa grâce recevoir te feray. »
A brief parler et sans faire long compte, Au Dieu d'Amours mon fait au vray raconte, Et lui a dit : « Sire, je Tay conquis. Il s'est à vous et à moy tout soubzmis, Vueillez avoir de sa doleur mercy.
Puisque vostre se tient, et mien aussi.
S'il a meffait vers vous, il s'en repent, Et se soubzmet en vostre jugement.
Puisqu'il se veult à vous abandonner, Legierement lui devez pardonner; Chascun seigneur qui est plain de noblesse
Doit départir mercy à grani largesse.
De vous servir sera plus obligié,
Se franchement son mal est allegié ;
Ec si mettra paine de desservir
Voz gratis bienstais, par loyaument servir, i
Amour respont : « Beauté, si sagement Avez parlé et raisonnablement Que pardonner lui vueil la malvueillance Qu'ay eu vers lui. car par oultrecuidance Me courrou,;a quant, comme foui et nice, J Il refusa d'enirer à mon service; Fautes de lui ainsi que vous vouldre Content me tiens de ce que vous ferés, Tout le soubzmet^ à vostre voulenté,
s plus, j
i souveraineté, i
Beauté respont : n Sire, c'est bïeo r,
Par dessus Que pour seignei Et ligement vosli Premièrement devant Que loyaument de
comparaison, et souverain vous tiengnt, subgiet deviengne.
Sans espargnier, soit de jours ou de nuis, Paine, soussy, dueil, courroux ou ennuis; Et souffrera sans point se repentir, Les maulx qu'amans ont souvent à souffrir.
U jurera aussi secondement Qu'en ung seul lieu amera fermement.
Sans point quérir ou désirer le change; Car, sans faillir, ce seroii trop estrange Que bien servir peust un cueur en mains lieux, Combien qu'aucuns cueurs ne demandent mieiils Que de servir du tout à la volée, Et qu'ilz ayent d'amer ia renommée; Mais au dcrrain il/ s'en tremenc punis Par Loyauté dont ilz s
En oultre plus promettra tiercement Que vos conseulx tendra secrettement, Et gardera de mal parler sa bouche.
Noble Prince, ce point cy fort vous touche Car mains amans, par leurs nices paroUes, Par sotz regars et contenances folles, Ont fait parler souvent les mesdisans, Parquoy grevez ont esté voz servans, Et ont receu souventesfoiz grant perte Contre raison et sans nulle desserte.
Avecques ce, il vous fera serment Que s'il reçoit aucun avancement En vous servant, qu'il n'en fera ventance. Cestui meffait dessert trop grant vengeance, Car quant Dames veulent avoir pitié De leurs servans, leur monstrant amitié, Et de bon cueur aucun reconfort donnent, En ce faisant leurs honneurs abandonnent, Soubz fiance de trouver leurs amans Secrez, ainsi qu'en font les convenans.
Ces quatre poins qu'ay cy devant nommez A tous amans doivent estre gardez.
Qui à honneur et avancement tirent Et leurs amours à fin mener désirent.
Six autres pointz aussi accordera, Mais par serment point ne les promettra Car nul amant estre contraint ne doit De les garder, se son proufifit n'y voit ; Mais se faire veult, après bon conseil, A les garder doit mettre son traveil.
Le premier est qu'il se tiengne jolis, Car les dames le tiennent à grant pris. Le second est que trescourtoisement Soy maintendra et gracieusement.
Le tiers point est que, selon sa puissance,
Querra honneur et poursuivra vaillance.' Le quairiesme qu'il soit plain de largesse Car c'est chose qui avance noblesse.
Le cinquiesme qu'il suivra compaîgnïe Amant honneur et fuiant villenie.
Le sijLÎesme point et le derrenier Est qu'il sera diligent escoUier, En aprenanl tous les gracieux toure, A son povoir, qui servent en amours, C'est assavoir à chanter et dansser, Faire chançons et balades rimer, Et tous autres joyeux esbatemens.
Ce sont ycy les dix comtnatidemens, Vray Dieu d'Amours, que je feray jurer A cest enfant, s'il vous plaist i'apeller. n
Lors m'apella, et me fist les mains mettre Sur ung livre, en me faisant promettre Que feroye loyauraent mon devoir Des points d'amours garder, à mon povoir; Ce que je fis de bon vueil lyeroent.
Adonc Amour a fait commandement A Bonne Foy, d'Amours chiel secrela De ma Lettre de retenue faire.
Quant faitte fut, Loyaulté la scella Du scei d'Amours et la me délivra.
Ainsi Amour me mist en son servage, Mais pour seurié retint mon cueu Pourquoy lui dis que vivre ne pourroye-d En cest esiat, s'un autre cueur n'avoye. , Il respondit : a Espoir, mon medicin.
Te gardera de mort soir et matin, Jusques aiant qu'auras en lieu du tien Le cueur d'une qui te tendra pour sien. Gardes tousjours ce que l'ay commandé, .] Et je t'auray pour bien recommandé, a
POÈME DE LA PRISON. l3
Copie de la Lettre de retenue.
Dieu Cupido et Venus, la Déesse, Ayans povoir sur Mondaine Liesse, Salus de cueur, par nostre grant humblesse,
A tous amans.
Savoir faisons que le duc d'Orléans Nommé Charles, à présent jeune d'ans, Nous retenons pour Tun de noz servans
Par ces présentes ; Et lui avons assigné sur noz rentes Sa pension en joyeuses attentes.
Pour en joïr par noz lettres patentes
Tant que vouldrons ; En espérant que nous le trouverons Loyal vers nous, ainsi que fait avons Ses devanciers, dont contens nous tenons
Tresgrandement.
Pource donnons estroit commandement Aux officiers de nostre Parlement Qu'ilz le traittent et aident doulcement
En tout affaire, A son besoing, sans venir au contraire; Si chier qu'ilz ont nous obéir et plaire, Et qu'iiz doubtent envers nous de forfaire
En corps et biens ; Le soustenant, sans y espargnier riens.
Contre Dangier avecques tous les siens : Malle Bouche, plaine de faulx maintiens,
Et Jalousie;
Car chascLia d'culx de grever estudie Les vraiz subgietz de nostre Seigneurie, Dont il est l'un et sera à sa vie,
De nous servir devant tous ligement Avons receu, et pour plus Icrmement Nous asseurer qu'il fera loyaument
Entier devoir, Avons voulu en gage recevoir Lecueur de lui, lequel, de bon vouloir, A tout soub^mis en noz mains et povoir ;
Pourquoy tenus Sommes à lui par ce de plus en plus ; Si ne seront pas ses biens fais perdus Ne ses tnivauL\ pour néant dcspendusj
Ma\s pour monstrer A toutes gens bon exemple d'amer.
Nous le voulons richement gucrdonner, El de noz biens à largesse donner ;
Tesmoing nos seaulx Cy atachiez, derant tous nos féautx.
Gens de conseil et serviteurs loi aulx, Venus vers nous par maodemens royaulx,
Pour nous servir.
Donné le jour saint Valentin martir, En la cité de Gracieux Désir, Où avons fait nosire conseil tenir.
Par Cupido et Venus souverains, A ce presens plusieurs Plaisirs Mondains.
POÉiu i>i: i-r »^.!-jUf.
tJ ALLA. IL :
Belle, bonne. n^jcccva^iUt vski^avir.
Je vous suppli vueL-ifc,' lut vtx uji^-ts- Se moy. qui sui vos*.rt K'iiut ii.i-^^iu::: Viens devers vous» p'jLj ur-i. ii:i •«i-.Jti^s- Plus longuement je iit it yui -'-'itr Qu'il ne faille que bacLitr^ ha Uîri'.:îr.**î. Comme celle qui me peu: :,v:ii'j-;î:' Car je vous tiens pour r:^ vfiui':. îIiaIi■.•*:^*^
Se si aplain voli^ voii iiit; r.iii ■....■: i;iii:ir Force d** Amours me ifci: iiui»: pu*'!»,- Car je devins vostre îovsL :,{:r\«'.ii*. Le premier jour que jt peu^ re^aratr La grant beauté que \out axez -^u. pf Qui me feroit avoir to-it liti^jt Se ser\ûteur vous plaiboî: ri^e li^^iuiue' Car je vous tiens pour m-c beuit ruu'SL'ei>Jt.
Que me donnez en ojiroy dvL i>. ^j'arr Je ne l'ose dire ne demander :
Mais s'il vous plaist que. de cy en avam. En vous ser\ant. puisse ma vie u^r.
