‹ Poésies complètesChapitre 5 sur 151 · LE SANGLIER · texte numérisé non relu

LE SANGLIER

C'était auprès d'un lac sinistre, à Teau dormante, Enfermé dans un pli du grand mont Érymanthe, Et Tantre paraissait gémir, et, tout béant, S'ouvrait, comme une gueule affreuse du néant. Des vapeurs en sortaient, ainsi que d'un Avernc. Immobile, et penché pour voir dans la caverne, Hercule regarda le sanglier hideux.

Les loups fuyaient dé peur quand il s'approchait d'eux^ Tant le monstre effaré, s'il grognait dans sa joie. Semblait effrayant, même à des bêtes de proie. D vivait là, pensif. Lorsque venait la nuit.

Terrible, emplissant l'air d'épouvante et de bruit Et cassant les lauriers au pied des monts sublimes, 11 allait dans le bois déchirer ses victimes ; Puis il rentrait dans l'antre, auprès des flots dormants. Couché sur la chair morte et sur les ossements, 11 mangeait, la narine ouverte et dilatée, Et s'étendait parmi la boue ensanglantée.

Noir, sa*ranïère au front obscur lui ressemblait. Les ténèbres et lui se parlaient. Il semblait. Enfoui dans l'horreur de cette prison sombre. Qu'il mangeait de la nuit et qu'il mâchait de l'ombre.

Hercule, que sa vue importune lassait.

Se dit : « Je vais serrer son cou dans un lacet ; Ma main étouffera ses grognements obscènes, Et je l'amènerai tout vivant dans Mycènes. »

Et le héros disait aussi : « Qui sait pourtant, S'il voyait dans les cieux le soleil éclatant, Ce que redeviendrait cet animal farouche ?

Peut-être que les dents cruelles de sa bouche Baiseraient l'herbe verte et frémiraient d'amour.

S^ rej^antail l'aziir ^bloui^sanl du jour ! *

Alors, enlranl ses doi^? d'acier parmi les soi Do soD^lier courba sur des restes de proies.

Il le traîna tout près du lac dormant. En Tain, Wessé par le soleil qui dorait le raviD, Le monstre déchirait le iw de s^s di-feuses.

n fuTait Si>uri)U)t de ces faibles offenses.

Hercule, soiiK>vanl ses flancs hideui et looi^ Le ramenait au jour luiuincui. M.ii~ toujours, Attira dans sa unit i^ar un amour < trançe.

Le sanglier tt^lu retournait vers la (ai'.ije. Et loujoors, rolTravanl d'un Stiurire vermeil. Le héros le traînait de force an graud soleiL

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LES EXILÉS. il

J'avais feint, pour mieux plaire aux laboureurs grossiers, Que, doux enfant, exempt d'appétits carnassiers, Ignoré d'Échidna sanglante et des Furies, 11 fût né de Cypris en des îles fleuries.

Les vierges, les vieillards devant leur porte assis Étaient vite accourus en foule à mes récits, Et le pain et le vin ne m'avaient pas fait faute. Or je partais chargé des présents de mon hôte, Et sous les oliviers, parmi les chemins verts. J'allais d'un pas rapide, orgueilleux de mes vers.

Comme j'étais entré dans la forêt qui grimpe Mystérieusement au pied du mont Olyjnpe, Je vis auprès de moi, debout sur un talus, Un homme fier, pareil aux Géants chevelus Que la Terre enfanla dans sa force première.

Son visage était pâle et baigné de lumière.

n touchait de la tête aux chênes murmurants ; A l'entour, dans les rocs penchés sur les torrents, Les noirs rameaux touffus, en écoutant son ode, Frissonnaient, et c'était le chanteur Hésiode.

Les âges à venir, pour nos regards voilés.

Pensifs, se reflétaient dans ses yeux étoiles ; Les tigres lui léchaient les pieds dans leur délire, Et les aigles volaient près de sa grande lyre.

Le devin se dressa dans les feuillages roux.

D abaissa vers moi ses yeux pleins de courroux Où la nuit formidable avec l'aube naissante Se mêlait, et cria d'une voix menaçante Qui remplissait les bois devenus radieux :

« Ne fais pas un jouet de l'histoire des Dieux ! » Je m'inclinai^ tremblant et pâle de mon crime. Il ajouta : « Vois-tu la Nature sublime Tressaillir? La forêt fume comme un encens.

Les Immortels sont là sur les monts blanchissants. Tais-toi. Laisse l'azur célébrer leur louange, *

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Le fils d'Amphitryon fut saisi de pitié.

« Oh ! dit-il, sombre aïeul durement châtié, Qae fais-tu loin du ciel dont notre œil est avide t Qui te retient ainsi dans ce cachot hvide ?

Ton désespoir est-il si vaste et si profond Que tes larmes aient pu remplir ce puits sans fond? Viens dans la plaine, où sont les ruisseaux et les ehiuesl Sur tes bras affaiblis je ne rois pas de chaînes. D'ailleurs, je suis celui qui les brise ; je puis, Si tu le veux, jeter ce rocher dans ce puits ; Quelque Dieu qu'ait maudit ta bouche révoltée, Je te délivrerai, fusses-tu Prométhée 1 »

Le vieillard exhalait des sanglots étouffants. Hercule dit : « Suis-moi, laisse aux petits enfant» Cette lâche terreur et cette angoisse folle.

n n*est pas de douleur qu'un ami ne console ; Viens avec moi, remonte à la clarté du jour l

— Non, répondit le grand vaincu, je suis l'Amour. »

Janvier ISSS.

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