‹ Poésies complètesChapitre 132 sur 151 · DOUBLE BALLADE DES SOTTISES DE PARIS · texte numérisé non relu

DOUBLE BALLADE DES SOTTISES DE PARIS

C'est un étrange bacchanal Dans ce Paris vraiment baroque Où règne le petit journal, Et qu'une drôlesse provoque En lui laissant voir sous sa toque Dt.'s cheveux d'un cuivre vermeil Comme le bon or qu'elle croque.

Moi, j'en ris, les jours de soleil.

Être probe est original Dans cette Babel équivoque Où, malgré le Code pénal.

Chacun suit les mœurs de l'époqae ; Où Scapin remplace Archiloque, Mais où Pindare, aux Dieux pareil, Sou[)erait d'un œuf à la coque.

Moi, j'en ris, les jour4 de soleiL

Dans ce pôle-mclc vénal, Qu'est-ce que l'honneur? Une loque Pour amuser le tribunal, Qu'agite, pendant son colloque, L'avocat, soufflant comme un phoque.

Le pauvre juge, en son sommeil. Entend ces cris de ventriloque.

Moi, j'en ris, les jours de soleil.

La Bête au regard virginal Que tout millionnaire iiivuque, Prodigue son amour banal Et chacun s'en emberlucoque.

C'est pour elle qu'on se disloque, Et tous les cœurs sont en éveil Dès que frémit sa pendeloque.

Moi, j'en ris, les jours de soleil.

Au sein d'un tumulte infernal

Ce sont partout glaives qu'on choque.

Torches qui servent de fanal,

Mépris solide et réciproque.

Mensonges que la Haine évoque,

Idiots dont on prend conseil.

Maîtres qu'on flatte et qu'on révoque :

Moi, j'en ris, les jours de soleil.

« Comme une image d'Épinal,

Flamboie en sa riche défroque

Devant le café Cardinal

Ce cruel Paris, qui se moque

Des sauvages de l'Orénoque,

Et dont le superbe appareil

Indignait Thomas Vireloque :

Moi, j'en ris, les jours de soleiL

Juin 1869.

BALLADE A GEORGES ROCHEGROSSB

La sottise partout fait rage.

Bienheureux qui s'est abstenu D*ouïr maint et maint personnage Dont l'esprit a pour revenu Le banal et le convenu :

Que le Diable serre leurs gorges I Puisque te voilà prévenu, Souviens-toi bien de cela, Georges.

Si tu veux vivre en homme sage,

Lorsque l'âge sera venu,

Fuis l'oisif et son bavardage,

Le rêveur au cerveau cornu

Et l'imbécile parvenu ;

Car tous ces gens-là font leurs orges

En pillant l'artiste ingénu.

Souviens-toi bien de cela, Georges.

Pour les filles au cœur volage

Qai s'ent vont, le sein demi-nu,

Avec une fleur au corsage,

Fuis cette gent trotte -menu. ,

Car Amour, forgeron connu,

Pour leurs yeux martèle en ses forge»

Plus d'un trait subtil et ténu.

Sûuviens-toi bien de cela, Georges.

li fuut les fuir au bois chenu Des ni(îries et des rouges-gorges, Ou àias le travéïil continu :

Souviens-toi bien du cela, Georges,

Page 1