Je vous supply que, sans me refuser.
Vueillez souffrir qu'y mette ma jeunesse : Nul autre bien je ne vueil souhaidier.
Car je vous tiens pour ma seule maistresse.
VueUliez voz yeulx emprisonner, Et sur moy plus ne les giettés :
Car quant vous plaist me regarder, Par Dieu, Belle, vous me tués,
Et en tel point mon cueur mettes Que je ni; sçay que faire doye.
Je suis mon se vous ne m'aidiés, Ma seule souveraine joye,
Je ne \'ous ose demander Que vostre cueur ne me donnés, Mais, se droit me voulés garder.
Puisque le cueur de moy avés.
Le vostre fault que vous me laissiés.
Car sans cueur vivre ne pourroye; Faictes en, comme vous vouldrci, Ma seule souveraine joye.
Trop hardy suy d'ainsi parler, Mais pardonner le tne devcs Et n'en devês autruy blasmer.
Que le gent corps que vous portés
Si fort en l'amoureuse voye.
Qu'en vostre prison me tenês, Ma seule souveraine joye.
Ma Dame, plus que ne suvcs, Amour, si tresfort me guerroyé,
Ma seule souveraine joye.
BALLADE IIl.
C'est grant péril de regarder Chose dont peut venir la mort,
Aucunes fois, soit droit ou tort.
Quant Plaisance si est d'accort
Avecques un jeune desir, Nul ne pourroit son cœur tenir D'envoyer les yeulx en message ; On le voit souvent avenir Aussi bien au foui com au sage.
Lesquelz yeulx viennent raporter Ung si tresgracieulx raport Au cueur, quant le veult escouter, Que s'il a eu d'amer Tesfort, Encores l'aura il plus fort ; Et le font du tout retenir Ou service, sans départir, D'Amours, à son tresgrant dommage ; On le voit souvent avenir, Aussi bien au foui comme au sage.
Car mains maulx lui fault endurer, Et de Soussy passer le port, Avant qu'il puisse recouvrer L'acointance de Reconfort, Qui plusieurs fois au besoing dort, Quant on se veult de lui servir ; Et lors il est plus que martir, Car son mal vault trop pis que rage.
On le voit souvent avenir Aussi bien au foui comme au sage.
Amour, ne prenez desplaisir S'ay dit le mal que fault souffrir.
Demeurant en vostre servage ; On le voit souvent avenir, Aussi bien au foui comme au sage.
CHARLES D'ORLÉANS t.
Cotament se peut un povre cueur deSêadre, Quant deux bcaulx yeulx le viennent assaillir. Le cueur esi seul, désarmé, nu et tendre, Et les yeulx sont bien arme» de plaisirs ; Contre tous deux ne pourrait pié tenir, Amour aussi esc de leur aiiance ; Nu! ne tendroit contre telle puissance.
Il lui convient ou mourir ou se rendre, Trop grant honte lui seroit de fuir.
Plus baudement les oseroit attendre, S'il cust pavais dont il se peust couvrir ; Mais point n'en a, si lui vault mieuls souffrir Et se mettre tout en leur gouvernance:
Nul ne tendroit contre telle puissance.
Qu'U soit ainsi bien me le lïst aprandre
Quant il lui pleut jà pîeçà entreprandre De me vouloir de ses Jouis yeulx ferir; Oncques depuis mon cueur ne peut guérir, Car lors fut il desconfit à oultrance; Nul ne tendroit contre telle puissance.
EspargnieK vostre doulx attrait Et vostre gracieux parler, Car Dieu scet les maulx qu'iU ont Û A mon povre cueur endurer.
Puis que ne vouk'z m'acorder G; qui pourroit mes maulx guerii
Laissiez moy passer ma meschance, Sans plus me vouloir assaillir Par vostre plaisant accointance.
Vers Amours faittes grant forfait, Je l'ose pour vray advouer.
Quant me ferez d'amoureux trait Et ne me voulez conforter, Je croy que me voulez tuer.
Pleust à Dieu que peussiez sentir Une fois la dure grevance Que m'avez fait long temps souffrir Par vostre plaisant accointance.
Helas! que vous ay je meffait Par quoy me doyez tourmenter?
Quant mon cueur d'amer se retrait, Tantost le venez rappeller ; Plaise vous en paix le laissier, Ou lui accordez son désir ; Honte vous est, non pas vaillance, D'un loyal cueur ainsi meurdrir Par vostre plaisant accointance
N'a pas long temps qu'alay parler A mon cueur tout secrettement.
Et lui conseillay de s'oster Hors de l'amoureux pensement; Mais me dist bien fellement :
Ne m'en parlez plus, je vous prie; J'ameray tous jours, se m'aist Dieux, Car j'ay la plus belle choisie, Ainsi m'ont raporté mes yeulx.
Lors dis : Vueilliez me pardon Car je vous jure mon serment Que conseil vous cuide donner, A mon povoir, tresloyaument; Voulez vous sans allégement Ea doleur finer vostre vie ?
Nennil dya, dîsE il, j'auray miei Ma Dame m'a fait cbiiere lie ; Ainsi m'ont raporté mes yeulv.
Guidez vous savoir, sans doubi Par un regart tant seulement, Se dis je, du tout son penser, Ou par un douls acoiniement?
Taisiez vous, dist il ; vraiement Je ne croiray chose qu'on die :
Mais la serviray en tous lieux, Car de tous biens est enrichie ; Ainsi m'ont raporté
BALLADE Vil
De jamais n'ai .. ^
J'ay aucunes fois le vouloir.
Pour les ennuie uses dolours Qu'il me fault se Mais en la fin, pour dire voir, Quelque mal que doye porter, Je vous asseure, par ma foy.
Que je n'en sauroye garder Mon cueur qui est maistre de mo]^
Combien qu'ay eu d'estranges tours, Mais j'ai tout mis à Non Chaloir, Pensant de recouvrer secours
poSmb ne la phison.
De Confort ou d'un doulx Espoir. Helas! se j'eusse le povoir "" it hors m'en bouter,
i Amours doy, Jamais n'y lairoye rentrer Mon cueur qui est maîstre de moy.
Car je sçay bien que pardoulçours Amour le scet si bien avoir, Qu'il vouidroit ainsi tous les jours Demeurer sans jà s'en mouvoir.
Nil ne veult oir ne savoir Le mal qu'il me fait endurer; Plaisance l'a mis en ce ploy.
Elle fait mal de te m'oster Mon cueur qui est maistre de moy.
Il me desplaist d'en tant parler, Mais, par le Dieu en qui je croy, Ce fait désir de recouvrer Mon cueur qui est maistre de moy.
BALLADE VIH.
Je
Quant je suis couschié puis en pais reposer ;
rUt
Ou Rommant de Plaisant Penser,
Et me prie de l'escouier;
Si ne l'ose desobéir
Pour doubte de le courroucer.
A insi je laisse le dormir.
Ce livre si est tout escrîpt Des fais de ma Dame sans per; Souvent mon cueur de joye rît, Quand il les lîst ou oyt compter; Car certes tant sont à louer Qu'il y prent souverain plaisir; Moymesmes ne m'en puis lasser, Ainsi je laisse le dormir.
Se mes yeux demandent resplt Par Sommeil qui les vient grever, 11 les lense par grant despit, Et si ne les peut surmonter; Il ne cesse de soupirer A part soy; j'ay lors, sans mentir, Grant paine de le rapaiser, Ainsi je laisse le dormir.
Mon eu
Qu'il ne scet jour ne nuit cesser.
Ainsi je laisse le dormir.
Fresche beauté, tresriche de Riant regart, trait amoureusement, Plaisant parler, gouverné par sagesse.
Port femenin en corps bien lail et gent, Haultain maintien, démené doulcement, Acucil humble, plain de manière lie, Sans nul dangier bonne cbiere disant,
Et de chascun pris et les emportant ; De ces grans biens est ma Dame garnie.
Tant bien lui siet à la noble Princesse Chanter, dancer et tout esbatement, Qu'on la nomme de ce faire maistresse.
Elle fait tout si gracieusement, Que nul n'y scet trouver amendement ; L'escoUe peut tenir de courtoisie :
En la voyant aprent qui est sachant, Et en ses fais qui va garde prenant ; De ces grans biens est ma Dame garnie*
Bonté, Honneur, avecques Gentillesse Tiennent son cueur en leur gouvernement. Et Loyaulté nuit et jour ne la laisse. Nature mist tout son entendement A la fourmer et faire proprement.
