‹ Poésies complètesChapitre 64 sur 151 · A EDMOND MORIN · texte numérisé non relu

A EDMOND MORIN

Dans le parc au noble dessin Où s'égarent les Cidalises Parmi les fontaines surprises Dans le marbre du clair bassin,

Iris, qae suit un jeune essaim, PhiliSy Églé, nvmphes éprises, Avec leurs plumes indécises, En manteau court, montrant leur sein,

Ly caste, Myrtil et Sylvandre Vont, parmi la verdure tendre, Vers les grands feuillages dormants.

Ils errent dans le matin blême.

Tous vêtus de satin, charmants Et tristes comme l'Amour même.

Octobre 1868.

A GERARD PIOGEY

Gérard, si mes vers sont dignes d'être lus Par la postérité curieuse et ravie, Ton nom resplendira parmi ceux qu'on envie, Toujours plus jeune après les âges révolus.

Grâce à toi seul, je vois les arbres chevelus Et les cieux, et les biens auxquels Dieu nous convie. Sais-tu combien de fois tu' m'as rendu la vie? Moi, sans être oublieux, je ne m*cn âouviens plas^

Mais elle te bénit, cc'le qui la (uomièie A jeté dans mon âme une pure lumière Et qui fait un bonheur de mon adversité,

Quand elle voit, charmant dans sa métamorphose Et par tes soins heureux, vivant, ressuscité, Notre Georges riant, et beau comme une rose !

Lundi, 22 mars 1873

A ALBERT GLATIONY

Pauvre Comédien, pourvu que tu le veuilles, Autour de Rosalinde en*ant avec douceur, Un peuple enchanté, loin du pâle régisseur, T'apparalt sous les verts abris où tu raccueilles.

L'aube rose a pleuré sur les tlcurs que tu cueilles. Fou de satin vêtu, Gidalise est ta sœur.

Et, toujours sous la nue errant comme un chasseur, Tu portes sur ton front doré Tombre des feuilles.

Le ruisseau, qui te parle en un beau rhythme andec,

Lorsque tu passes, dit : C'est un musicien.

Et, comme au rossignol, t'adresse des murmures.

Et, livrant au vent, près de la source où tu bois.

Sa joue en fleur, que souille encor le. sang des mûresy

La nymphe Thalia te parle dans les bois.

Mars 1869.

270 RrMkS DORÉES.

A GLAUDIUS POPELIN

Oni, Claudids, parmi nos foules soucieuses, Ta Muse, autrefois chère à des âges meilleurs, Évoque doublement le souvenir des Heurs Qui chantent pour nos yeux, notes silencieuses.

Car elle sait emplir d'âmes délicieuses Les rhythmes caressants, divins commo nos pleurs, Et, dans le riche émail, donner à ses couleurs Le resplendissement des pierres prôcieuses.

Je l'aime, cette Nympîie à la charmante voix Qui sème l'écarlate et Tazur sous ses doigts; Et, puisque tu le veux. Ouvrier qu'elle adore,

Sur son front, dont l'éclat royal sait marier

Des lys de neige avec des flamboiements d*aurore,

J'attacherai moi-même un rameau de laurier.

Février 1869.

A ALPHiOrÇS-E LEMER'RB

Il est bon d'honorer les poètes, Lemerre, Car la Muse aux beaux yeux vers la clarté les suit. Tandis qu'oubliant l'heure et le temps qui s'enfuit, La folle Humanité caresse une Chimère.

aiMBS DORÉES. 271

Quand le mnet Oobli nous tend sa coupe amère, Leur voix seule persiste et n'est pas un vain brait; Achille ne serait qu'un spectre de la nuit S'il ne revivait pas dans la chanson d'Homère.

Sage artiste, en dépit des frivoles rumeurs, Tu veux fêter encor chez les de^'iiiers rimeurs Le don mystérieux des vp^o et la Métrif^'iC ,'

Mais ton nom durera plus fort que le hasard.

Car tu resteras cher à la Muse lyrique Pour avoir ravivé le laurier de Ronsard.

MoBoredi, 31 mars 1875.

A. JUL£1S GLAYE

Artiste, votre nom de savant typographe Kmplit tout l'univers de sa belle rumeur ; Mais vous savez aussi, bon poète etrimeur, Dompter le blanc cheval qui hennit et qui piaffp.

La Muse a devant vous détaché son agrafe.

Les vers que vous signez : Jules Clate, imprimeue, N'égalent pas le charme et la joyeuse humeur De ceux au bas desquels est mis votre paraphe.

Pour honorer Phœbos, le céleste imposteur, Vous unissez la plume avec le composteur, Et de toute façon nous aimons à vous lire.

272 &IKES DoafKs.

Maître, vous mariez ainsi, poiu* nous ravir.

Le plomb victorieux à l'or pur de la Lyre Et le métier d*Horace au grand art d'Elzôvir.

Mars 1875.

A OABRIEL MARC

La Rime est tout, mon cher cousin Gabriel Mahc ! Elle est l'oiseau qui passe et dont l'aile nous touche; Elle est la pourpre en fleui' que Rose a sur sa bouche Quand le riant Wateau nous cntraine en son parc.

Quand l'étranger, Talbot ou Suifolk ou Bismarck Boit le vin de nos ceps et dans nos draps se couche^ La Rime éclate alors, vengeresse et farouche Coiiime la claire épée au poing de Jeanne d'Arc*

Aimons-la d'un cœur libre et d'un esprit agile ! Car la Rime est pour nous le code et l'évangile Et le degré qui monte aux paradis du ciel.

Mais la Lyre est malade en ce temps réaliste : C'est pourquoi soignons bien nos rimes, Gabriel Au fier nom d'ange, Marc au nom d'évangélistal

U mat' 1k7?.

RIMKS DORÉES. 273

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