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LA ROSE

Egaré sur TOthrys après un jour de jeûne.

Le plus ancien des Dieux, l'éternellement jeune Amour, le dur chasseur que l'épouvante suit, Ké de l'œuf redoutable enfanté par la Nuit Aux noires ailes, vit la grande Cjthérée Dormant dans son chemin, sur la mousse alttoto Par le matin brûlant, et, pâle d'un tel jeu, Contempla son visage et ses lèvres de feu.

La Déesse, couchée entre des rocs de marbre.

Reposait, les cheTcux épars, au pied d'un arbre

Dont l'abri préservait son front de la chaleur.

Ses beaux yeus étaient clos, mais sur sa joue en Qeor,

Dont leur Toile exaltait l'impérieuse gloiie.

Des franges de longs cils montraient leur splendeur noir»-

Conune un prince jaloux qui marque son trésor.

Le soleil éperdu lançait des llèchcs d'or

Sur son sein éclatant d'une candeur insigne,

Et sa poitrine était de neige comme on cyffQ«(

Et pareille aux brebis errantes d'un troupeau-

Sur sa crinière fauve et sur sa blanche pean

De tremblantes lueurs couraient, surnaturelles.

Entre ses pieds ouverts dormaient deux tourterelles.,

Le radieui sourire en pleui-s du jour naissant

Folâtrait sur son corps de vierge éblouissant.

Et la nuit dn feuillage et l'ombre des érables

Y caressaient, depuis les masses adorables

De la blonde toison jusqu'aux divins orteils,

Les touffes d'or, les Ijs vivants, les feux vermeils.

Éros la vit. 11 vit ces bras que tout adore.

Et ces rougeurs de braise et ces clartés d'aurore; H contempla Cypris endormie, à loisir.

Alors de son désir, faite de son désir, Toute pareille  son désir, naquit dans l'herba One fleur tendre, i5mne, ineffable, superbe, Rougi-isante, spleiidiih', l't -hfi.- son fier dessin Flamboyante, et «;ii'.l;,iil l,i (r.nc-heur d'un beau sein-

Et c'est la Rose ! ^ l'-l la iIi.lij- tendre et fai'ouche Qui présente à Cypris ritniise do sa bouche, Et semble avoir un sang de |miirpre sous sa chair- Fleur-femme, elle contiojit tout ce qui nous est cher, 'onr, (riomplie, caresse, cjnbrasaement, sourire : Voir la Hose, c'est comme rrouter une lyre!

SsS&resard émtt suit lo liimissemeat '*ËcïeuK épanoui ssemeai à

LKS EXILÉS. 21

Sa chevelure verte avec orgueil la'couvre.

Quand nous la respirons, elle est pâmée, et s'ouvre :

Son parfum d'ambroisie est un souffle. On dirait

Que, par je ne sais quel ravissement secret,

Elle prend en pitié notre amour et nos fièvres,

Et son calice ouvert nous baise avec des lèvres.

Mars 1869.

NEMEE

Dans la vallée où passe une haleine embaumée, Hercule combattait le lion de Némée.

Rampant, agile et nu, parmi les gazons ras.

Parfois il étreignait le monstre dans ses bras, Pois le fuyait; et, plein de fureur et de joie, Par un bond effrayant revenait sur sa proie.

An loin sur les coteaux et dans les bois dormants On entendit leurs cris et leurs rugissements; Us étaient à la fois deux héros et deux bêtes Mêlant leurs durs cheveux, entre-choquant leurs têtes, Hurlant vers la clarté des cieux qui nous sont chers, Avec la griffe et l'ongle ensanglantant leurs chairs; Haletants, ils ouvraient leurs deux bouches pensives, Montrant dans la clarté leurs dents et leurs gencives ; Puis, vautrés Tun sur l'autre, ils tombaient en roulant Sur les pentes en fleur, dans le sable sanglant.

Enfin, d'un cri sauvage effrayant les ravines, Hercule prit le monstre entre ses mains divine»; Alors il lui serra si durement le cou, Que le lion sentit la mort dans son œil fou Et vit passer sur lui le flot noir de l'Averne. l^ héros le traîna jusque dans sa caverne ;

Sombre et morne, elle avait une entrée au levant,

Et l'autre au couchant sombre, où s'engouffrait le vent

Hercule, contenant d'une main rude et forte Le lion qui voulait bondir vers cette porte, Prit un quartier de roche avec son autre main, Et la boucha; puis, d'un long effort surhumain, Qui fit craquer les os de l'horrible mâchoire Et jaillir un sang rouge entre ses dents d'ivoire, Il étouffa le monstre, et, penché vers les cieux, 11 écouta monter dans l'air silencieux Son long râle et sa plainte amère aux vents jetée, Si triste que la teiTe en fut épouvantée.

Puis le héros ouvrit ses bras ; poussant un cri Suprême, le lion mourant tomba meurtri.

Et, se heurtant au mur de la caverne close, U expira, laissant traîner sa lang'io rose.

Lundi 6 juillet 1874.

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