‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 203 sur 267 · A MARY DANS LE CIEL · texte numérisé non relu

A MARY DANS LE CIEL

Etoile retardataire, au rayon affaibli,

Qui aimes à saluer l'aube matinale, De nouveau tu annonces le jour

Où ma Mary fut arrachée de mon âme.

O Mary ! chère ombre disparue '.

Où est ta place de bienheureux repos?

Vois-tu ton amant étendu sur la terre?

Entends-tu les soupirs qui déchirent sa poitrine?

Puis-je oublier cette heure sacrée?

Puis-je oublier le bois sanctifié Où nous nous rencontrâmes près de l'Ayr sinueux ,

Pour vivre une journée d'amour périssable ?

L'éternité n' effacera pas

Ces chers souvenirs des transports passés , Ton image à notre dernier embrassement ;

Ah', nous ne pensions guère que c'était le dernier 1

L'Ayr murmurant baisait les cailloux de sa rive, Ombragé de bois sauvages, à l'épaisse verdure;

Le bouleau odorant et la pâle aubépine

S'entrelaçaient amoureusement autour de cette scène ravissante.

Les fleurs poussaient lascives pour être foulées , Les oiseaux chantaient l'amour sur chaque branche,

Jusqu'à ce que trop tôt le couchant en feu Proclamât la fuite du jour ailé.

Toujours ces souvenirs veillent dans ma pensée , Qui les couve tendrement avec un soin avare;

Le temps ne fait que rendre leur impression plus profonde, Comme les ruisseaux creusent plus profondément leur lit.

28 i POÉSIES DE BURNS.

Ma Mary, chère ombre disparue!

Où est ta place de bienheureux repos?

Vois-tu ton amant étendu sur la terre?

Entends-tu les soupirs qui déchirent sa poitrine?

VERS

SUR ÏXE ENTREVUE AVEC LOr.D DAER.

Sachez-le, vous tous que cela concerne , Moi, Robin le rimeur, autrement dit Burns,

Le vingt-trois doctobre, Jour à jamais mémorable .

Je me suis élevé à cette hauteur,

J'ai dîné avec un lord.

Jai été à des orgies décrivains;

Bien plus, je me suis diantrement soûlé avec les prêtres de Dieu,

Sauf votre respect ; Je me suis même joint à Ihonorable chorus , Quand de puissants squires du banc de justice

Etanchaient leur soif d'hydre.

Mais avec un lord — en avant , ma jambe, Un lord — un pair — un fils de comte,

Encore plus haut, ma toque; Et un tel lord — long de deux aunes d'Ecosse, Toute la pairie, il vous la regai'de de haut en bas,

Comme moi je regarde mon sonnet.

Mais que n'ai-je la puissance magique de Hogarth, Pour montrer le regard timoré de sir Bardy,

Et quels yeux il ouvrit et comme il balbutia , Quand levant le nez comme s'il était conduit avec une gourmette Et avançant lourdement sur ses jambes de laboureur, [de bois,^

11 fit gémir le plancher du parloir.

Je me retirai à l'écart dans un coin,

Et jetai à la dérobée un regard sur Sa Seigneurie,

Comme sur qu<'lque mauvais présagi^ ; Excepté du bon sens et de la gaieté socialile . Et (ce qui me surprit) de la modestie ,

Je ne remarquai rien d'extraordinaire.

Je cherchais les signes caractéristiques des grands, Le noble orgueil, la fierté seigneuriale.

L'arrogance hautaine ; De l'orgueil, ah bien oui 1 il n'en avait pas plus, Ni d'impertinence, ni de fierté (autant que je pus voir),

Qu'un honnête laboureur.

J'apprendrai donc de Sa Seigneurie, Dorénavant à aborder indiiféremment

Un rang aussi bien qu'un autre; Nul honnête et digne homme ne doit craindre D'aborder le noble et jeune Daer,

Car il ne fait qu'aborder un frère.

Page 1