BALLADE SUR LUI-MEMB
Assembleur de rimes, Banville, C'est bien que les chardonnerets Chantent dans les bois de Chaville ; Mais veux -tu chez les Turcarets Emplir ton coffre et tes coffrets ?
Plante-là ton rêve féerique !
C'est bien dit, mais je ne saurais, Je suis un poëte lyrique.
Je puis encor charmer la ville Avec la^Ûûte de Segrais ; Mais exercer un art servile.
Comment l'oserions-nous, pauvrets!
Si je le pouvais, j'aimerais Lu. toile-cuir et TAmérique, Mais de quoi servent les regrets?
Je suis un poëte lyrique.
Mon allure est trop peu civile.
Toujours (autrement je mourrais,) Fuyant toute besogne vile.
Je retourne auy divins retraits, Comme, fuyant l'impur marais, A travers la nue électrique L'oiselet retourne aux forêts; Je suis un poëte lyrique.
Prince, voilà toui mes secrets, Je ne m'entends qu'à la métrique :
Fils du dieu qui lance des traits, Je suis un poëte lyrique.
Juillet 1869.