De point en point, c'est la mieulx acomplie Qui au jour duy soit ou monde vivant, Je ne dy riens que tous ne vont disant : De ces grans biens est ma Dame garnie.
Elle- semble mieulx que femme Déesse ; Si croy que Dieu l'envoya seulement En ce monde, pour monstrer la largesse De ces haultz dons qu'il a entièrement En elle mis abondonnéement.
Elle n'a per, plus ne sçay que je dye ; Pour foui me tiens de l'aler devisant, Car moy ne nul n'est à ce souffisant ; De ces grans biens est ma Dame garnie.
S'il est aucun qui soit prins de tristesse Voise véoir son doulx maintenement.
Je me fais fort que le mal qui le blesse Le laissera pour lors soudainnement, Et en oubly sera mis pJainement ; C'est Paradis que de sa corapaignie,
A tous complaist, à nul n'est ennuîant. Qui plus la voit plus en est désirant -, De ces gcans bien est ma Dame garnie.
Toutes dames, qui oyez cy ci Prise celle que j'ayme loyaument, Ne m'en sachiez maugré, je voas en prie; Je ne parle pas en vous desprisant, Mais comme sien je dy en m'acquittant : De ces grans biens ma Dame est garnie.
A ma Dame je ne seay que je dye.
Ne par quel bout je doye commencer, Pour vous mander la doloreuse vie Qu'Amour me fait chascun jour endurer.
Trop mieulx vaulsist me taire que parler. Car proufiter ne me pevent mes plains, Ne je ne puis guerison recouvrer, Puisqu'ainsi est que de vous suis loin gtains.
Quanque je voy me desplaist et ennuyé,
Mais ma bouche fait semblant (qu'elle rie, Quant maintefois je sens mon cueur plourer. Au fort, raartir on me devra nommer, Se Dieu d'Amours fait nulz amoureux Saints, Car j'ay des maulï plus que ne sçay compter, Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains.
Et non pourtant, humblement vous mercie, Car par escript vous a pieu me donner l'ng doulx confort que j'ay à chiere lie
POÈME DE LA. PRISON. î
Receu de cueur et de joyeux penser, Vous suppliant que ne vueiliiez changîer, Car en vous sont tous mes plaisirs mondains Desquelz me fault à présent déporter, Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtainj.
Loingtain de vous, ma tresbelle maistresse, Fors que de cueur que laissié je vous ay, Acompaignié de Deuil et de Tristesse, Jusques a tant que réconfort auray D'un doulï plaisir, quant reviîoir pourray Vostre gent corps, plaisant et gracieux. Car lors lairay tous mes niaulx ennuieux Et trouveray, se m'a dit Espérance, Par le pourchas du rcgat-f de mes yeulï Autant de bien que j'ay de despLiisance.
Car s'oncques nui sceut que c'est de destresse, Je pense bien que j'en ay fait l'cssay, Si tresavani et à telle largesse Qu'en dueil pareil nulluy de moy ne sçay. Mais ne m'en chault; certes j'endureray, Au desplaisir des jaloux envieux, El me lendray, par semblance, joyeux; Car quant je suy en greveuse penance, Ilz reçoyveni, que mal jour leur doint Dieux ! Autant de bien que j'ay de desplaisance.
Tout prens en gréj jeune, gente Princesse, Mais qu'en sachîés tant seulement le vray. En attendant le gucrdon de Liesse Qu'à mon povoir vers vous dcsserviray; Car le conseil de Loyauté feray,
l6 CHARLES n'ORL^ANa.
Que garderay pris de moy en tous Heuï : Vostre lousjours soye, jeunes ou Tieubt, Priant S Dieu, ma seule desirance, Qu'il vous envoil, s'avoir ne povez raieulx, Autant de bien que j'ay que despiaisance.
BALLADE XIL
Puisqu'ainsi est que loîngiain de vous suis, Ma Maistressc, dont Dieu scet s'il m'ennuie. Si chierement vous requier que je pub Qu'il vous plaise de vostre courtoisie, Quant vous estes seule, sans compaignie, Me souhaidier un baisier amoureux Venant du cueur et de pensée lie.
Pour alegicr mes griefs maulx doloreu».
Quant en mon lit doy reposer de nuis, Penser m'assauli et Désir me guerrye; Et en pensant mainicsfois m'est advis Que je vous tiens encre mes bras, m'amye; Lors acolle mon oreillier et crie :
Mercy Amours, faictes moy si eureux Qu'avenir puist mon penser en ma vie, Pour alegier mes griefs raaulx doloreux.
Espoir m'a dit et par sa foy promis Qu'il m'aidera et que ne m'en soussie; Mais tant y met qu'un an me semble dix. Et non pourtant, i^oit ou sens ou folie, Je m'y attens et en lui je ra'alie Qu'il fera tant que Dangîcr le crueux, N'aura briefraent plus sur moy seigneurie, Pour alegier mes griefs maulï doloreux.
A Loyauté de plus en plus m'alye, Et â Amours humblement je supplie Que de mon fait vueillcnt estre pileux, En me donnant de mes vouloirs partie, Pour alegier mes griefs maulx doloreuz.
BALLADE XIM.
Pour tant se souvent ne vous voy, Pensez vous plus que voatre soye?
Par le serment que je vous doy, Si suis autant que je souloye ; N'il n'est ne plaisance, ne joye, N'autre bien qu'on me puist donner, Je le vous prometz loyaumeni, Qui me puist ce vouloir oster Fors que la mort tant seulement.
Vous savés que je vous fcis foy Pieçà de tout ce que j'avoye, Et vous laissay, en lieu de moy, Le gage que plus chier j'amoye ; C'estoit mon cueur que j'ordonnoye Pour avecques vous demeurer, A qui je suis entièrement.
Nul ne m'en pourroit destourber Fors que la mort tant seulement.
Combien certes que je reçoy Tel mal que, se le vous dîsaye.
Vous auriés, comme je croy.
Pitié du mal qui me guerroyé.
Car de tout deuil suis en la voye,
Vous le povez assez Et ay esté si longoer Que je ne doy riens Fors que !a mort tai
Belle, que tant véoir vouldroye, Je prie à Dieu que brief vous voye ; Ou s'il ne le veuli accorder.
Je lui supply treshumblement Que riens ne me vueîUe donner Fors que la mort tant seulement.
BALLADE XIV
Quelles nouvelles, ma Maistresse, Comment se portent noz amours?
De ma part je vous fais promesse Qu'en un propos me tiens tousjours, Sans jamais penser le rebours :
C'est que seray toute ma vie Vostre du tout entièrement, El pourcc de vostre partie Acquittés vous pareillement.
Combien que Dangier et Destresse
Ont fait
Avec mon cueur, et par rudesse Lui ont monstre d'estranges tours (Hetas ! en amoureuses cours.
C'est pitié qu'ilz ont seigneurie) Si mettray paine que briefmeni Loyaulié sur euk ait maisirie, Acouittés vous pareillement.
Quoy que la nue de Tristesse Par un long temps ait fait son cours; Après, le beau temps de Lyesse Vendra qui donnera secours A noz deuï cueurs, car mon recours J'ay en Espoir, en qui me fie, Et en vous, belle, seulement.
Car jamais je ne vous oublie; Acquittés vous pareillement.
Soyez seure, ma doulce amye, Que je vous ayme loyaument.
Or, vous requier et vous supplie, Acquittés vous pareillement.
Belle que je tiens pour amye, Pensés, quelque part que je soye, Que jamais je ne vous oublie; Et pource prier vous vouldroye, Jusques atant que vous revoye.
Qu'il vous souviengne de cellui Qui a trouvé peu de mercy En vous, se dire je l'osoye.
Combien que je n* dye mie Que n'aye vecea bien et joye, En vos ire douice compaignie, Plus que desservir ne sauroye, Non pour tant, voulentiers j'auroye Le guerdon de loyal amy,
Qu'oncques ne trouva/ jusqu'à cy En vous, se dire je l'osoye.
Je vous ai longuement servie, Si m'est advis qu'avoir devroye Le don que de sa courtoisie Amour à ses servans envoyé ; Or failles qu'estre content doye.
Et m'accordci ce que je dy, Car trop avez Refus nourry En vous, se dire je l'osoye.
