‹ Poésies complètesChapitre 22 sur 151 · CHIO · texte numérisé non relu

CHIO

Chio, rtle joyeuse, est pleioe de sanglots.

Au fond d'une demeure où l'on entend les flots,

La jeune fîlle morte, 6 père misérable I

Dans ses longs cheveux blonds dort sur un lit d'érable.

Ses jeux de violette, hélas I qoand le jour luit,

Contiennent à présent la formidable nuit.

Dieux! c'est le moment où llcunt la pervenche 1

Le père, avec horreuj* tordant sa barbe blanche.

S'en est allé gémir sur le bord de la mer.

Dans l'abîme grondant il vevu^a un fleuve amer.

Et marche, déchiré par s:i douleur sans bornes.

La jeune fille dort. Trois Divinités mornes, Leurs beaux voiles épars et leurs cheveux flottants. Sont là debout, tressant les roses du printemps Près de la morte en fleur qu'elles avaient vu naître Et se plaignent. Soudain, un disciple du maître S'avance et, les voyant, leur dit : « Que faites-vous Auprès du lit où s'est penché ce front si doux, Déesses, (car tout en vous fait qu'on devine L'immortelle splendeur d'une race divine,)

Puisque les Dieux, e^tempts du mal et du remords. Ne sauraient sans souillure être en face des morts, Qui n'ont plus que la nuit sous leurs paupières lasses? »

n dit. Mais Aglaïa, la plus jeune des Grâces, Se tourna vers ses sœurs pâles, et faisant voir Au disciple ébloui dans la pourpre du soir Leurs visages mouillés d'une rosée amère, Murmura ; « Nous pleurons sur la fille d*Homère* »

Février 1864.

A GEORGES ROCHEGROSSB

Enfant dont la lèvre rit Et, gracieuse, fleurit Gomme une corolle éclose, Et qui sur ta joue en fleurs Portes encor les couleurs Du soleil et de la rose l

Pendant ces jours filés d*or Où tu ressembles encor A toutes les choses belles, Le vieux poëte bénit Ton enfance, et le doux nid Où ton âme ouvre ses a'des.

Hélas I bientôt, petit roi, Tu seras grand ! souviens-toi De notre splendeur première.

Dis tout haut les divins noms :

Sou viens- toi que nous venons Du ciel et de la lumière.

Je te souhaite, non pas De tout fouler sous tes pas Avec un orgueil barbare, Non pas d'être un de ces fous Qui sur Tor ou les gros sous Fondent leur richesss avare,

Mais de regarder les cieux I Qu'au livre silencieux Ta prunelle sache lire.

Et que, docile aux chansons, Ton oreille s'ouvre aux sons Mystérieux de la lyre !

Enfant bercé dans les bras De ta mère, tu sauras Qu'ici-bas il faut qu'on vive Sur une terre d'exil Où je ne sais quel plomb vil Retient notre âme captive.

Sous cet horizon troublé, Ah! malheur à l'Exilé Dont la mémoire flétrie Ne peut plus se rappeler, Et qui n'y sait plus parler La langue de la patrie!

Mais le ciel, dans notre ennui, N'est pas perdu pour celui Qui le veut et le devine, Et qui, malgré tous nos maux, Balbutie encor les mots Dont l'origine est diyine.

Emplis ton esprit d*azurl

Garde-le sévère et pur.

Et que ton cœur, toujours digne

De n'être pas reproché,

Ne soit jamais plus taché

Que le plumage d'un cygne I

Souviens-toi du Paradis, Cher cœur! et je te le dis Au moment où nulle fange Terrestre ne te corrompt, Pendant que ton petit front Est encor celui d'un ange.

Septembre I86ft.

LE BE?wG£R

Tandis qu'autour de nous la Nature se dore .vre de fleurs, d'amour et de clartés d'aurore. Et que tout s'embellit de rayons souriants.

Les chercheurs, les penseurs, les esprits, les voyants. Les sages, dont la main croit à ce qu'elle touche» Tiennent dans leur compas Fimmensité farouche. Et disent : « Ce berger, que vous appelez Dieu, N'existe pas. Là-haut, dans les plaines de feu. Les blancs troupeaux, suivant la trace coutumière. Sans nul guide, au hasard, marchent dans la lumière Et, sans que jamais rien ne gêne leur essor.

Rentrent, quand ils sont las, dans leurs cavernes d'or. » Pois dans leur noir réduit, plein d'ombre et de fumée. Les orgueilleux savants, dont l'oreille est fermée.

LBS EXILÉS. 91

Murmurent, en montrant d'en-bas les vastes cieoz : «c Là tout est vide, car tout est silencieux. »

Cependant, pour bercer l'infini qui respire, Le doux Berger pensif touche sa grande lyrs ; n conduit par ses chants tous les monstres Termeils, • Les Constellations, les Hydres, les Soleils, Et, sans souci du vil chasseur qui tend des toiles, Fait marcher devant lui ses grands troupeaux d'Étoiles.

Mars 1864,

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