‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 263 sur 267 · CANTATE · texte numérisé non relu

CANTATE

Quand les feuilles grisonnantes jonchent la cour, Ou, voltigeant comme la chauve-souris,

Obscurcissent le souille du fruid B trée; Quand la grêle fouette avec une violence cruelle,

POÉSIES DE RURNS. .139

Et que les gelées naissantes commencent à pincer

Encore vêtues de blanc ; Un soir, à la brune, une bande joyeuse

De gens errants et vagabonds Tinrent leur fête chez Poosie Nancy Pour boire le superflu de leurs nippes : A trinquer et à rire

Ils s'amusaient et ils chantaient ; A force de sauter et de se donner des coups de poing, Ils faisaient vibrer l'assiette aux rôties.

Le premier près du feu, en vieux haillons rouges,

Un d'eux était assis, bien garni de besaces pleines de provisions,

Et son havresac en ordre ; Sa catin couchée sur son bras, Echauffée par l'usquebaugh et des couvertures —

Elle regardait en clignotant son soldat ; Et toujours il répondait aux baisers de la rude mendiante

Par un gros baiser, Tandis qu'elle levait sa bouche goulue Juste comme une écuelle à aumône.

Chaque baiser claquait toujours

Juste comme le fouet d'un charretier , Puis, chancelant et faisant le rodomont, Il hurla cette chanson.

AIR

Je suis un fils de Mars, j'ai été à bien des guerres, Et je montre mes blessures et cicatrices partout où j'arrive; Celle-ci , je l'ai eue pour une fille, et cette autre dans une tranchée, En allant recevoir les Français au son du tambour. Lai de daudle, etc.

Je fis mon apprentissage où mon général rendit le dernier soupir, Quand le dé sanglant fut jeté sur les hauteurs d'Abram i ; J'ai quitté le service quand la vaillante partie eut été jouée, Et le Moro - abattu au son du tambour. Lai de daudle, etc.

Enfin j'étais avec Curtis, au milieu des batteries flottantes*;

Et, pour preuve, j'y laissai un bras et une jambe ;

Mais, si mon pays avait besoin de moi, et qu'Elliot''me commandât,

1. Champ de bataille en face de Québec , où le général Wolfe mourut vainqueur, en 1759. — 2. Citadelle de la Havane , capitale de lîle de Cuba , prise par les Anglais en 1762. — 3. Au siège de Gibraltar, en 1782. — 4. Créé lord Heathfield pour sa défense de Gibraltar pendant un siège de trois années.

Je marquerais le pas, de mes moignons, au son du tambour. Lai de daudle, etc.

Et maintenant, quoique je doive mendier avec un bras et une jambe Et bien des haillons pendant sur mes fesses, [de bois,]

Je suis aussi heureux avec ma besace, ma bouteille et ma catin , Que lorsqu'en écarlate je suivais un tambour. Lai de daudle, etc.

Quoique je doive en cheveux blancs soutenir les chocs de l'hiver, N'ayant pour logis souvent que les bois et les rochers , [teille,] Quand je vends mon second sac et que j'en suis à ma seconde bou- Je pourrais affronter un escadron de lenfer au son du tambour. Lai de daudle. etc.

RÉCITATIF

Il cessa , et les poutres tremblèrent

Au-dessus du chœur rugissant, Tandis que les rats épouvantés regardaient en arrière

Et gagnaient le fin-fond de leurs trous ;

Un divin joueur de violon , de son coin,

Cria bis !

Mais la belliqueuse poulette se leva ,

Et apaisa le bruyant tumulte.

AIR

Je fus jadis pucelle, quoique je ne puisse dire quand, Et toujours je me plais avec les jeunes gens bien faits. Mon père faisait partie d'un régiment de dragons, Il n'est pas étonnant que je sois éprise d'un soldat. Chantez, lai de lai, etc.

Le premier de mes amants était un franc tapageur ; Battre le tambour retentissant était son métier; Son jarret était si ferme et sa joue si rubiconde, Que j'étais ravie de mon soldat.

Chantez, lai de lai, etc.

Mais le digne vieux aumônier lui joua un mauvais tour, Et j'abandonnai l'épée pour l'amour de l'Eglise; Il aventura l'àme et je risquai le corps : Ce fut alors que je devins intldcle à mon soldat. Chantez , lai de lai . etc.

Je me dégoûtai bientôt de mon sot sanctifié. Je pris pour moi \o réiriment en masse ;

Depuis l'esponton doré jusqu'au fifre, j'étais prête; Tout ce que je demandais, c'était qu'on fût soldat. Chantez, lai de lai, etc.