BALLADE XVI
Ha Dame, vous povez savoir Les bien* qu'ay eu2 à vous servir ; Car, par ma foy, pour dire voir, Oncques je n'y peuz acquérir Tant seulement un doulx plaisir, Que, sitost que je le tenoye, Dangier le me ^enoil tolir Ce peu de plaisir que j'avoye.
Je n'en savoye nul avoir Qui peusi contenter mon désir.
Se non quant vous pouvoye voir, Ma joye, mon seul souvenir.
Or m'en a tait D.mgier bannir, Tant qu'il faut que loing de vous soye, | Parquoy a fait de moy partir Ce peu de plaisir que j'avoye.
Non pas peu, cor de bon vouloir Content m'en devoye tenir, En espérant de recevoir Un trop plus grant bien advenir;
POÈME DE LA PRISON. 3l
Je n'y cuidoye point faillir, A la paine que g'y mettoye; Cela me Êdsoit enrichir Ce peu de plaisir que j'avoye.
ENVOI
Belle, je vous vueil requérir.
Pensés, quant serés de loisir, Qu'en grant mal, qui trop me guerroyé, Est tourné, sans vous en mentir, Ce peu de plaisir que j'avoye.
BALLADE XVIL
Fn ce joyeux temps du jour d'uy Que le mois de may ce commance, Et que Ten doit laissier Ennuy, Pour prandre Joyeuse Plaisance, Je me treuve, sans recouvrance, Loingtain de Joye conquester; De Tristesse si bien rente Que j'ay, je m'en puis bien vanter, Le rebours de ma voulenté.
Las! Amours, je ne voy nulluy Qui n'ait aucune souffisance, Fors que moy seul qui suis celluy Qui est le plus dolent de France.
J'ay failly à mon espérance ; Car quant à vous me voulz donner Pour estre vostre sermenté, Jamais ne cuidoye trouver Le rebours de ma voulenté.
Au fort, puii qu'en ce point je suy.
Je porieray ma grant penance, Ayant vers Loyauté refuy Où j'ay cnb toute ma âance.
Ne Dangier qui ainsi m'avance, Quelque mal que doye piorter.
Combien que trop m'a tourmenté, Ne pourra jà ea moy bouter Le rebours de ma voulenté.
D'aucun reconfort accointer Plusieurs foys m'en suy démente; Mais j'ay tousjours, au par aler.
Le rebours de ma voulenté.
BALLADE XVIIL
Quant je party derraînement De ma souveraine sans per.
Que Dieu gard et lui doint briefment Joye de son loyal penser.
Mon cueur lui laissay emporter.
Oncques puis ne le peuz ravoir, Si m 'es merveille, main et soir, Comment j'ai vesqu tant de jours Depuis sans cueur; mais pour tout voir, Ce n'est que miracle d'Amours, Qui est cellui qui long.iement Peut vivre sans cueur, ou durer I Comme j'ay fait en grief tourment 7 K&nes nul, je m'en puis vanter.
Mais Amours ont voulu monstrer En ce leur gracieux povoir, Pour donner aux amans vouloir D'eulx fier en leur doulx secours; Car bien pevent appercevoir Ce n'est que miracle d'Amours.
Quant Pitié vit que franchement Voulu mon cueur abandonner Envers ma Dame, tellement Traitta que lui fist me laissier Son cueur, me chargeant le garder, Dont j'ay fait mon loyal devoir, Maugré Dangier qui recevoir M'a fait chascun jour de telz tours Que sans mort en ce point manoir Ce n'est que miracle d'Amours.
BALLADE XIX
Douleur, Courroux, Desplaisir et Tristesse, Quelque tourment que j'aye main et soir. Ne pour doubte de mourir de destresse, Jà ne sera en tout vostre povoir De me changier le tresloyal vouloir Qu'ay eu tousjours de la belle servir Par qui je puis et pense recevoir Le plus grant bien qui me puist avenir.
Quant j'ay par vous aucun mal qui me blesse. Je l'endure par le conseil d'Espoir Qui m'a promis qu'à ma seule maistresse Lui fera bricf mon angoisse savoir.
En lui mandant qu'en faisant mon devoir, J'ay tout les maulx que nul pourroit souffrir.
CHikiais d'orl£ans. i. ^
34 CHARLES D'OktÉAIfS.
Lors iromeray, je ne sçay s'il Jiît vo Le plus grant bien qai me puist aven...
Ne m'espargniez donc en rien de rudesse, Je vous feray bien brief appereevoir Qu'auray secours d'un confort de Lyesse. Long temps ne puis en ce point remanoir, Pource je meta du tout à non chaloir Les iresgrans maux que faittes sentir ;
Bien aurez dueil, se me voyez avoir
Le plus grant bien qui me puist avetiirJ
Je suy cellui au cueur ve.stu de noir Qui dy ainsi, qui que le vueille ouyr ; J'auray briefment. Loyaulté m'en fait hOif, Le plus grant bien qui me nuisi avenir.
ALLADE XX.
Jeune, geote, plaisant et debonnairej Par un prier qui vault commandeniertt1| Chargié m'avez d'une balade faire; Si l'ay faicte de cueur ioyeusement; Or la vueilliez recevoir doulceraent.
Vous y verres, s'il vous plaist à la lir( Le mal que j'ay, combien que vrayement J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.
Vostre doulceur ma se eu si bien a traire Que tout vostre je suis entièrement, Tresdesirant de vous servir et plaire.
Mais je seuflre maint doloreux tourment, Quant à mon gré je ne vous voy souvGD^
Et me desplaist quant me fault vous escnr9) Car se faire ce povoit autrement, J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.
C'est par Dangier, mon cruel adversaire! Qui m'a tenu en ses mains longuement; En tous mes faiz je le trouve contraire, Et plus se rit, quant plus me voit dolent. Se vouloye raconter plainement En cest escript mon ennuyeux martire, Trop long seroit, pource certainement J'aymasse mieulx de bouche le vous dire*
BALLADE XXL
Loué soit cellui qui trouva Premier la manière d'escrire ; En ce, grant confort ordonna Pour amans qui sont en martire ; Car quant ne pevent aler dire A leurs dames leur grief tourment, Ce leur est moult d'alegement Quant par escript pevent mander Les maulx qu'ilz portent humblement, Pour bien et lôyaument amer.
Quant un amoureux escrira Son dueil, qui trop le tient de rire, Au plus tost qu'envoyé l'aura A celle qui est son seul mire.
S'il lui plaist à la lettre lire, Elle peut véoir clerement Son doloreux gouvernement.
Et lors Pitié lui scet monstrer Qu'il dessert bon guerdonnement.
Pour bien et loyaumeni amer.
Par mon cueur je coognois pieçà Ce raestier, car quant il soupire, Jamais rapaisié ne sera Tant qu'il ait envoyé de tire Vers la belle que tant désire.
Et puis s'il peut aucunement Oïr nouvelles seulement De sa doul« beauté sans per, 11 oublie l'ennuy qu'il sent Pour bien, et loyaument amer.
Ma Dame, Dieu doint que briefment Vous puisse de bouche compter Ce que j'ay souffert longuement Pour bien et loyai
BALLADE XXII
Belle, combien que de mon &it, Je croy qu'avez peu souvenance, Toutestois se savoir vous plaist Mon estai et mon ordonnance, Sachics que loingtain de Plaisance, Je suis de tous maulx bien garny.
Autant que nul qui soit en France, Dieu scet en quel mauvais pany.
Helas! or n'ay je rien forfait Dont porter je doye penance, Car lousjours je me suis retrait Vers Léauté et Espérance,
POÈME DE LA PRISON. 3j
Pour acquérir leur bien vueillance ; Mais au besoing ilz m'ont failly Et m'ont laissié, sans recouvrance, Dieu scet en quel mauvais party.
Dangier m'a joué de ce trait, Mais se je puis avoir puissance, Je feray, maugré qu'il en ait, Encontre lui une aliance ; Et si lui rendray la grevance.
Le mal, le dueil et le soussy.
Où il m'a mis jusqu'à oultrance, Dieu scet en quel mauvais party.
ENVOI
Aydiez moy à l'oultrecuidance Vengier, com en vous ay fiance.
Ma Maistresse, je vous supply, De ce faulx Dangier qui m'avance Dieu scet en quel mauvais party.
BALLADE XXIII
Loyal Espoir, trop je vous voy dormir, Resveilliez vous et Joyeuse Pensée, Et envoyez un plaisant souvenir Devers mon cueur, de la plus belle née Dont au jour d'ui coure la renommée; Vous ferez bien d'un peu le resjoïr.
