‹ Poésies complètesChapitre 23 sur 151 · LA FLEUR DB SANG · texte numérisé non relu

LA FLEUR DB SANG

Enfant encore, à Tâge où sur nos fronts éclate La beauté radieuse, on jour dans 1^ forêt' Je vis un Dieu vêtu d'une robe 4carlate.

Secouant ses cheveux que le soleil dorait.

Il me cria : « Veux-tu m*adorer, vil esclave? »

Et je sentis déjà que mon cœur l'adorait.

Ses flèches, que tourmente une main forte et brave, S'agitaient sous ses doigts ; le lourd carquois d'airain Tremblait de son courroux et rendait un son grave.

Implacable, attachant sur moi son œil serein, Il me cria : <c Yenx-tu baiser, de cette bouche Tout en fleur, ma chaussure et mon pied souveraiii?.

Je suis le Dieu sanglant, je suis le Dieu farQpche, L'âpre ennemi, le fier chasseur ailé, vainqueur Des monstres, le cruel archer que rien ne touche;

Je suis TAmour ; veux -tu me servir, faihle cœur? Je to ferai sentir la griit'e des Chimères Et \e te verserai ma funeste liqueur.

Je prendrai les meilleurs des instants éphémères Que doit durer ici ton corps matériel, Et tu fuiras en vain les angoisses amères.

J'éteindrai tes beaux yeux qui reflètent le ciel, Je ilétrirai ta joue, et dans mes noirs calices Tu trouveras un vin plus amer que du fiel.

Savoure sans repos mes atroces délices !

Car tu n*espères pas, tant que durent tes jours,

Épuiser ma colère, et lasser mes supplices.

Mes serpents font leurs nœuds dans l'abîme où tu cours, Et pour manger ton foie au pied d'un roc infâme, Ne vois-tu pas venir des milliers de vautours?

Quand la lâcheté vile aura souillé ton âme.

Ton martyre hideux ne sera pas fini;

Tu te consumeras sans éclair et sans flamme.

Toi que j'aurai cent fois quitté, cent fois banni, Mordu par l'aiguillon de ta vieille habitude. Tu me suivras encor, par ma froideur puni !

Tu vivras dans la haine et dans l'inquiétude Jusqu'au jour où, brisé, tu connaîtras l'horreur De la vieillesse aflreuse et de la solitude. »

Ainsi le jeune Dieu parlait, et sa fureur

Était comme les flots amers qu'un gouffre emporte.

Et moi je pâlissais de rage et de terreur.

Je tressaillais, sentant mon âme à demi morte, Gomme sous le couteau du boucher la brebis, Quand le chasseur Amour me parla de la sorte.

Et pourtant j*admirais sa beauté, ses habits De pourpre, que le vent harmonieux soulève.

Et surtout, 6 n^on cœur, ses lèvres de rubis.

Larges roses de feu, comme on en voit en rêve, Et dont le fier carmin, d'un sourire enchanté, Ressemble à du sang frais sur le tranchant d'un glaive.

J'égarais mes regards sur son col indompté, Neige pure, et tandis qu'il m'insultait encore, Pou de honte, éperdu sons Tâcre volupté.

J'ai crié : « Dieu farouche et sanglant, je t'adore. »

Mars 1857.

HERMAPHRODITK

Dans les chemins foul«''s par la chasse maudite, Un doux gazon fleuri caresse Hermaphrodite.

Tandis que, ralliant les meutes de la voix, Artérais court auprès de ses iruerrières, vuis, Le bel Être est assis aupi-rs d'une fontaine.

D tressaille à demi dans sa pose incertaine.

En écoutant au loin mourir le son du cor D'ivoire. Quand le bruit cesse, il écoute encor, H songe tristement aux Nymphes et soupiie.

Et, retenant im cri qui snr sa lèvre expire, Se penche rers la sonrce où dans tin clair bassin Son torse de jeune homme héroïque, et son sein De vierge pâlissante au flot pur se reflète.

Et des pleurs font briller ses yeu de ticrfette.

Mar» 185».

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