Mais la paix m'a réduite à mendier de désespoir, Jusqu'à ce que j'aie rencontré mon vieux garçon à la foire de Cun- Ses lambeaux d'uniforme voltigeaient si splendides 1 [ningham;] Mon cœur se réjouit de voir un soldat. Chantez , lai de lai , etc.

Et maintenant j'ai vécu— je ne sais pas combien de temps, Et je puis toujours prendre ma part d'un pot ou d'une chanson; Mais tant que des deux mains je pourrai tenir ferme mon verre, A ta santé, mon héros, mon soldat!

Chantez, lai de lai, etc.

RÉCITATIF

Le pauvre paillasse dans un coin

Etait assis goinfrant avec une chaudronnière ;

Peu lui importait qui entonnait le chœur, Tant ils étaient occupés entre eux.

Enfin, étourdi de boire et de faire l'amour,

11 chancela et fit une grimace; Ensuite il se tourna, et donna un gros baiser à Grizzie ,

Puis prépara sa cornemuse avec une gravité grotesque.

AIR

Sir Jugement est une bête quand il est ivre,

Sir Coquin est une bête aux assises; Il n'est là qu'un apprenti, je pense ;

Mais, moi, je suis une bête de profession.

Ma grand' maman m'a acheté un livre

Et j'ai été à l'école ; Je crains d'avoir méconnu mon talent ,

Mais que pouvez-vous espérer d'une bête?

Pour la boisson je risquerais mon cou,

Une fille est la moitié de mon occupation ; Mais quelle autre chose pouvez-vous attendre

D'un homme qui est avéré stupide ?

Une fois je fus attaché comme un jeune taureau

Pour avoir bu et juré civilement !

Une fois je fus censuré dans l'église

Pour avoir houspillé une fille dans ma gaieté.

Le pauvre paillasse qui saute pour amuser, Que personne ne le nomme en se moquant :

Il y a à la cour même, m'a-t-on dit, Un sauteur appelé le Premier ministre.

Voyez-vous ce jeune révérend

Faire des grimaces pour émoustiller la populace? 11 rit de notre bande de chaiiatans —

C'est une rivalité de métier.

Et maintenant je vais tirer ma conclusion, Car, ma foi ! j'ai le gosier diablement sec;

Celui qui est bête pour lui-même ,

Bon Dieu! celui-là est bien plus stupide que moi.

RÉCITATIF

Ensuite prit la parole une vigoureuse matrone

Oui savait très-bien attraper l'argent ,

Car elle avait accroché plus dune bourse,

Et avait été plongée dans plus d'un cachot.

Son tourtereau avait été un homme des Haufces-Terres*,

Mais que de gens ont pour lot la corde fatale !

Avec des soupirs et des sanglots elle commença ainsi

A pleurer son beau John le montagnard.

AIR

Mon amant était né dans les Hautes-Terres , 11 tenait en mépris les lois des Basses-Terres ; Mais toujours il fut fidèle à son clan , Mon brave et beau John le montagnard.

CHOEUR

Chantez, oh! mon beau John le montagnard I Chantez , oh ! mon beau John le montagnard 1 11 n'y a pas un garçon dans tout le pays Egal à mon John le montagnard.

Avec sa jupe courte et son plaid de tartan , Et sa bonne claymore à son cùté, 11 attrapait le cœur des dames, Mon brave et beau John le montagnard.

Chantez, etc.

Nous battions tous le pays de la Tweed à la Spey, Et nous vivions gaiement comme des lords ot des ladies; Car il ne craignait pas une figure des Basses-Terres, Mon brave et beau John le montagnard.

Chantez', etc.

Ils le bannirent au delà des mers; Mais, avant que le bourgeon fût sur l'arbre, Le long de mes joues couraient des perles En embrassant mon John le montagnard.

Chantez, etc.

Mais, hélas ! ils ont fini par le prendre. Et l'ont attaché ferme dans un cachot; Malédiction sur eux tous 1 Us ont pendu mon beau John le montagnard. Chantez, etc.

Et, veuve maintenant, il me faut pleurer Les plaisirs qui ne reviendront plus ; Rien ne me console qu'un grand pot à boire Quand je pense à John le montagnard.

Chantez, etc.

RÉCITATIF

Un pygmée de racleur, qui avec son violon

Avait coutume de se dandiner aux marchés et aux foires,

Cette jambe vigoureuse et cette épaisse taille

(11 n'atteignait pas plus hautj Avaient percé son cœur comme un crible.

Et l'avaient mis en feu.

La main sur la hanche, et l'œil en l'air, Il fredonna sa gamme, une, deux, trois. Puis sur un ton arioso.

