A MARY DANS LE CIEL
Etoile retardataire, au rayon affaibli,
Qui aimes à saluer l'aube matinale, De nouveau tu annonces le jour
Où ma Mary fut arrachée de mon âme.
O Mary ! chère ombre disparue '.
Où est ta place de bienheureux repos?
Vois-tu ton amant étendu sur la terre?
Entends-tu les soupirs qui déchirent sa poitrine?
Puis-je oublier cette heure sacrée?
Puis-je oublier le bois sanctifié Où nous nous rencontrâmes près de l'Ayr sinueux ,
Pour vivre une journée d'amour périssable ?
L'éternité n' effacera pas
Ces chers souvenirs des transports passés , Ton image à notre dernier embrassement ;
Ah', nous ne pensions guère que c'était le dernier 1
L'Ayr murmurant baisait les cailloux de sa rive, Ombragé de bois sauvages, à l'épaisse verdure;
Le bouleau odorant et la pâle aubépine
S'entrelaçaient amoureusement autour de cette scène ravissante.
Les fleurs poussaient lascives pour être foulées , Les oiseaux chantaient l'amour sur chaque branche,
Jusqu'à ce que trop tôt le couchant en feu Proclamât la fuite du jour ailé.
Toujours ces souvenirs veillent dans ma pensée , Qui les couve tendrement avec un soin avare;
Le temps ne fait que rendre leur impression plus profonde, Comme les ruisseaux creusent plus profondément leur lit.
28 i POÉSIES DE BURNS.
Ma Mary, chère ombre disparue!
Où est ta place de bienheureux repos?
Vois-tu ton amant étendu sur la terre?
Entends-tu les soupirs qui déchirent sa poitrine?
VERS
SUR ÏXE ENTREVUE AVEC LOr.D DAER.
Sachez-le, vous tous que cela concerne , Moi, Robin le rimeur, autrement dit Burns,
Le vingt-trois doctobre, Jour à jamais mémorable .
Je me suis élevé à cette hauteur,
J'ai dîné avec un lord.
Jai été à des orgies décrivains;
Bien plus, je me suis diantrement soûlé avec les prêtres de Dieu,
Sauf votre respect ; Je me suis même joint à Ihonorable chorus , Quand de puissants squires du banc de justice
Etanchaient leur soif d'hydre.
Mais avec un lord — en avant , ma jambe, Un lord — un pair — un fils de comte,
Encore plus haut, ma toque; Et un tel lord — long de deux aunes d'Ecosse, Toute la pairie, il vous la regai'de de haut en bas,
Comme moi je regarde mon sonnet.
Mais que n'ai-je la puissance magique de Hogarth, Pour montrer le regard timoré de sir Bardy,
Et quels yeux il ouvrit et comme il balbutia , Quand levant le nez comme s'il était conduit avec une gourmette Et avançant lourdement sur ses jambes de laboureur, [de bois,^
11 fit gémir le plancher du parloir.
Je me retirai à l'écart dans un coin,
Et jetai à la dérobée un regard sur Sa Seigneurie,
Comme sur qu<'lque mauvais présagi^ ; Excepté du bon sens et de la gaieté socialile . Et (ce qui me surprit) de la modestie ,
Je ne remarquai rien d'extraordinaire.
Je cherchais les signes caractéristiques des grands, Le noble orgueil, la fierté seigneuriale.
L'arrogance hautaine ; De l'orgueil, ah bien oui 1 il n'en avait pas plus, Ni d'impertinence, ni de fierté (autant que je pus voir),
Qu'un honnête laboureur.
J'apprendrai donc de Sa Seigneurie, Dorénavant à aborder indiiféremment
Un rang aussi bien qu'un autre; Nul honnête et digne homme ne doit craindre D'aborder le noble et jeune Daer,
Car il ne fait qu'aborder un frère.