‹ Poésies complètesChapitre 57 sur 151 · LE CHARME DE LA VOIX · texte numérisé non relu

LE CHARME DE LA VOIX

Quand s'élancent leurs strophes d'or.

Il faut aux Odes qu'on admire.

Pour leur faire prendre l'essor.

Les instruments et leur délire.

Mais toi, mais toi, tu peux les lire 1 Car la Muse t'aime, et tu vois Qu'elle n'a plus besoin de lyre Avec les chansons de ta voix.

Ta grave, ta charmante voix, Pure comme un cristal féerique, Est parfois si douce I et parfois Brûlante comme un vent d'Afrique.

Telle, à son rhythme symétrique Prêtant les colères des Dieux, Sappho, la déesse lyrique, Parlait aux flots mélodieux.

Février 1861.

VERS SAPPHIQUES

Ma foi, mon espoir, mes chants fiers et doux, Je t*ai tout donné, jusqu'à mon courroux.

Ce n'est pas assez, dit ton cœur jaloux.

Il a bien raison !

Il me faut bénir ta blonde toison, Tes beaux yeux armés pour la trahison.

Et ton sein de neige, et le noir poison Qa*a versé ta main l

Je les bénirai ! cher ange inhumîdn, Fleurisse ta bouche au riant carmin l Et toi, si ton pied le trouve en chemin, Foule aux pieds mon cœur.

Oni, sers de complice au passant jnoipeur, Et du noir oubli rapsode vainqueur.

Mes vers frémiasants chanteront en chœur Ton luom adora.

Jusqu'aux astres nlairs je remporterai, Et mon luth, peut-être un jour admiré.

Fera que l'éclat de ton front doré Demeure immortel.

Puisse-t-il, flambeau de mon cher autel,

Ëblouir de feu les divins sommets,

Et sur les piliers de saphir du ciel

Briller à jamais.

C'est bien Xait, 6 ma item.

Et je succombe.

Mais avec la douceur

D'une colombe.

En noyant roa raison Dans mon extase.

J'ai béni le poison Et le beau vase.

Même, j'ai traversé

Sans é pouvant* L'heure oîi tu m'as versé

L'horreur vivante.

AMÉTHYSTES. 2?.i

J'ai ha le Ilot profond

Avec délice ; L'ivres.se était au fond

Du noir calice.

Je te donne à préseni;, (Car je t'adore L)

Le laurier verdissant Qui me décore.

Arraché pair mes -ver»

A Toiule' noirev

Mes chants k ITunivers' Diront ta; giioisBv

Près du eiel' aznvé:

Qui nous m«ii»ai^

Joyeux, je f asmieran Sur W f)iini»sB«u

Là, recueillant \9 fpnS De mon délnre*,

Ta Toix sera lie- hvwSt Que fait m» lyre^t

Et tu joueras, enfknt

Né de Thalîe, Dans le flot triom{)hanf

De Gastalie.

Dans les bois écartes.

Ces lèvres roses

Jetteront dos clartés D'apothéoses ;

Mon sang versé par jeu, Sainte blessure !

Sera la ponrpre eo feu De ta chaussore ;

Et, comme en ce dessrâii

Je t'ai choisie, Tu laveras ton sein

Dnns l'ambroisie.

Hais, couronnant ton front Pur de sont! lare,

Des rayons d'or seront Ta chevelure ; '

Et tes yeui, où sourit Ha douleur morte,

Refléteront l'esprit Qoi me transporte,

ma dirinité

VJctoriease, Pendant rétemitë Mystérieuse,

Tes yeni, insoucienx De nos désastres.

Seront comme des cieux Éclatants d'astres.

RIHëS DOREES

AU LECTEUR

Ges Rimes qui, pour la plupart, avaient brillé dans mont esprit avant celles des Occidentales, étaient comme dorées en effet par ces rayons de soleil couchant qui ont parfois la splendeur joyeuse d'une aurore. Au moment oh je chantais ainsi, nous n'avions pas encore au flanc la blessure qui toujours s'irrite et saigne. Déjà enfuie loin de moi, la Jeunesse me laissait voir encore son lumineux sourire et le bout rose de la draperie qui traîne derrière elle ; et si ma pensée était troublée obscurément par les affres de ce qui devait venir, je me rassurais, comme tous Font fait, en songeant à ce qu'il y a de vivacc dans le miraculeux génie de la France. Parmi les feuillets épars de ce recueil, je relis, hélas I dans le poSme intitulé : La Lyre dans les BoiSy une strophe oh je parlais de la victoire avec un dédain qui aujourd'hui m'arrache des larmes. Nous étions bien heureux alors, ou bien

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dégoûtés, et le temps devait venir si vite oîi cette victoire, méprisée naguère, nous l'appellerions avec des cris désespérés! Mais, c'est la loi fatale et sans exception, l'avenir qui, lorsqu'il était éloigné encore, nous apparaissait visible dans la clarté, se voile et disparaît à nos yeux quand il s'approche et quand il va devenir le présent. En composant ces petits poëmes, embellis souvent par une allégresse triomphale, je ne me doutais plus que les jours accouraient où j'aurais l'épouvantable occasion d'écrire les Idylles prussiennes.

Parii, la s msd 1873.

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