LA PELOUSE
Quand sur la montagne l'étoile orientale
Annonce qu'il est temps de rassembler les troupeaux, ma belle. Et que les bœufs, du champ sillonné.
Reviennent énervés et harassés, oh!
Le long du ruisseau , où les bouleaux odorants
Sont^ tout brillants de rosée, ma belle, j irais à ta rencontre sur la pelouse,
Ma tendre chérie , oh 1
iJans le plus sombre vallon, à l'heure de minuit . Je passerais sans avoir peur, oh '.
ri.
Si ce vallon me conduisait à toi ,
Ma tendre chérie , oh !
La nuit aurait beau être des plus mauvaises ,
Et moi des plus fatigués, oh !
J'irais à ta rencontre sur la pelouse.
Ma tendre chérie , oh !
Le chasseur aime le soleil du matin ,
Pour éveiller le daim de la montagne, ma belle ; A midi le pêcheur cherche le vallon,
Pour suivre le cours du ruisseau , ma belle ; Donnez-moi l'heure de l'ombre grise ,
Cela rend mon cœur si joyeux , oh !
D" aller à ta rencontre sur la pelouse,
Ma tendre chérie , oh 1
Quand l'ouragan mortel de la guerre farouche eut cessé de souffler,
Et que revint la douce paix , Que maint cher petit enfant fut sans père,
Et mainte veuve en deuil , Je quittai les lignes et le champ couvert de tentes ,
Où long-temps j'avais logé , Mon humble havresac pour toute richesse,
Pauvre et honnête soldat.
Dans mon sein était un cœur loyal et léger,
Ma main était pure de pillage , Et, retournant dans ma belle Ecosse,
J'allais gaiement en avant.
Je songeais aux collines d'? Coïl,
Je songeais à ma Nancy, Je songeais au séduisant sourire
Qui captiva ma jeune fantaisie.
Enfin j'atteignis le beau vallon
Qui vit les jeux de mes premiers ans ; Je passai le moulin et l'épine, lieu de rendez-vous
Où je fis souvent la cour à Nancy :
Qui aperçus-je, si ce n'est cette chère fille
Prés de la demeure dt^ sa mère 1 Et je me détournai pour cacher le tlot
Qui s'enflait dans mes yeux.
D'une voix altérée je dis : Charmante fille,
Charmante comme les fleurs de cette aubépine , Oh ! heureux , heureux celui
Qui est le plus cher à ton cœur 1 Ma bourse est légère, j'ai loin à aller,
Et je voudrais bien loger chez toi ; J'ai servi long-temps mon roi et mon pays,
Prends pitié d'un soldat.
Alors elle me regarda attentivement ,
Et elle était encore plus adorable ; Et elle me dit : J'ai aimé jadis un soldat,
Je ne l'oublierai jamais ; Vous partagerez en liberté
Notre humble cabane et notre maigre chère ; Ce noble signe , la chère cocarde ,
Vous êtes le bienvenu pour l'amour d'elle.
Elle regarda — elle rougit comme une rose —
Et puis, pâle comme un lis, Elle tomba dans mes bras, et s'écria :
Es-tu mon cher Willie ?
Par celui qui fit le soleil et le ciel ,
Et qui estime le véritable amour, Je suis Willie, et puissent toujours ainsi
Les amants sincères être récompensés !
Les guerres sont finies, et je suis de retour,
Et je retrouve ton cœur toujours sincère ; Quoique pauvres d'argent, nous sommes riches d'amour,
Et nous ne nous séparerons plus.
Elle dit : Mon grand-père m'a laissé de l'or,
Une ferme abondamment remplie; Et viens, mon fidèle soldat,
Tu y seras le bienvenu !
Pour l'or, le négociant sillonne la mer,
Le fermier laboure la terre ; Mais la gloire est le butin du soldat ;
La richesse du soldat, c'est l'honneur ; Ne méprisez jamais le brave et pauvre soldat ,
Ne le comptez pas pour un étranger, Rappelez-vous qu'il est l'appui de son pays
Au jour et à l'heure du danger.
CLXYI.