‹ Poésies complètes, revues sur les manuscritsChapitre 5 sur 228 · LA I · texte numérisé non relu

LA I

Mais je pense que par sagesse Si iresbien me gouverneray El lelle manière tendray Que faulx Dangter trompé sera, Ne nulle Hens n'appercevra ; Si rnenra i! sa painne toute D'espier tout ce qu'il pourra ; C'est une chose que fort doubte.

BALLADE LIL

Me mocquésvous, Joyeux Espoir, Par parolles trop me menez, Pensez vous de me décevoir!

Chascun jour vous me promenés Que briefment véoîr me ferez Ma Dame, la gente Princesse, Qui a mon cueur entièrement; Pour Dieu, tenés vostre promesse, Car trop ennuie qui attent.

I) a long temps, pour dire voir, Que tout mon estât con^noissés.

N'ay je fait mon loyal devoir D'endurer, comme bien savés?

Oiiil, ce croy je plus qu'assds.

Temps est que me donnez Liesse, Desservie l'ay loyaument. Pardonnez moy se je vous presse.

Car trop ennuie quiattent.

Ne me mettez à nonchaloir, Honte SI

CHAtlLI

Se miculs taire ne me povei.

Au moins moostrcE moy ma maisD Une fois, pour aucunement Allegier le mai qui me blesse, Car trop ennuie qui attent.

■vOI.

Espoir. îous)ours von Que bien mon fait ordonnerés.

Bel me pariés, je le confesse.

Mais, tant y mettez longuement Que je languis en grant destresse, Car trop ennuie qui attenu

BALLADE LIIL

Le premier jour du mois de May" S'acquitte vers moy grandement; Car, ainsi qu'à présent je n'ay En mon cueur que deuil et tourment, Il est aussi pareillement Trouble, plain de lent et de pluie ; Estre souloit tout autrement.

Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

Je croy qu'il se met en ess.iy De m'acompaignier loyùument; Content m'en tiens, pour dire vray; Car meschans, en leur pensement, Reçoivent grand allégement, Quant en leurs mautx ont compaignie; Essayé l'a y ceriaioement, Ou temps qu'ay congneu en ma vit.

POÈMK OK LA PRISON. Jt

Las ! j'ay veu May joyeux et gay Et si plaisant à toute gént Que raconter au long ne sçay Le plaisir et esbatement Qu'avoit en son commandement; Car Amour, en ^on abbaye, Le tenoit chief de son couvent, Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

ENVOI

Le temps va je ne sçay comment, Dieu l'amende prouchainement !

Car Plaisance s'est endormie Qui souloit vivre lyement, Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

BALLADE LIV

Pour Dieu, gardez bien Souvenir Enclos dedens vostre pensée, Ne le laissiez dehors yssir, Belle tresloyaument amée .

Faittes quechascune journée Vous ramentoive bien souvent La manière quoy et comment, Jà pieçà, me feistes promesse, Quant vous retins premièrement Ma Dame, ma seule maistresi^e.

Vous savez que, par Franc Désir Et Loyal Amour conseillée, Me déistes que, sans départir.

De m'amer estiés fermée , Tant comme j'auroye durée.

e jugement Se ma bouche dit vray ou racDI.

Si tiens que parler Je princesse Vient du cueur, sans decevemcnt.

Ma Dame, ma seule maiscresse.

Non pour tant, me fault vous ouvrir La double qu'en reoy est entrée.

C'est que i'ay paour, sans vous mentir, Que ne m'ayez, tresbelle née, Mis en oubly; car mainte année Suis loiogiain de vous longuement, Et n'oy de vous aucunement Nouvelle pour avoir liesse ; Pourquoy vis doloreu sèment, Ma Dame, ma seule maistresse.

Nul remède ne sçay quérir Dont ma doleur soit allégée, Fors que souvent vous requérir Que la foy que m'avez donnée Soit par vous loyaument gardée.

