BALLADE POUR SA COMMERE
Le beau baptême et la belle commère !
Quels jolis yeux! disaient les assistants.
On rôtissait les bœufs entiers d'Homère Et l'on ouvrait la porte à deux battants.
Bonne Alizon ! même après tant de temps, Quand je la vois, mon dme en est tout aise.
Elle a des yeux d'enfer, couleur de braise, Et le sein rose et des lys à foison ; Elle est savante avec ses airs de niaise.
Le bon dieu gard' ma commère Alizon 1
En ce temps-là, mordant Técorce amère,
Dans mon pays de forêts et d'étangs,
J'étais encore un coureur de chimère.
Elle, on eût dit un matin de printemps 1
Mais, à la fin, voici qu'elle a trente ans.
Ses grands cheveux sont blonds, ne vous déplaise 1
Et longs et fins, et lourds, par parenthèse,
A n'y pas croire. la riche toison I
A la tenir on sait ce qu'elle pèse.
Le bon dieu gard' ma commère Alizon 1
Oh I comme fuit cette enfance éphémè*. Mon Alizon, dont les cheveux flottants Étadent si fous, regarde, en bonne mère, Ses petits gars, forts comme des titans, Courir pieds nus dans les prés éclatants.
Elle travaille, assise sur sa chaise.
Ne croj^ez pas surtout qu'elle se taise Plus qu'un oiseau dans la belle saison, Et sa chanson n'est pas la plus mauvaise.
Le bon dieu gard' ma commère Alizon I
ENVOI
Avec un rien, on la fâche, on l'apaise.
Les belles dents à croquer une fraise I J'en étais fou pendant la fenaison.
Elle est mignonne et rit quand on la baise, Le bon dieu gard' ma commère Alizon !
Juin 1862.