Tristesse s'est avecques lui logiée ; Ne lui vueilliez à son besoing faillir.
Car Dangier l'a desrobé de Plaisir, Et que pis est, a de lui eslongnée
Celle qui plus le povoil enrichir ; C'est sa dame trcsioyaiunent amée, Oncques cueur n'eue si dure destinée.
Pour Dieu, Espoir, veneï le secourir; Il a en vous sa fiance fermée, Ne lui vueiliiez à son besoing faillir.
Par Povreté lui lault son pain quérir A l'uis d'Amours par chascune journéa, Or lui vueiliiez l'aumosne départir De Lyessc, que tant a désirée.
A*-ancés vous, sans faire demourée Pensez de lui, vous savez son désir, Par vous lui soit quelque grâce donnée. Ne lui vueiliiez à son besoing faillir.
Se u lie sans per, de toutes gens louée Et de tous biens entièrement douêi;, Mon cueur ces rnaulx seuffre pour vous ; Sa loyauté vous soit recommandée, Ne lui vueiliiez à son besoing âillir.
BALLADE XXIV
Mon cueur au derrain entrera Ou paradis des amoureux, Autrement tort fait lui sera, Car il a de maulx doloreux Plus d'un cent, non pas un ou deux.
Pour servir sa belle maistresse ; El le tient Dangier, le crueutx, Ou purgatoire de Tristesse.
POàiCK DS LA PRISON, Sg
Ainsi l'a tenu, long temps a, Ce faulx traistre, vilain, hideux ; Espoir dit que hors le mettra Et que n'en soye jà doubteux.
Mais trop y met, dont je me deulx; Dieu doint qu'il tiengne sa promesse Vers lui, tant est angoisseux Ou purgatoire de Tristesse l
Amour grant aumosne fera, En ce fait cy, d'estre piteux, Et bon exemple monstrera  toutes celles et à ceulx Qui le servent, quant désireux Le verront, par sa grant humblesse, D'aidier ce povre souffreteux Ou purgatoire de Tristesse.
ENVOI
Amour ! faittes moy si eureux Que mettez mon cueur en liesse ; Laissiez Dangier et Dueil tous seulx Ou purgatoire de Tristesse.
BALLADE XXV
Mon cueur a envoyé quérir Tous ses bien vueillans et amis.
Il veult son grant conseil tenir Avec eulx, pour avoir advis Comment pourra ses ennemis, Soussy, Dueil et leur aliance, Surmonter et tost deconâre,
CHAHLÇS Ii'ORLÊAMS.
Qui désirent de le destruire En la prison de Desplaisance.
En deserl ont mis son plaisir, El joye tenue en pastis; Mais Confort lui a, sans faillir, De nouvel loyaument promis Qu'ih seront deffais et bannis; De ce se lait fort Espérance, Et plus avant que n'ose dire ; C'est ce qui estaint son marcire En la prison de Desplaisance.
Briefment voye le temps venir.
J'en prie à Dieu de paradis, Que chascun puist vers son désir Aler sans avoir saufconduis.
Adonc Amour et ses nourris Auront de Dangier moins doubtance. ■ Et lors sentiray mon cueur rire Qui à présent souvent souspire En la prison de Desplaisance.
Pource que vdoir ne vous puis, .
Mon cueur se complaint jours et nuis!
Belle nompareille de France, Et m'a chargié de vous escrire Qu'il n'a pas tout ce qu'il désire En la prison de De s plaisance,
BALLADE XXVI
Desployez vostre bannière, Loyauté, je vous en prie,
Et assailliez la frontière Où Dueil et Merencolie, A tort et par felonnie, Tiennent Joye prisonnière, De moy la font estrangiere ; Je pri Dieu qu'il les maudie !
Quant je deusse bonne chiere Démener en compaignie Je n'en fais que la manière, Car quoy que ma bouche rie.
Ou parle parolle lye, Dangier et Destresse fiere Boutent mon plaisir arrière ; Je pry Dieu qu'il les maudie!
HelasI tant avoye chiere, Jà pieçà, Joyeuse Vie; Se Raison fust droicturiere.
J'en eusse quelque partie.
Or est de mon cucur bannie Par Fortune losengiere Et Durté sa conseilliere ; Je pry Dieu qu'il les maudie !
ENVOI
Se j'avoye la maistrie Sur ceste faulse mesgnie, Je les meisse tous en bière; Si est telle ma prière :
Je pry Dieu qu'il les maudie !
BALLADE XXVII
Ardaot désir de Téoir ma mabtresse A assailiy de Doiivel le logis De mon las cucur, qui languist ea triste Et puis dedens par tout a le feu m' En grant double certainement )e suis Qu'il ne soil pas legieremeai esuint.
Sans grant grâce. Si vous pry. Dieu d'Amours Sauvez mon cueur, ainsi qu'avez tait maint. Je l'oy crier piteusement secours.
J'ay essayé par termes à largesse De l'estaindre; mais il n'en vault que pîs|| C'est feu grégeois, ce croy je, qui ne ce D'ardre, s'il n'est estaiui par bon avis. Au feu, au feu, courez, tous mes amis! S'aucun de vous, comme lasche, remaint Sans y aler, je le hé pour lousjours; Avanciez vous, nul de vous ne soit feint, Je l'oy crier piteusement secours.
S'il est ainsi mort par vostre peresse. Je vous requier, au moins, tant que je piûs, Chascun de vous donnez lui une messe, Et j'ay espoir que bnef ou paradis Des amoureux sera moult hault assis.
Comme martir et treshonnoré saint, Qui a teou de Loyauté le cours:
Grant tourment a, puis que si fort se plaint ; Je l'oy crier piteusement secours.
BALLADE XXVIIL
En la nef de Bonne Nouvelle Espoir a chargié Reconfort, Pour ramener, de par la belle, Vers mon cueur qui Tayme si fort.
A joye puist venir au port De Désir, et pour tost passer La mer de Fortune, trouver Un plaisant vent venant de France, Où est à présent ma maistresse Qui est ma doulce souvenance, Et le trésor de ma lyesse.
Certes moult suy tenu à elle.
Car j'ay sceu, par loyal raport, Que contre Dangier le rebelle Qui mainteftois me nuist à tort, Elle veult faire son effort De tout son povoir de m'aidier, Et, pource, lui plaist m'envoyer Geste nef plaine de Plaisance Pour estoffer la forteresse, Où mon cueur garde T Espérance, Et le trésor de ma lyesse.
Pource, ma voulenté est telle, Et sera jusques à la mort, De tousjours tenir la querelle De Loyauté, où mon ressort J'ay mis; mon cueur en est d'accort.
Si vueil en ce point demourer, Et souvent Amour mercier, Qui me fist avoir Pacointance D'une si loyalle Princesse,
re ma fiance a lyesse.
Dieu vueille celle nef garder Des robeurs, escumeurs de mer.
Qui ont à Daagier alîance.
Car, s'ilï povoient, par ruJesse M'osieroieni ma Jesirance, Et le trésor de ma lyesse.
BALLADE XXIX
Je ne crains Dangier ne les siens, Car j'ay garoy la forteresse Où mon cueur a retrait ses biens, De Reconfort et de Liesse ; Etay iaii Loyauté maisircsse, Qui la place bien gardera.
Dangier deify et sa rudesse, Car ie Dieu d'Amours m'aydera.
Raison est et sera des miens Car ainsi m'en a fait promesse.
Et Espoir mon chier ainy tiens, Qui a maintesfois. par proesse.
Bouté hors d'avec moy Destresse; Dont Dangier, dueil et despit a.
Mais ne me chaiill de sa tristesse, Car le Dieu d'Amours m'aidera.
Pource, requérir je vous viens. Mon cueur, que prenez hardiesse; Courez lui sus, sans craindre riens,
A Dangîer qui souvent vous blesse.
Si tost que vous prandrez l'adresse De l'assaillir, il se rendra; je vous secourray sans peresse, Car le Dieu d'Amours m'aidera
ENVOI
Se VOUS m'aidiez, gente Princesse, Je croy que brief le temps vendra Que j'auray des biens à largesse, Car le Dieu d'Amours m'aydera.
BALLADE XXX
Belle, bien avez souvenance.
Comme certainement je croy, De la tresplaisant aliance Qu'Amour fist entre vous et moy; Son secrétaire Bonne Foy Escrist la lectre du traictié.
Et puis la scella Loyauté Qui la chose tesmoingnera.
