SONGE EN COMPLAINTE
Après le jour qui est fait pour traveil, Ensuit la nuit pour repos ordonnée ; Pource, m'avint que chargié de sommeil Je me irouvay moult fort, une vesprée, Pour la peine que j'avoye portée Le jour devant, si lis mon appareil De me couchier, situst que le souleil Je vy retrait et sa clarté mussée.
Quant couchié fu, de legier m'endorray, Et en dormant, ainsi que je songoye, Advis me fu que, devant moy, je vy Ung vieil homrac que point ne congnoissoye ; Et non pour tant, autreffoiz veu l'avoye, Ce me sembla, si me trouvay marry Que j'avoye son nom mis en oubly, Et, pour honte, parler à lui n'osoye.
Un peu se teut, et puis m'araisbnna, Disant ; a Amy, n'avez vous de moy cure? Je suis Aage qui lettres apporta A Enfance, de par Dame Nature, Quant lui chargeay que plus la nourriture N'auroit de vous ; alors vous délivra A Jeunesse, qui gouverné vous a Moult longuement, sans raison et mesure.
Or est ainsi que Raison, qui sur tous Doit gouverner, a fait tresgrant complainte A Nature, de Jeunesse et de vous, Disant qu'avez tous deux iait faulte mainte, n'est pas chose fainte ;
Car Vieillesse, la mère de
Qui tout abat et araaine au dessoubz,
Vous donnera dedens brief une atainte.
Au derrenier, ne la povez fuir. 5i vous fault mieulx, tantdis qu'avez Jeunesse, \ vostre honneur de Folie partir.
Vous esloingnani de l'amoureuse adresse ; " :, en descort sont Amours et Vieillesse:
1 ne les peut à leur gré bien servir. Amour vous doit pour esc usé tenir.
Puisque la Mort a prins vostre maistresse.
Et tout ainsi qu'assés est avenant A jeunes gens, en l'amoureuse voye De temps passer, c'est aussi mal séant Quant en amours un vieil homme folloye ; Chascun s'en rit, disant : Dieu qu'elle joye! Ce foui vieillart veult devenir enfent!
Jeunes et vieulx du doy ie vont monstrant, Moquerie par tous lieux le convoyé.
"l vosï'e honneur povez Amours laisser Eh jeune temps, comme par Nonchalance;
s ne pourra nnl de vous raconter.
Que l'ayez fait par faulte de Puissance; Et dira l'en que c'est par Desplaisance Que ne voulés en autre lieu amer, Puisqu'est morte vostre Dame sansper, Dont loyaument gardez la souvenance.
Au Dieu d'amours requérez humblement Qu'il lui plaise de reprandre l'ommage Que lui feistes, par son coramandemenc, Vous rebaillant vostre cueur qu'a en gage, Merciez le des biens qu'en son servage
■z receuz ; lors gracieusement Départirez de son gouvernement, A grani honneur comme loyal et sage.
Puis requérez â tous les amoureux Que chascun d'euU lout ouvertemeai die Se vous avM rien^ failly envers euli. Tant que suivy avea leur cocnpaignie.
Kl que par eulï soit la faulte punie ', Leur requérant pardon de cueur ptteut.
Car de servir csûés désireux Amours, et tous ceul\ de sa seigneuric.
Ainsi pourrez départir du povoir Du Dieu d'Amours, sans avoir charge aucune. C'est mon conseil, faines vostre vouloir, Mais gardez vous que ne croiez Fortune Qui de flater est à chascun commune ; Car tousjours dît qu'on doit avoir espoir De mieuU avoir, mais c'est pour décevoir. Je ne congnois plus iiaiUsc soubz la lune.
Je sçay trop bien, s'escouter la voulez El son conseil plus que le mien eslîre, Elle dira que, s'Amours délaissiez, Vous ne povez mieulx vostre cueur desiruire; Car Tous'n'aurés lors à quoy vous déduire. Et tout plaisir à nonchaloir mettrès.