Car vous cognoissiez clcrement Que, par vostre commandement, Ay despendu de ma jeunesse, Pour vous attendre seulement, Ma Dame, ma seule maistresse,

Plus ne vous convient esclarsir La chose que vous ay comptée; Vous la congnoissiez, sans faillir; Pource, soyez bienadvisée Que je ne vous treuve muée.

Car. s'en vous treuve changement.

Je requerray tout haultement.

Devant l'amoureuse Déesse, Que i'aye de vouï vengement, Ma Dame, ma seule maistresse.

ENVOI

Se je puis véoir seurement Que m'amés tousjours loyaument, Content suis de passer destresse En vous servant joyeusement, Ma Dame, ma seule maistresse.

Helas! helas! quia laissié entrer Devers mon cueur Doloreuse Nouvelle?

Conté lui a plainement, sans celer, Que sa Dame, la tresplaisant et belle.

Qu'il a long temps tresloyaument servie. Est à présent engriefve maladie; Dont il est cheu en desespoir si fort Qu'il souhaide piteusement la mort Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

Je suis aie pour le reconforter, En lui priant qu'il n'ait nul soussy d'elle, Car, se Dieu plaist, il orra bnef conter Que ce n'est pas maladie mortelle, ET que sera prochainement guérie.

Mais ne lui chault de chose que lui die, Ainçois en pleurs a tousjours son ressort Par Tristesse qui aspremcnt le mort.

Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

Quant je luidy qu'il ne se doitdoubter, Car Fortune n'est pas si trcscruclie, Qu'elle voulsist hors de ce monde ostcr Celle qui est des princesses rcstoille, Qui partout luist des biens dont est garnie;

Il me respond qu'il est foui qui se f En Fortune qui a fait à maint tort.

Ainsi nevouit recL-voir reconfort El dit qu'il est ennuyé de sa vie.

Dieu tout puissant, par vostre courtoisie Guérissez la, ou mon cueur vous supplie Que vous souffrei que la mort son eflbrt F"ace sur lui, car il en est d'accort Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

BALLADE LVI

Sicostque l'autre jour j'ouy- Que ma souveraine sans per Estoit guérie, Dieu mercy, Je m'en alay sans point tarder Vers mon cueur pour le lui conter ; Mais certes tant le desiroit.

Qu'à paine croire le povoit, Pour la grani amour qu'a en elle.

Et souvent apar soy disoit :

Saint Gabriel, bonne nouvelle!

Je lui dis : raon cueur, je vous pry, Ne vueilliez croire ne penser Que moy, qui vous suy vray amy, Vous vueille mensonges trouver, Pour en vain vou^ reconforter.

Car, trop mieulx taire me vaudroit.

Que ie dire se vray n'estoit; Mais 1b vérité si est telle.

Soyez joyeulx comment qu'il soit.

Saint Gabriel, bonne nouvelle!

Alors mon cueur me respondy :

Croire vous vueil sans plus doubler, Et tout le courrous et soussy Qu'il m'a convenu endurer, En joye le vueil retourner; Puis après, ses yeulx essuyoit Que de plourer moilliez avoit.

Disant : il est temps que rappelle Espoir qui delaissié m 'avoit.

Saint Gabriel, bonne nouvelle!

Il me dist aussi qu'il feroit, Dedens l'amoureuse chapelle, Chanter la messe qu'il nommoit Saint Gabriel, bonne nouvelle.

BALLADE LVIL

Las! Mort qui t'a fait si hardie, De prendre la noble Princesse Qui estoit mon confort, ma vie.

Mon bien, mon plaisir, ma richesse!

Puis que tu as prins ma maistresse, Prens moy aussi son serviteur, Carj'aymemieulx prouchamemcnt xMourir que languir en tourment.

En paine, soussi et doleur.

Las! de tous biens estoit garnie Et en droite fleur de jeunesse!

Je pryà Dieu qu'ii te maudie, FauUe Mort, plaine de rudesse!

Se prise l'eusses en vieillesse.

Ce ne fust pas si grant rigueur ; Mais prise l'as hastivement.

Et m'as laissié piteusement En paine, soussi et doleur.

Las! je suis seul, sans eompaignie I Adieu ma Dame, ma liesse !