Quant temps et besoing en sera.
Joyeux Désir fut en présence, Qui alors ne se tint pas coy.
Mais mist le fait en ordonnance, De par Amour, le puissant roy; Et, selon l'amoureuse loy, De noz deux vouloirs, pour seurté, Fist une seule voulenté ; Bien m'en souvient et souvendra, Quant temps et besoing en sera.
CHARLES d'ORLSaNS.
Mon cueur n'a en nully fiança De garder la lettre, 4|u'en soy; Et certes ce m'est grani plaisance.
Quant si tresloya! je le voy, Et lui conseille, comme doy, De tousjours haïr Faulseté; Carquii:onque l'a en chierté.
Amour chastier l'en fera, Quant temps et besoing en sera.
Pensez en ce que j'ay compté, [ Ma Dame, car en vérité
n cueur defoy vous requerra, L Quant temps et besoing en sera.
BALLADE XXXI
Venésvers moy, Bonne Nouvelle, I- Pour mon las cueur rcconiorter, Contez moy comment fait la belle, L'avez vous point oy parler De moy, et amy me nommer?
A elle point mis en oubly Ce qu'il lui pleut de m'acorder.
Quant me donna le don d'amy?
Combien que Dangier, lerebells, Me fait loing d'elle demourer, Je congnois tant Je biens en elle Que je ne pourroye penser Que lousjours ne vueilie garder Ce que me promist sans nul sy,
PQtMB DB LA rRISON.
Faisant noK deux mainsassL-miilei', Quant tae donna le don d'aiiiy.
Pitié seroii, se Dame telle.
Qui doit tout honneur désirer, FaîUoil de tenir la qucielle De bien et loyaument amer.
Son sens lui scec bien remonnrer Toutes !es choses que je dy Et ce qu'Amour nous fisi jurer Quant me donna le don J'uiny.
Loyauté, vueilLez asseurer Ma Dame que sien suy, ainsi Qu'elle me voulu commJiiJer, Quant me donna le don J'amy.
BALLADE XXXII
Belle, s'il vous plaist e Comment j'ay ganlé en chierté Vostre cueur qu'il vous pleut laissicr Avec moy, par vosire bonté, Sachiês qu'il est enveloppé En ung cueuvrechief de Plaisance, Et enclos, pour plus gmni seurté, Ou cofTre de ma souvenance.
Et pour nettement lézarder, Jt l'ay souventesfois lave En lermes de Piteux Penser; El regrettant vostre beauté, AprËsce, sans delay porté,
Pour sechier, au feu tTEîperarce, £[ puis liouicement rebouté Ou coffre de ma souvenance.
Pource, ïueillez vaus acquitter De mon cueuf que je vous ay donné, Humblemeni vous eavued prier.
En le gardant en lo>-auié, Soubz clef de Bonne Voulenté, Comme j'ay tiail, de ma puissance.
Le rostre que tiens enfermé Ou coâre de n
Ma Dame, je vous ay compté De ïostre cueur la gouvernance.
Comment il est et a. esté Ou coffre de ma souvenance.
BALLADE XXXIIL
L'amant. — Se je vous dy bonne nouvelle,
Moncueur,que voulez vousdonner?
Le cueur. — Eile pourroit bien cstre telle
Que moult chier ta vuell acheter.
L'amant. — Nul guerdon n'en quier demander, Le cueur. — Dittes lost doncques, je vous prie,
J'ay grant désir de ta savoir.
L'amant. — C'est de vostre Dame et amye
Qui loyaument fait son devoir.
Le cueur. ~~ Que me savez vous dire d'elle
Dont me puisse reconforter ?
L'amant. — Je vous dy, sans que plus le celle,
Qu'elle vient par deja la mer.
cueur. — Diitesvous vray?Sans me moquer!
mant. — Ouil, je vous le certiffie.
El die que c'est pour vous véoir.
Le
cueur. — Amour humblement j'en mercie
Qui loyaumem fait son devoir.
mant, — Que pourroit plus faire la belle
Que de tant pour vous se pener?
Le
cueur. — Loyauité soustieni ma querelle,
Qui lui iait faire sans doubler.
mant. — Pensez doncques de bien l'amer.
Le
cueur. — Si feray [C toute ma vie,
Sans changier, de tout mon povoir.
L'amant. — Bien doit estre dame chérie, ■
Qui loyaumeot feit son devoir, 1
BALLADE XXXIV
Mon cueur, ouvrez l'uls de Pensée,
El recevez un doulx preseni
Que la tresloyaumcnt amêe
Vous envoyé nouvellement,
Et vous tenez joyeuseinem; J
Car, bien devez avoir liesse, ■
Quant la trouvez sans changement I
Tous)ours iresloyalle maistresse. ■
Bien devez prisier la journée B
Que fustes sien premieremeni; ^^^B
Car sa grâce vous a donnée, ^^^|
Sans iaÎDtise, tresloyaument; ^^^|
Vous le povez veoir cierement, ■
Car elle vous tient sa promesse, ■
Soy monsirant vers vous fermement 1
Tousjours Iresloyalle maistresse. J
CHARLES D'oriLÉAN). 1. a, ^^^^|
Crablrs d'orlAans.
Par vous soil doncques honnouH
El servie soingneusement, Tani comme vous aurez dures, Sans point faire département; Car vous aurez certainement, Par cUe des biens â largesse, Puis qu'elle est si entièrement Tousiours tresloyalle maistresw.
Grans mercîs des fois plus de cet Ma Dame, ma seule Princesse, Car je vous ireuve vrayement Tousjours tresloyalle n
BALLADE XXXV
Fay ou trésor de ma peniée Un mirouer qu'ay acheté.
Amour, en l'année passée, Le me vendy, de sa bonté.
Ou quel voy tousjours la beautd De celle que l'en doit nommer, Par droit, la plus belle de France.
Grant bien me fait à m'y mirer, En attendant Bonne Espérance,
Je n'ay chose qui tant m'agrée, Ne dont tiengne si grant chiertà, Car, en ma dure destinée, Maintesfoiz m'a réconforté; Ne mon cueur n'a jamais santé, Fors quant il y peut regarder
POÈMB DB LA PRISON. Si
Des yeulx de Joyeuse Plaisance; Il s'y esbat pour temps passer, En attendant Bonne Espérance, Advis m'est, chascune journée Que m'y mire, qu'en vérité Toute doleur si m'est ostéo; Pource, de bonne voulenté, Par le conseil de Leauté, Mettre le vueil et enfermer Ou coffre de ma souvenance.
Pour plus seurement le garder, En attendant Bonne Espérance.
BALLADE XXXVI
Je ne vous puis ne sçay amer, Ma Dame, tant que je vouldroyo ; Car escript m'avez pour m'oster Ennuy qui trop fort me guerroyé :
« Mon seul amy, mon bien, ma joye, a Cellui que sur tous amer veulx, « Je vous pry que soyex joyeux « En espérant que brief vous voye. 9
Je sens ces motz mon cueur percer Si doulcement que ne sauroye Le confort, au vray, vous mander Que vostre message m'envoye.
Car voua dictes que quere? voye De venir vers moy; se m'aid Dieux, Demander ne vouldroye mieulx, En espérant que brief vous voye.
Et quant il vous plaist souhaidier D'estre emprès moy» OÙ que je soye,
CRARLBS d'oRL^ANS.
Par Dieu nomparcitle sans per, C'est trop fait, se dil l'osoye.
Se suis ge qui plus le dcïroye Souhaidier de cueur tressoingneux, 1 C'est ce dont tant suis désireux, En espérant que brief vous voye.
BALLADE XXXVIL
L'autr'ier nlay mon cueur venir, Pour savoir comment se portoii; Si irouvay avec lui Espoir Qui doulcement le confortoit Et c?s parolles lui disoil :
Cueur, tenez vous joieuseraent, Je vous fais loyalle promesse Que je vous garde seuremeot Trésor d'amoureuse richesse.
Car je vous iais, pour vray, savoîr'l Que la plus tresbelle qui soit Vous ayme de loyal vouloirï Et voulentiers pour vous feroit Tout ce qu'elle faire pourroit ; Et vous mande que vrayement, Maugré Dangier et sa rudesse, Départir vous veult largement Trésor d'amoureuse richesse.
Alors mon cueur, ptour dire voir, De joye souveai soupiroît.