Ainsi, le temps en grant ennuy perdrés, Qui pis vauldra que l'amoureux mariire.
Et puis après, pour vous donner confort, Vous promettra que recevrez amende De tous les mnih qu'avez soutfers à tort. Et que c'est droit qu'aucun guerdon vous rende; Mais il n'est nul qui à elle s'atende. Qui tosi ou tard ne soit, je m'en fais fort, D'elle deceu. à vous je m'en raport; Si pry à Dieu que J'elic vous deffendc. m
EntresiailLint, sur ce point m'esveîUay,. Tremblant ainsi que sur larbre la fiieîU»,] Disant : Hclas ! uncques mais ne soogay
Chose dont lant mon povre cueur se dueiile , Car, s'il est vray que Nature me vueille Abandonner, je ne sçay que feray; A Vieillesse tenir pie ne pourray,
is convendra que tout ennuy m'acEucilIc, '.t non pour tant, le vieil homme qu'ay veu mon dormant, lequel Aage s'appelle,
-n'a dit vray; car j'ay bien aperceu
Que Vieillesse veulc emprandre querelle tncontre moy; ce m'est dure nouvelle Et ja soit ce qu'à présent su y pour veu
Ce n'est que sens de me pourve
A celle fin que quant vendra vers moy, Je ne soye despourveu comme nice; C'est pour le mieuix, s'avant je me pourvoy lEt trouveray Vieillesse plus propice, Quant congnoistra qu'ay labsé tout office Pour la atiir; alors, en bonne foy Recommandé m'aura, comme je croy.
Et moins soussy auray en son service,
changier désormais;
'elle.
Et pour tousjours e De renoncera tous
ntieren
nent propose "UM fais;
Car il est temps qut Mes yeuk cligniez Tendray, afin que Par Plaisance, les a
'yent
ueur se repose, oreille close ent jamais,
Tant les congnob qu'en eux fier ne m'ose. Qui hien se veuit garder d'amoureux tours.
Garde ses yeulx emprisonnez tousjours ; S'ils eschappent, ilz crient en l'oreille
Du cueur qui dort, Et ne cessent de lui
tant qu
il lault qu'U s'es d'Amours,
'eîUe,
Disans qu'ilz ont souvent hanté ses cgura, Où ilz ontveu plaisance nompareille.
Je sçay par cueur ce mestier bien à plain, El m'a longtemps esté si agréable Qu'il me sembtoit qu'il n'esioit bien mondain Fors en Amours, ne riens si bonnorahle. Je trouvoye, par maint conte notable, Comment Amour, par son povoir haultain,
Ses serviteurs en estai prouffitable.
Mais en ce temps, ne congnoissoye pas La grant doleur qu'il convient que soustîengne Un povre cueur, pris es amoureux las; Depuis l'ay sceu, bien sçay à quoy m'en tiengne, J'ay grant cause que lousjours m'en souviengnt Or en suis hors, mon cueur en est loul las, 11 ne veult plus d'Amours passer le pas, Pour bien ou mal que jamais lui advîengne.
Pource tantost, sans plus prendre respit, Escrire vueil, en forme de requeste, Tout mon estât, comme devant est dit; Et quant j'auray fait ma cedule preste. Porter la vueil à la première feste Qu'Amours tendra, lui monstrant par escrîpt Les maulx qu'ay euz et le peu de prouffit En poursuivant l'amoureuse conqueste.
Ainsi d'Amours, devant tous les amans, Prandray congii en honneste manière.
En estouppant la bouche aux mesdisans Qui ont langue pour mesdire legiere, Et requerray, par treshumble prière, Qu'il me quitte de tous les ci Que jeluy fis, quant l'un c Devins pieçà de voulenté e
Et reprendray hors de st
! Que j'engagay par obligacion, ~ r plus seurté d'esire son serviteur, Saas faintise, ou excursacion, Et puis, après recommanda-cion, Jeiielairay, à mou tresgrant honneur, A jeunes gens qui sont en leur verdeur Tous fais d'Amours par resigaacion.