Or est nostre amour départie.

Non pour tant, je vous fais promesse Que de prières, à largesse, Morte vous serviray de cueur, Sans oublie Et V

Dieu, sur tout souverain Seigneur, Ordonnez, par grâce et doulceur.

De l'ame d'elle, tellement Qu'elle ne soit pas longuement En paine, soussi et doleur.

BALLADE LVIII

J'ayau; Pour pass

Que

esches joué devant Amours, ;rtemps, avecques faulx Dangier, ent me suy gardé CQU'ijours,

perdre jusques au Jerrenier lui est venu aidier.

Et par mesehief, que maudite soit elle!

A ma Dame prise sQudainement ;

Par quoy suy mat, je le voy clerement,

Se je ne fais une Dame nouvelle.

En ma Dame j'avoye mon secours, Plus qu'en autre, car souvent d'éncombrier Me delivroit, quant venoit à son cours. Et en gardes iaisoit mon jeu lier; Je n'avoye Pion, ne Chevalier, Auffin, ne Rocq qui peussent ma querelle Si bien aidier. 11 y pert vrayement.

Car j'ay perdu mon jeu entièrement, Se je ne fois une Dame nouvelle.

Je ne me sçay jamais garder des tours De Fortune, qui maintes foiz changier A fait mon jeu et tourner à rebours; Mon dommage sçet bien tost espier. Elle m'assault sans point me deffier.

Par mon serment, oncques ne congneu telle. En jeu party suy si estrangement Que je me rens et n'y voy sauvement, Se je ne tais une Dame nouvelle.

BALLADE LIX

Je me souloye pourpenser Au commencement de l'année, Quel don je pourroye donner A ma Dame la bien amée :

Or suis hors de ceste pensée.

Car Mort Ta mise soubz la lame, Et Ta hors de ce monde ostée, Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.

Non pour tant, pour tousjours garder

n'ay ma Dame oubUée, Ue messes je l'ay estrenée ; Car ce me serait trop di: blasme De l'oublier cesie joarnee, Je pry à Dieu qu'il ea ait laine.

Tellement lui puîsi prouliicer Ma prière que confortée Soit son a me, sans point tarder.

Et de ses bienËiis guerdonnêe En Paradis et couronnée Comme la plus loyalle Dame Qu'en son vivant j'ave trouvée; Je pry à Dieu qu'il en ait l'amç.

Quant je pense à la renommée Des grans biens dont estoit parée, Mon povre cueur de dueil se pasmi De lui souvent est regrettée, Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.

Quant Souvenir me ramentoît La grant beauté dont estoit pi; Celle que mon cueur appeloit Sa seule Dame souveraine, De tous biens la vraye fontaine Qui est morte nouvellement, Je dy, en pleurant tendrement

Ce monde n'est que chose vaine.

Ou vieil temps grant renom couroit De Creséide, Yseud, Elaine Et maintes autres qu'on nommoit Parfait tes en beauté haultaine.

Mais, au derrain, en son demaine La Mort les prist piteusement; Parquoy puis véoir clerement Ce monde n'est que chose vaine.

La Mort a voulu et vouldroit, Bien le cognois, mettre sa paine De destruire, s'elle povoit, Liesse et Plaisance Mondaine, Quant tant de belles dames maine Hors du monde ; car vrayement Sans elles, à mon jugement, Ce monde n'est que chose vaine.

KNYQI.

Amours, pour vérité certaine»

Mort vous guerrie fellement; Se n'y trouvez amendement.

Ce monde n'est que chose vaine*

BALLADE LXL

Le premier jour du mois de May^ Trouvé me suis en compaignie Qui estoit, pour dire le vray, De gracieuseté garnie ; Et, pour oster merencolie, Fut ordonné qu'on choisiroit,

Comme fortune donnerait, La fueille plaine de verdure.

Ou la fleur pour toute l'année; Si prÎQS la feuille pour livrée, Comme lors fut mon aventure.