Et, combien qu'il portast le noir, Toutesfoiz pour lors oublioit Toute la doleur qu'il a voit, Pensant de recouvrer briefment
pOkUE DE LA PRISON- 53
Plaisance, Confort et Liesse.
Et d'avoir en gouvernement Trésor d*amoureuse richesse.
ENVOI
A Bon Espoir mon cueur s'atent Et à vous, ma belle maistresse, Que lui espargniez loyaument Trésor d'amoureuse richesse.
BALLADE XXXVIIL
Haa, Doulx Penser, jamais je ne pourroye Vous desservir les biens que me donnez, Car, quant Ennuy mon povre cueur guerroyé Par Fortune, comme bien le savés.
Toutes les fois qu'amener me voulés Un souvenir de ma belle maistresse , Tantost Doleur, Desplaisir et Tristesse S'en vont fuiant ; ilz n'osent demourer Ne se trouver en vostre compaignie ; Mais se meurent de courrons et d'envie, Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.
L'aise que j'ay dire je ne sauroye.
Quant Souvenir et vous me racontés Les tresdoulx fais, plaisans et plains de joye De ma Dame, qui sont congneuz assés En plusieurs lieux, et si bien renommés Que d'en parler chascun en a liesse.
Pource, tous deux, pour me tollir Destresse, D'elle vueilliez nouvelles m'aporter Le plus souvent que pourrés, je vous prie ;
54 CHARLES D'ORLiAllt«,
Vous me sauvez et maintenez la vie, Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.
Car lors Amour par vous deux si m'envoye Ung doulx espoir que vous me présentés, Qui me donne conseil que joyeux soye ; Et puis après tous trois me promettes Qu'à mon besoing jamais ne me fauldrés. Ainsi m'atens tout à vostre promesse, Car par vous puis avoir, à grant largesse, Des biens d'Amours, plus que ne sçay nombrer, Maugré Dangier, Dueil et Merencolie Que je ne crains en riens, mais les deffie, Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.
ENVOI
Jeune, gente, nompareille Princesse, Puis que ne puis véoir vostre jeunesse, De m'escrire ne vous vueilliez lasser ; Car vous faittes, je le vous certiffie, Grant aumosne dont je vous remercie, Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.
BALLADE XXXIX
Se je povoye mes sou hais Et mes soupirs faire voler, Si tost que mon cueur les a fidS| Passer leur feroye la mer Et vers celle, tout droit aler.
Que j'ayme du cueur si tresfort, Comme ma liesse mondaine.
Que je tendray jusqu'à la mort
PDÈltt DB LA f^RlSON. 35
Pour ma maistresse souveraine.
Helasr! k verray je jamais?
Qu'en dittes Vous, tresdoulx Penser ?
Espoir m'a promis ouil, mais Trop long temps me fait endurer ; Et, quant je lui viens demander Secours à mon besoing, il dort.
Ainsi suis chascune sepmaine En maint ennuy, sans reconfort, Pour ma maistresse souveraine.
Je ne puis demourer en paix, Fortune ne m'y veult laissier ; Au fort, à présent je me tais Et vueil laisser le temps passer, Pensant d*avoir, au par aler.
Par Léauté oti mon ressort J'ay mis, de Plaisance Testraine, En guerdon des maulx qu'ay à tort Pour ma maistresse souveraine.
Fortune, vueilliez moy laissier En paix, une fois, je vous prie; Trop longuement, à vray compter, Avés eu sur moy seigneurie.
Tousjours faittes la rencherie Vers moy et ne voulez ouir Les maulx que m'avez fait souffrir, Il a jà plusieurs ans passez *, Doy je tousjours ainsi languir? Helas ! et n'est ce pas assés ?
Plus ne puis en ce point durer ;
CHARLBS D'ORLiANS.
Et à Mercy, mercy je crie; Souspirs m'enQp>eschent le parler ; Veoir le pover, sans mocquerie, Il ne laulc jà que je le dye ; Pource, vous vueil je requérir Qu'il vous plaise de me lollir Les maulx que m'avez amassez, Qui m'ont mis jusques au mourir j Helas ! et n'est ce pas assex? ~
Tous maulx suy contant de porter.
Fors un seul, qui trop fort m'ennuye, C'est qu'il me fault loing demeurer
De celle que tiens pour amye ;
Car pieçâ en sa compaignie Laissay mon cueur et mon désir ; 1 Vers moy ne veulent revenir, D'elle ne sont jamais lassez.
Ainsi suy seul, sans nul plaisii Helas! et n'est ce pas assez?
De balader j'ay beau loisir, Autres deduiz me sont cassez, Prisonnier suis, d'Amour martir :
Helas ! et n'est ce pas assez?
BALLADE XLI
Espoir m'a apporté nouvelle Qui trop me doit réconforter.
Il dit que Fortune, la lelle, A vouloir de soy raviser
Et toutes faultés amender Qu'a faittes contre mon plaisir, En faisant sa rop tourner.
Dieu doint qu'ainsi puist avenir 1
Quoy que m'ait fait guerre mortelle, Je suis content de Tesprouver, Et le desbat qu'ay et querelle.
Vers elle je veuil délaisser Et tout courroux lui pardonner ; Car d'elle me puis bien servir, Se loyaument veult s'acquicter.
Dieu doint qu'ainsi puist avenir !
Se la povoye trouver telle Qu'elle me voulsist tant aidier Qu'en mes bras je peusse la belle, Une fois, à mon gré trouver, Plus ne vouldroye demander.
Car lors j'auroye mon désir Et tout quanque doy souhaidier.
Dieu doint qu'ainsi puist avenir !
ENVOI
Amour, s'il vous plaist commander A Fortune de me chierir, Je pense joye recouvrer ; Dieu doint qu'ainsi puist avenir l
BALLADE XLIL
Je ne me sçay en quel point maintenir. Ce premier jour de May, plein de liesse, Car d'une part puis dire sans faillir
Que, Dieu mercy, j'ay loyalle maistrease^ Qui de tous biens a trop plus qu'à largesse. Et si pense que, la sienne mercy, Elle me tient son servant et amy ; Ne doy je bien doncques joye mener Et me tenir en joyeuse plaisance ?
Certes ou il, et Amour mercier Treshumblement de toute ma puissance»
Mais d'autre part, il me convient soufifrir Tant de douleur et de dure destresse Par Fortune, qui me vient assaillir De tous coste£, qui de maulx est princesse 1 Passer m'a fait le plus de ma jeunesseï Dieu scet comment, en doloreux part/} Et si me fait demourer en soussy, Loings de celle par qui puis recouvrer Le vray trésor de ma droitte espérance, Et que je vueil obéir et amer Treshumblement de toute ma puissance^
Et pource, May, je vous viens requeriti Pardonnez moy de vostre gentillesse.
Se je ne puis apresent vous servir Comme je doy, car je vous fais promesse, J'ay bon vouloir envers vous, mais Tristesse M'a si long temps en son dangier nourry Que j'ay du tout Joye mis en oubly ; Si me vault mieulx seul de aens eslongîer ; Qui dolent est ne sert que d'encombrance. Pource, reclus me tendray en penser Treshumblement de toute ma puissance.
ENVOI
Doulx Souvenir, chierement je vous pry| Elscrivez tost ceste balade cy ;
POÈME DB LA PmiBOII» 9$
De par mon cueur Ut fittuy présenter  ma Dame, ma Mule desirance, A qui pieçà je le voulu donner Treshumblement, de toute ma puissance.
BALLADE XLIIL
Mon cueur est devenu hermite En l'ermitage de Pensée ; Car Fortune la tresdespite Qui l'a hay mainte journée, S'est nouvellement aliée, Contre lui, avecques Tristesse, Et l'ont banny hors de Lyesse ; Place n'a où puist demourer, Fors ou bois de Merencolie, Il est cont jnt de s'i logier ; Si lui dis je que c'est folie.
Mainte parolle lui ay ditte, Mais il ne l'a point escoutée ; Mon parler riens ne lui proufitCi Sa voulenté y est fermée.
De legier ne seroit changée.
Il se gouverne par Destresse Qui, contre son proufRt, ne cesse, Nuit et jour, de le conseillier ; De si près lui tient compaignie Qu'il ne peut ennuy delaissier, Si lui dis je que c'est folie.
Pource sachiez, je m'en acquitte.
Belle tresloyaument amée, Se lectre ne lui est escripte Par voue, ou nouvelle mandée,
Dont sa doleur soit allégée, H a fait son veu et promesse De renoncer à la richesse De Plaisir et de Doulx Penser, Et après ce, toute sa vie, L'abit de De5confort porter ; Si lui dis je que c'est folie.
