‹ Poésies complètesChapitre 7 sur 151 · TUEUR DE MONSTRES · texte numérisé non relu

TUEUR DE MONSTRES

Le beau monstre, à demi couché dans l'ombre noire, Laissait voir seulement sa poitrine d'ivoire Et son riant visage et ses cheveux ardents.

Et Thésée, admirant la blancheur de ses dents. Regardait ses bras luire avec de molles poses, Et de ses seins aigus fleurir les boutons roses. Au loin ils entendaient les eiboiements des chiens. Et la charmante voix du monstre disait : « Viens, Car cet antre nous offre une retraite sûre.

Ami, je dénouerai moi-môme ta chaussure.

J'étendrai ton manteau sur l'herbe, si tu veux.

Et tu t'endormiras, le front dans mes cheveux, Sans craindre la clarté d'une étoile importune. »

Mais, comme elle parlait, nn doux rayon de lune Parut, et le héros, dans le soir triste et pur, Vit resplendir avec ses écailles d'azur Le corps mystérieux dn monstre, dont la queue De dragon vil, pareille à la mer verte et bleue, Déroulait ses anneaux, et de blancs ossements Brillèrent à ses pieds, sous les clairs diamants De la lune. Alors, sourd à la voix charmeresse Du monstre, et saisissant fortement une tresse De la crinière d'or qui tombait sur ses yeux, 11 tira son épée avec un cri joyeux, Et deux fois en frappa le monstre à la poitrine.

Et, hurlant comme un loup dans la forêt divine, Crispant ses bras, tordant sa queue, horrible à voir, L*Hydre ^u visage huiïiain tomba dans son sang noir Tandis que le héros sous l'ombrage superbe, Essuyant son épée humide aux touifes d'herbe, S'en allait, calme ; et, sans que ce cri l'eût troublé, U regardait blanchir le grand ciel étoUé.

16 novembre 1873.

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