Tantost après je m'avisay Qu'à bon droit l'avoye choisie Car, puis que par mort perdu ay La fleur, de tous biens enrichie, Qui estoit ma Dame, m'amie, Et qui de sa grâce m'amoit El pour son amy me tenoît, Mon cueur d'autre flour n'a plus cure:

Adonc cogneu que ma pensée Acordoit à ma destinée.

Comme fut lors mon aventure.

Pource, le fueille porteray, Cest ao, sans que point je l'oublie; Et à mon povoir me tendray Entièrement de sa partie ; Je n'ay de nulle flour envie, Porte la qui porter la doit, Car la fleur, que mon cueur amoit Plus que nulle autre créature.

Est hors de ce monde passée, Qui son amour m'a voit donnée, Comme lors fut mon aventure.

Il n'est fueille, ne fleur qui dure Que pour un temps, car esprouvéc J'ay la chose que j'ay contée Comme lors fut mon aventure.

BALLADE LXII

Le lendemain du premier jour de May, Dedens mon lit ainsi que je dormoye, Au point du jour, m'avint que je songay Que devant moy une fleur je véoye Qui me disoit : Amy, je me souloye En loy fier, car pieçà mon poriy

En soustenant la fueille contre moy; J'ay merveille que tu veubi faire ainsi Riens n'ay meffait, se pense je, vers toy.

Toutesbahy alors je me trouvay, Si respondy, au mieulx que je savoye : Tresbelle fleur, oncques je ne pensay Faire chose qui desplaire te doye :

Se, pour esbat, Aventure m'envoye Que je serve la fueille cest an cy, Doy je pour tant estrede toy banny?

Nenoil certes, je feis comttie je doy Et se je tiens le party qu'ay choisy, "' s n'ay meffait, ce pense je, vers loy.

r non pour tant, honneur te porceray De bon vouloir, quelque part que je soye, Tout pour l'amour dune fleur que j'amay Ou temps passé. Dieu doiat que je la voye En Paradis, après ma mon, en joyc ; Et pource, fleur, chierement je te pry. Ne te plains plus, car cause n'as pourquoy, Puis que jefais ainsi que tenu suy.

Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

La venté est telle que je dy, J'en fais juge Amour, le puissant Roy; Tresdouice fleur, point ne te cry mercy, Riens n'ay mcffôii, se pease je, vers toy.

BALLADE LXIIL

En la iorest d'Ennuyeuse Tristesse, Un jour m'aviat qu'apar moy chemlnoyc, Si rencontray l'Amoureuse Déesse Qui m'appella, demandant où j'aloye.

Je respondy que, par Fortune, esioye Mis en exii en ce bois, long temps a, Et qu'à bon droit appeller me povoye L'omme esgaré qui ne scei où il va.

Et sousriant, par sa tresgrant humblesse, Me respondy : e Amy, se je savoye Pourquoy tu es mis en cesce desiresse, A mon poToir voolentïers l'ayJeroye ; Car, jà pieçà, je mis ton cueur en voye De tout plaisir, ne sçay qui l'en osta; Or me desplaisC qu'a présent je te voye L'omme esgaré qui ne scet où il va.

— Helas ! dis je, souveraine Princesse, Mon fait savez, pourquoy le vous diroye? C'est par la Mort qui tait â tous rudesse, Qui m'a to!lu celle que tant amoye, En qui esioit tout l'espoir que j'avoye, Qui meguidoit, si bien m'acompaigna En son vivant que point ne me irouvoye L'omme esgaré qui ne scet où il va.

POÂMS DE I,A PRISON. 83

ENVOI

Aveugle suy, ne sçay où aler doye ; )e mon baston, affin que ne forvoye, e vois tastant mon chemin çà et là ; ^est grant pitié qu'il convient que je soye Jomme esgaré qui ne scet où il va.

BALLADE LXIV

J'ay esté de la compaignie Des amoureux moult longuement, Et m'a Amour, dont le nciercie, Donné de ses biens largement ; Mais au derrain, ne sçay comment, Mon fait est venu au contraire; Et, à parler ouvertement.

Tout est rompu, c'est à refaire.