Se par vous n'est, Belle sans pci Pour quelque chose que lui dye, Mon cucur ne se veult conforter; Si lui dis je que c'est iolîe.
BALLADE XLIV
Dangier je vous gieice mon gant, ' Vousapellant de traTson, Devant le Dieu d'Amours puissant i Qui me fera de vous raison :
Car vous m'avez, mainte saison Fait douleur à tort endurer, Et me failles loings demeurer De la nompareille de France, Mais vous l'avez tousjours d'usance] De grever Inviiulx amoureux, El pource qu,' je sui l'un d'eul Pour eul\ et nioy prens la querelleJ Par Dieu, vilain, vous y mourrés Par mes mains, point ne le vous c S' à Léauté ne vous rendes.
Comment avez vous d'orgueil ti
POtME DE LA PRISON. 6î
Que vous osez, sans achoison, Tourmenter aucun vray amant Qui, de cueur et d'entencion.
Sert Amours sans condicion ?
Certes moult estes à blasmer.
Pensez doncques de l'amender.
En laissant vostre malvueillance, Et, par treshumble repentance, Alez crier mercy à ceulx Que vous avez fais douloreux.
Et qui vous ont trouvé rebelle.
Autrement pour seur vous tenez Que de gage je vous appelle, S* à Léauté ne vous rendes.
Vous estes tous temps mal pensant, Et plain de faulse soupeçon ; Ce vous vient de mauvais talant Nourry en courage félon.
Quel mal ou ennuy vous fait on, Se par amours on veult amer, Pour plus aise le temps passer En lyée, joyeuse Plaisance ?
C'est gracieuse Desirance.
Pource, faulx, vilain, orgueilleux, Changiez vos vouloirs oultragieux, Ou je vous feray guerre telle Que, sans faillir, vous trouvères Qu'elle vauldra pis que mortelle, S' à Leauté ne vous rendes.
BALLADE XLV
Se Dieu plaist, briefment la nuée De ma tristesse passera,
Belle tresloyaumcot amée, El le beau temps se monstrerm :
Mais savez vous quant ce sera?
Quant le douU souleil gracieux
De vosire beaulté entrera Par les fenestres de mes yeulx.
Lors la chambre de ma penséo De grant plaisance reluira Et sera de joye parée, Adonc mon cueur s'esveillera Qui en dueil dormy long temps a.
Plus ne dormira, se ta'aid Dieux, Quant cesie clarté le ferra Par les fenestres de mes yeuls.
Helas ! quant vendra la journée, Qu'ainsi avenir me pourra.
Ma maistresse tresdesirée ?
Pensez vous que brief avendra?
Car mon cueur tousjours languira En ennuy, sans point avoir mieulx, Jusqu'à tant que cecy verra Par les fenestres de mes yeulï.
De réconfort mon cueur aura Autant que nul dessoubz les cîeul», Belle, quant vous regardera Par les fenestres de mes yeul»,
BALLADE XLVI
Car tousjours me charge garder Lé point d'attente seulement, En me disant que vrayement Se ce point lyé sçay tenir, Qu'au derrain je doy, sans mentir, Gaangnier le jeu entièrement.
Je suy pris et ne puis entrer Ou point que désire souvent ; Dieu me doint une fois gietter Chance qui soit aucunement A mon propos, car autrement Mon cueur sera pis que martir, Se ne puis, ainsi qu'ay désir, Gaangnier le jeu entièrement.
Fortune fait souvent tourner Les dez contre moy mallement ; Mais Espoir, mon bon conseillier, M*a dit et promis seurement Que Loyauté prochainement Fera Bon Eur vers moy venir Qui me fera, à mon plaisir, Gaangnier le jeu entièrement.
BNVOI.
Je vous supply treshumblement.
Amour, aprenez moy comment J'asserray les dez sans faillir :
Parquoy puisse, san> plus languir, Gaangnier le jeu entièrement.
BALLADE XLVIL
Vous, soyés la tresbien venue Vers mon cueur. Joyeuse Nouvelle,
Avez vous point ma Dame v Contez moi quelque chose d'elle.
Dittes moy, n'est elle pas telle Qu'estoit, quant de rren le rement, Pour m'oster de merencolie, M'eserivj' amoureusement :
uCe:
mye.»
Son vouloir, jamais n Ce croy je, mais tient la querelle De Léauté, qu'a retenue Sa plus prochaine dacnoiselle; Bien le monstre, sans que le celle
Qu'elle Quant lui plai Me mandei
lêaumenc, st, dont je la mercic, tresdoulcement :
■ CesCes vous de qui suis amye. »
Pour le plus eureux soubz la nue Me tiens, quant m'amye s'appelle ; Car en tous lieux, où est con^ueue, Chase un la nomme la plus belle.
Dieu doint que, inaugrd le rebelle Dangier, je la voye briefment, Kt que de sa bouche me die :
Amy, pensez que seulement C'estes vous de qui suis amye.
J'ay en mon cueur joyeusement E^scripL, afin que ne l'oublie, Ce refrain qu'ayme chiereraeni :
C'estes vous de qui suis amye.
BALLADE XLVIIL
Trop long temps vous voy sommeillier, Mon cueur, en dueil et desplaisir; Vueilliez vous, ce jour, esveillier, Alons au bois le May cueillir, Pour la coustume maintenir.
Nous orrons des oyseaulx le glay Dont ilz font les bois retentir, Ce premier jour du mois de May.
Le Dieu d'Amours est coustumier, A ce jour, de feste tenir.
Pour amoureux cueurs festier Qui désirent de le servir ; Pource, fait les arbres couvrir De fleurs, et les champs de vert gay, Pour la feste plus embellir, Ce premier jour du mois de May.
Bien sçay, mon cueur, que taulx Daja|^r Vous fait mainte paine souffrir ; Car il vous fait trop eslongner Celle qui est vostre désir.
Pour tant vous fault esbat quérir ; Mieux conseillier je ne vous s;ay Pour vostre douleur amendrir, Ce premier jour du mois de May.
NVOI.
Ma Dame, .non seul souvenir, En cent jours n auroye loisir De vous raconter, tout au vray,
CKÀRLKS D'OftLBAHS.
Le mal qui lient mon cueui
Ce premier jour du mois de May.
BALLADE XLIX
J'ay mis eo escripi mes souhata Ou plus parfont de mon penser ; El combien, quant je les ay fais, Que peu me pevent protiter, Je ne les vouidroie donner Pour nul or qu'on me sceust ofTrirj^ En esperani, qu'au par aler, De miUe l'un puist avenir.
Par la foy de mon corps ! ji Mon cueur ne se peut d'euls lasM Car si richement sont pourtrais Que souvent les vient regarder Et s'y esbat pour temps passer, En disant par ardent désir :
Dieu doint que, pour me conforQ De mille l'un puist avenir!
C'est merveille, quant je me U Que i'oy mon cueur ainsi parier Et tient avec Amour ses puis.
Que tousjoursveuli acompaignicc^ Car il dit que des biens d'amer Cent mille lui veuli départir; Plus 1
;quie e mille l'un puist a
Vueilliez à mon eu Sans par parolles le ir
ûour, que, par vostre pbisi^ 5 biens que lui voulez douj le oiilie l'un puisi avenir.
Par le commandetueni d'Amours Et de la plus belle de Franije, J'enforcts monchastel iiinajours Appelle Joyeuse Plaisance, Assis sur roche d'Esperant;e; Aviiailié l'ay de Confort ; Contre Dangier et sa puissaoce Je le tendray jusqu'à la naort.
En ce chastel y a trois tou rs,
•ont l'une se nomme Fiance
'avoir briefmcnt loyal secours;
'. la seconde Souvenance ; 'La tierce Ferme Desirance.
Ainsi le chastel est si fort Que nul n'y peut faire grcvance ; Je le tendray jusqu'à la mon.
Combiea que Dangier, par taulx tours, De le m'oster souvent s'avance, Mais il trouvera le rebours, Se Dieu plaist, de sa mal vuei! lance, Bon Droit est de mon aliaoce, Loyuuté et lui sont 4'acciirt De inraidier, pource, sans doubtance Je le tendray jusqu'à la mort.
Faisons boa guet sans decevance Et assaillons par ordonnance, Mon cueur, Dangier qui nous fait tort ; Se prandre le puis par vaillance, Je le teadray jusqu'à ta mort.