‹ Poésies complètesChapitre 21 sur 151 · AU LAURIER DE LA TURBIE · texte numérisé non relu

AU LAURIER DE LA TURBIE

Toi qui jusques au ciel montes, colosse droit,

Et qui poses tes pieds dans le roc dur et froid,

symbole ! géant ! bel arbre aux feuilles Lisses !

Laurier, ma lâche envie et mes saintes délices I

Fantôme t\ue Pindare ému reconnaîtrait!

Compagnon de Ja Lyre idéale! Portrait

De tout ce «[iic j'adore et de tout ce qui m'aime!

Arbre mélodieux, i^r.ind comme Phœbosmêmel

Sombre feuill.'Lge. hélas! moii immortel affront !

Jamais ton noir nui: eau ne couvrira mon front;

Ami, c'est comme un vaiii (ossaiU que tn m'accueilles;

A peine si dans l'ombre aiic *eule des feuilles

Que l'âpre vent du soir t'ai raclic avec eifroi,

Brille, chimère folle, et glisse autour de moi.

Et pourtant. Laurier vert, gloire de la campagne, Je n'ai souhaité, moi, ni la douce compagne Dont les regards nous font un ciel dans ia maison, Ni les petits enfants à la blonde toison.

Ni la richesse aux' doigts parfumés d'ambroisie, Et tout ce dont l'esprit jaloux se rassasie.

Ni le repos, si cher à des bohémiens; Et ces enchantements sans nombre, et tous ces biens Que notre solitude avidement réclame, Arbre mouvant! Laurier! tu le sais, moi dont l'âme Bondissait jusqu'aux cieux d'un vol démesuré, Je n'en ai rien connu, je n'ai rien désiré!

J'ai vécu seul, penché sur le monde physique. Toujours étudiant le grand art, la Musique, Dans le cri de la pourpre et dans le chant des tleurs Où dort la symphonie immense des couleurs, Dans les flots que la mer jette de ses amphores,

Dan^ le balancement des étoiles sonores.

Dans l'orgne des grands bois éperdus sons le Tentt J'ai mis tout mon orgueil à devenir savant, Pâle et muet, j'entends le murmure des roses : Et de tous les trésors et de toutes les choses Qui plantent dans nos cœurs un regret meurtrier. Tu le sais bien, je n'ai voulu que toi, Laurier 1

Nice, février 1860.

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