LOISIR
Nous avons vu ce mois d'Avril Engourdi par un froid subtil :
Le printemps était en péril.
Enfin, tout se métamorphose!
Mai, comme un jeune sein, arrosa De pourpre le bouton de rose.
Le vieil Hiver est aux abois.
Lauriers, c*est à vous que je bois :
Si, nous irons encore au bols!
Les pommiers sont couverts de neige.
. Avec tout son riant cortège, Le nouveau soleil nous assiège
Enfants blonds comme les épis, Ébattez-vous, Amours, tapis Sur mes divans et mes tapis!
Voici les jours où tout me presse De chercher ta molle caresse.
Poétique et sage Paresse I
L'ctïle est cqGd néglige.
Depuis ce beau temps earagë.
Chacun pread no petit congé.
Chacun, dans le mois de la sëre, A son dur labeur donne trêve.
Pour dorloter on peu son rére.
L'homme grave songe atti honiis ; On le voit qnéter les sonos De mesdemoiselles Souris.
On a dn répit, même au bagne.
Le feuiUetoniste en compage Va revoir la Grèce on l'Espogns.
Plootos dédaigne son trésor.
Et, pour six semaines encor, Défeod qn'on lui montre de i'or.
Nous, par les mêmes théories, Nous fuyons les imprimeries. Le mélodrame et les féeries.
Le soir on ne boit plus de thé.
Et notre journal endetté Entame les romans d'été.
Les théâtres n'ont plus de queues; Scapin court pendant quati'e lieues Âjjiës les petites lleui's bleues.
L'artiste, alTolé de rayons.
S'en va regarder les Troyoïis Que le bon Dieu luit sans crayons.
ODELETTES. 150
Rose sort à pied, sans berline, Sans fard, sans diamants. Céline Met sa robe de mousseline.
Le savant au cœur plein de foi Bouquine avec un tendre émoi Pour trouver un Estienne. Et moi,
Cependant que les violettes Ouvrent leurs fraîches cassolettes, Je rimerai des Odelettes.
Mai 1835.
A ARSENE HOUSSAYE
Grâce aux Dalilas, Nos rimeurs sont las
De gloire, Et, comme un hochet, Ont jeté l'archet
D'ivoire î
Au rhythme ailé d'oi n fallait encor
Un maître Fou de volupté, Alors j'ai dompté
Le Mètre I
ICO ODELETTES*
J*ai repris mon luth, Et, suivant le but
Féerique, Je m'en vais cherchant Le secret du chani
Lyrique.
CEil épanoui.
Je peins ébloui
Ou triste, Le ciel radieux.
Et, mélodieux
Artiste,
Près du fleuve grec Murmurant avec
Les cygnes Fiers de leur candenr.
Je dis la splendeur
Des lignes.
Mon vin triomphant. Sais-tu quelle enfant
Le verse?
Viens, et tu verras, Poète, quel bras
Me berce I
chasseur altier, Qui fuis le sentier
Profane, Songeur qu'autrefois Rencontrait au bois
Diane!
ODELETTES. ICI
Gomme toi, qui vins Si jeune aux divins
Rivages, Ami, j'ai toujours Voulu des amours
Sauvages.
Ah! quand Mai sourit Aux prés où lleurit
La menthe, Trouveurs de loisir.
Sachons y choisir
L'amante !
Nymphe au regard b'ea.
Si sa lèvre en feu
, Caresse Nos fronts sans témoins.
Qu'elle soit au moins Déesse!
Toi, pâle et rêvant, Au bois que le vent
Assiège, Tu suis à dessein La guerrière au sein .
De neige I
Moi, parmi nos jeux, Mon plus orageux
Délire Toujours s'en revient Vers celle qui tient
La lyre!
162 ODELETTES.
Sans doute elle a pris La feule eu mépris,
Et pjrte Un peu trop sojvent Sa crinière au vent.
Qu'importe 1
J'aime sa pâleur, Et sa bouche en tleur
Est saine! Son sang et sa chair Les voilà, mon cher
Arsène.
sens embrasés!
Maîtresse aux baisers
Savante !
Tendre et chère voix.
Ici tu la vois
Vivante.
Dos ilexible et nul Sourire ingénu
Qui m'aime!
L'or de ses cheveux M'enivre, et je veux,
De même.
Dans mon sang qui bout Gardant jusqu'au bout
Ma fièvre Tout comme à présent.
Mourir en baisant
Sa lèvre 1
Mai 1855.
ODELETTES. 163