Certes, je ne cuidoye mie Qu'en amer eust tel changement ; Car chascun dit que c'est la vie Où il a plus d'esbatement ; Helas! j'ay trouvé autrement; Car, quant en Famoureux repaire Cuidoye vivre seurement.

Tout est rompu, c'est à reffa^e

Au fort, en Amour je m attie Qui m'aidera aucunement.

Pour l'amour de sa seigneurie Que j'ay servie loyaument ; N'oncques ne fis, par mon serment, Chose qui lui doye desplaire,

Amour, ordonnez tellement

Sans plus dire de cueur dolent :

Tout est rompu, c'est à refTaire.

BALLADE LXV

Plaisant Beauté mon cueur na Jâ pieçà, si tresduremem Qu'en la fie\TC d'Amours entra, Qui l'a lenu mouh aspreraent; Mais, de nouvel, présentement, Ung bon médecin qu'on appelle Non Chaloir, que tiens pour amy, M'a guery, la sienne mercy.

Se la playe ne renouvelle.

Quant mon cueur tout sain se trouva»

Il l'en mercia grandement Et humblement lui demanda S'en santé seroit longuement?

Il respondy tressagement :

H Mais que gardes bien ta fourcelle ] Du vent d'Amours qui te fery.

Tu es en bon point jusqu'à cy, Se la playe ne renouvelle.

L'embusche de Plaisir entra Parmy les yeulx soutivement; sse le mal pourchassa,

Qui t'avoit en gouvernement Et puis bouta privéement Dedens ton logis l'estincelle D'Ardant Désir qui tout ardy; Lors fus nasvré, or t'ay guery, Se la playe ne renouvelle.

BALLADE LXVI

Le beau souleil, le jour saint Valentin Qui apportoit sa chandelle alumée, N*a pas long temps, entra un bien matin Privéement en ma chambre fermée.

Celle clarté, qu'il avoit apportée.

Si m'esveilla du somme de Soussy Où j'avoye toute la nuit dormy Sur le dur lit d'Ennuieuse Pensée.

Ce jour aussi, pour partir leur butin Des biens d'Amours, faisoient assemblée Tous les oyseaulx, qui parlans leur latin, Crioyent fort, demandans la livrée Que Nature leur avoit ordonnée.

C'estoit d'un per, comme chascun choisy Si ne me peu rendormir, pour leur cry, Sur le dur lit d'Ennuieuse Pensée.

Lors en moillant de larmes mon coessin, Je regrettay ma dure destinée, Disant : Oyseaulx je vous voy en chemin De tout plaisir et joye désirée; Chascun de vous a per qui lui agrée, Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy, A prms mon per, dont en dueil je languy Sur le dur lit d'Ennuieuse Pensée.

Saint Valeotia choisissent ceste année Ceulx et celles de l'amoureux party; Seul me tendray, de Confort desgarny, Sur le dur lit d'Eonuieuse Pensée,

BALLADE LXVII

Mon cueur dormant en Non Chaloir, Res veilliez vous joyeusement.

Je vous feis nouvelles savoir, Qui vous doit plaire grandement; U est vray que présentement Une Dame treshonnorée En toute bonne renommée, Désire de vous acheter.

Dont je suy joyeulx et d'accort; Pour vous, son cueur me veuli donner Sans départir, jusqu'à la mort.

Ce change doy je recevoir En grant gré, très joyeusement; Or, vous charge d'entier povoir Si chier et tant estroittement Que je puis, plus que loyaument Soit par vous chérie et amée; Et, en tous lieux, nuit et journée L'acompaigniez, sans la laissier.

Tant que j'en aye bon rapport; U vous convient sien demourer.

Sans départir, jusqu'à ia mort.

Pour y demourer n

El l'oiinoi

Car, par son bon comitiandement,

Lieutenant vous veuk ordonner

De son cueur, en joyeulx déport

Pensés de bien vous gouverner,

Sans départir, jusqu'à la mort.

