‹ Poésies complètesChapitre 136 sur 151 · BALLADE DE L'AMOUR BON OUVRIER · texte numérisé non relu

BALLADE DE L'AMOUR BON OUVRIER

Le monde est plein de compagnons habiles, De ciseleurs, de rudes artisans Forgeant le fer ou les métaux fragiles," Faiseurs d'outils et de joyaux plaisants.

Tenant la lime ou les marteaux pesants.

D'autres, chanteurs, histrions, folle race, Ayant des tours nombreux en leur besace, Vont mariant la flûte et le tambour ; Mais entre tous, quelque ouvrage qu'il fasse, Le plus subtil ouvrier, c'est Amour.

Il fait errer les zéphyrs indociles Dans les cheveux des filles de seize ans, Il enrubanne Églé dans les idylles, Fauche la gerbe avec les paysans Ou fait piaffer les chevaux alezans.

Baisse les yeux ou danse la cordace*

n fait des ducs avec la populace Et des bergers avec des gens de cour; Glaçant la flamme, il échauffe la glace :

Le plus subtil ouvrier, c'est Amour.

Nous le voyons avec ses doigts agiles Cousant l'habit vermeil des courtisans Ou, fier sculpteur, pétrissant les argiles ; Gueux qui mendie ou donneur de préisents, Sinistre, ou gai comme des vers luisants..

Pêcheur, il prend tout poisson dans sa nasse ; Archer folâtre, il atteint dans sa chasse Buse et colombe, alouette et vautour.

Joueur de luth, on le fête au Parnasse :

Le plus subtil ouvrier, c'est Amour.

ENVOI

Prince, Amour vaut Tartuffe et Lovelaca.

Comédien et roi de la grimace, Soldat, mercier, diplomate et pastour, Il est tout ; nul métier ne l'embarrasse* Le plus subtil ouvrier, c'est Amour,

â88 THENTE-SIX BALLADES JOYEUSES.

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