‹ Poésies complètesChapitre 112 sur 151 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

J'essaie aujourd'hui de rendre à la France une des formes de poëme les plus essentiellement françaises qui aient existé, cette Ballade de François A'illon que Marot garda avec un soin jaloux et que La Fontaine tâchait de ranimer, ne pouvait se décider à laisser mourir, dans un temps où, malgré la réunion des plus grands poètes, s'était perdu le sentiment du Rhythme lyriqueJ^ La Ballade a pour elle la clarté, la joie, l'harmonie chantante et rapide, et elle unit ces deux qualités maîtresses d'être facile à lire et difficile à faire; car, bien qu'elle pose les problèmes les plus ardus de la versification, contenus tous dans l'obligation d'écrire quatre couplets sur des rimes pareilles, que fournit à grand'poine la langue française, elle a ce mérite infini qu'une Ballade bien faite (de Villon) semble au lecteur n'avoir coûté aucun effort et avoir jailli comme une fleur. ^

Il n'est pas besoin de dire que la langue du. xv"" siècle et celle d'aujourd'hui sont absolument ^liffcientcs entre elles; orquiconque transporte des

!*ir8 àVANT-PROPOS.

formes de poôrae d'un idiome dans un autre, doit, comme Horace le fit pour les Grecs, accepter de ses devanciers toutes leurs traditions, même dans le choix des sujets. Ainsi ai-je dû agir, et cependant mon effort fût demeuré stérile si je n'eusse été de mon temps dans le cadre archaïque, et si dans la strophe aimée de Charles d'Orléans et de Villon je n'eusse fait entrer le Paris de Gavarni et de Balzac, et l'âme moderne! En un mot, j'ai voulu non évoquer la Ballade ancienne, mais la faire renaître dans une fille vivante qui lui ressemble, et créer la Ballade nouvelle. Si j'ai réussi dans mon entreprise, et plaise à Dieu qu'il ensoit ainsi! j'y aurai bien peu de mérite, venant après les grands lyriques de ce siècle, qui façonnant les esprits comme les rhythmes, nous ont à l'avance taillé et aplani le peu de besogne qu'ils nous ont laissée à achever. Pourtant, je sens en moi une sorte de petit orgueil d'ouvrier, en venant restituer un genre de poëme sur lequel Victor Hugo n*a pas mis sa main souveraine : car, en fait de forme à renouveler, il nous a laissé si peu de chose à tenter après lui !

Théodore: de Banville.

Juin 1873.

TREJNTK -SIX

DE BANVILLI

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