BALLADE LXVIII

Belle, se ne m'osez donner De voz doulx baisîers ajnoureus, Pour paour de Dangier courroucer, Qui tousjours est fel et crueux ; J'en embleray bien ung ou deux; Mais que n'y prenez desplaisir Et que le vueilliez consentir, Maugrô Dangier et ses conseulx.

De ce fauU vilain aveugler, Dieu scet se j'en suis désireux; Nul ne le peut aprivoiserj Tous temps est si soupeçonoeux Qu'en penser ianguist doioreux Quant it voit Plaisaace venir; Mais elle se scet bien chevir, Maugré Dangier et ses conseulx.

Quant estroit la cuide garder, Hardy Cueur, secret et eureux, S'avecques lui scet amener Avis Bon et Aventureux, Desguisé soubz Maintien Honteux, Bien pevent Dangier endormir; Lore Plaisance fait son désir, Maugré Dangier et ses conseulx.

Bien dessert guerdon plantureus Advis, qui scet si bien servir Au besoing et trouver loisir, Maugré Dangier et ses conseulx.

BALLADE LXIX

J'ay fait l'obseque de n Dedens le moustier a Et le service pour son ame A chanté Penser Doloreux;

Aussy j'ay fait la tombe faire De Regrez, tous de lermes pains, Et loue emour, mouli richement, Est escript : Cy gist vrayemeni Le trésor de tous biens mondains,

Dessus elle, gist une lame Faicte d'or et de saffirs bleus; Car saSir est nommé la jame De Loyauté, et l'or eureux.

Bien lui appartiennent ces deux ; Car Eur et Loyauté pourtraire Voulu, en la tresdebonnaire, Dieu qui la fist de ses deux mains Et fourma merveilleusement.

N'en parlons plus, mon cueu Quant il oyt les &is vertueux

D'elle qui estoit sans nul blasme, Comme jurent celles et ceulx Qui congnoissoyent ses conseulx ; Si croy que Dieu la voulu traire Vers lui, pour parer son repaire De Paradis, où sont les saints; Car c'est d'elle bel parement, Que l'en nommoit communément Le trésor de tous biens mondains.

De riens ne servent pleurs, ne plains; Tous mourrons, ou tart ou brietment; Nul ne peut garder longuement Le trésor de tous biens mondains.

BALLADE LXX

Puis que Mort a prins ma maistresse, Que sur toutes amer souioye, Mourir me convient en tristesse, Certes plus vivre ne pourroye, Pource, par deffaulte de joye Tresmalade, mon testament J'ay mis en escript doloreux.

Lequel je présente humblement Devant tous loyaulx amoureux.

Premièrement, à la haultesse Du Dieu d'Amours donne et envoyé Mon esperit, et en humblesse Lui supplie qu'il le convoyé En son Paradis et pourvoye;

CHARLES o'ORLâANS,

Car je jure que loyaument L'a serri de vueil désireux ; Adyouer le puis vrayement Devant tous loyaulx amoureux.

Oultre plus, vueil que la richesse J Des biens d'Amours qu'avoir souloj"^ Depanie soil, à largesse, A vrais amans, et ne vouldroye Que faubt amans, par nulle voye, En eussent part aucunement; Oncques n'euz amistié à euls ; Je le prans sur n Devant tous loyaulx a

Sans espargnier or, ne monno; Loyaulté veuïi qu'enterré soye En sa chapelle grandement; Dont je me tiens pour bien eure El l'en Doercie chieretnent Devant tous loyaulx amoureux.

BALLADE LXXl.

J'oy estrangement Plusieurs gens parler.

Qui trop roallemeni Se plaingneni d'amerj

Sans paine porter, Vouldroient, brie^eo^ A fin amener

POÈME DE LA PRISOlt. QI

Tout leur pensement.

Cest fait follement D'ainsi désirer ; Car qui loyaument Veulent acquester Bon guerdonnement, Maint mal endurer Leur fault, et souvent A rebours trouver Tout leur pensement.

S'Amour humblement Veulent honnourer, Et soingneusement Servir, sans faulser; Des biens largement Leur fera donner; Mais, premièrement, Il veult esprouver Tout leur pensement.

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