‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 219 sur 267 · SUR LA POÉSIE PASTORALE · texte numérisé non relu

SUR LA POÉSIE PASTORALE

Salut, Poésie, nymphe réservée!

A ta poursuite que de gens ont dévié

Du sens commun . ou sont tombés énen'és

Parmi des tas de paroles oiseuses ! Et Dieu sait combien souvent tes amants sont morts de faim

Au milieu de tes faveurs !

Dis-moi , chère fille, pourquoi parmi ta suite,

Tandis que résonne le son perçant de la trompette héroïque,

Et que le socque et le cothurne courent

A la mort ou au mariage , À peine un seul a essayé le chant des bergers

Sans manquer son coup ?

Jack Milton réussit dans le genre d'Homère; Will Shakspeare tient la plume d'Eschyle; Le petit bossu de Pope s'approprie

La renommée d'Horace; Dans ton doux chant, Barbauld , survit

La flamme même de Sapho.

Mais, toi, Théocrite, qui t'égale?

Ce ne sont point des ballades de pâtre, que les églogues de Virgile,

Le squire Pope ne fait que recouvrir ses haillons pailletés

De pièces païennes :

Je passe des centaines de malheureux sans nom ,

Qui singent leurs supérieurs.

Dans ce beau siècle d'esprit et de savoir,

Personne sur le siillet du berger

Ne saura-t-il jouor avec le charme de son ton naïf

Et de sa grâce champêtre , Et, digne rival, partager avec la Grèce renommée La première place ?

Si! il en est un; un enfant de l'Ecosse — Il en est un ; avance , honnête AUan ! Il ne faut pas se cacher derrière le mur

Quand on est si habile ; Les dents du Temps peuvent ronger Tantallan * ;

Mais, toi, tu es immortel !

Tu peins la vieille nature aux neuf Sœurs,

Dans tes doux vers calédoniens ;

Pas un ruisseau doré ne serpente sous des myrtes

Où Philomèle, Tandis que les brises nocturnes caressent les vignes,

Redit ses douleurs 1

C'est dans des vallons de pâquerettes que coule ton ruisseau,

Où de jolies filles blanchissent leur linge ;

Ou qu'il court près des bois de noisetiers, et des coteaux

Gris d'aubépines , Où les merles accompagnent les chants du berger

Au tomber du jour.

Tes amours champêtres sont la nature même ; Nul débordement de galimatias ampoulé , Nulle idée confuse , mais la douce magie

De ce sorcier d'amour, Ce charme qui peut dompter le plus fort,

Attendrir le plus dur.

Page 1