Le petit Apollon Orna d'un joyeux allegretto

Son solo.

AIR

Laissez-moi me lever pour essuyer cette larqie , Et venez avec moi et soyez ma chérie , Et alors tous vos soucis et vos cpaintes Pourront siffler sur le reste.

CHOEUR

Je suis violon de mon métier; Et, de tous les airs que j'ai jamais joués, Le plus agréable à femme ou tille, '

Fut toujours , sifflez sur le reste.

Nous serons aux soupers de la moisson et aux noces , Et comme nous nous y régalerons bieal

>'ous trinquerons jusqu'à ce que Papa Souci Chante, sifflez sur le reste.

Je suis, etc.

Nous rongerons si gaiement les os, Et nous nous chaufferons contre le mur, Et , à notre loisir, quand nous voudrons , Nous sifflerons sur le reste.

Je suis , etc.

Mais ouvre-moi le ciel de tes charmes , Et, tant que je chatouillerai le crin sur les cordes à boyau La faim, le froid et tous les maux semblables Pourront siffler sur le reste.

Je suis, etc.

RÉCITATIF

Ses charmes avaient frappé un vigoureux drouineur En même temps que le pauvre racleur de cordes ;

11 prend le violon par la barbe .

Et tire une rapière rouillée —

Il jura par tout ce qui était digne d'un jurement

De l'expédier comme un pluvier, A moins qu'il ne voulût , à dater de ce jour,

Renoncer à elle pour jamais.

L'œil effaré, le pauvre crin-crin

Se mit à deux genoux Et demanda grâce d'un air piteux ;

Et ainsi finit la querelle.

Mais , quoique son petit cœur souffrit

Quand le chaudronnier la serra contre lui ,

Il feignit de rire dans sa manche

Quand le drouineur s'adressa à elle ainsi :

AIR

Ma belle fille, je travaille dans le cuivre:

Chaudronnier, voilà ma condition ; J'ai voyagé par toute la chrétienté

En exerçant ce métier.

J'ai pris l'argent, j'ai été enrôlé

Dans maint noble escadron ; Mais ils cherchèrent en vain, quand je décampai

Pour aller rapiécer le chaudron.

J'ai pris l'or, etc.

Dédaignez cet avorton, ce magot fané,

Avec tout son bruit et ses cabrioles, —

Et associez-vous à ceux qui portent

La bougette et le sac de cuir.

Et par cette tasse , ma foi et mon espérance ,

Et par ce cher Kilbagie ^ Si jamais vous manquez , ou que vous ayez peu ,

Puissé-je ne jamais humecter mon gosier. Et par cette tasse, etc.

RÉCITATIF

Le drouineur l'emporta — la belle sans rougir

Tomba dans ses bras .

Complètement vaincue, moitié par l'amour,

Moitié par l'ivresse.

Sir Yiolino, d'un air

Qui montrait un homme d'esprit, Souhaita au couple un bon accord,

Et fit sonner creux la bouteille A leur santé cette nuit.

Mais ce garnement de Cupidon décocha une flèche

Qui joua un mauvais tour à une dame ; Le violon l'attaqua de l'avant à l'arrière

Derrière la cage à poulets.

Son maître et seigneur, qui suivait la profession d'Homère,

Quoique boitant des éparvins , Se leva cahin caha, et sauta comme en délire Et les menaça du charmant Davie ^, Cette nuit.

C'était un gaillard narguant le chagrin,

Si jamais Bacchus en a enrôlé :

Quoique la Fortune pesât cruellement sur lui.

Elle n'atteignait jamais son cœur.

11 n'avait d'autre vœu que — d'être gai ,

D'autre besoin que — la soif; Il ne haïssait que — d'être trisie,

Et la muse lui inspira

La chanson suivante cette nuit.

AIR

Je suis un barde sans considération

Aux yeux des gens comme il faut, et tout cela;

Mais, comme Homère, l'essaim émerveillé De ville en ville me suit çà et là.

1. Sorte de whiskey, ainsi appelé de la distillerie de Kilbaî^e dans le Clackmannanshire. — 2. Allusion à une vieille chanson populaire.

(A^. d. Irml.)

346 POÉSIES DE BURÎsS.

CHŒUR

Après tout cela, après tout cela,

Et deux fois autant que cela; Je nen ai perdu qu'une, il m'en reste deux :

J'ai assez de femmes après tout cela.

Je n'ai jamais bu à l'étang des muses ,

Au ruisseau de Castalie, et tout cela; Mais voyez ceci qui ruisselle et qui écume abondamment,

C'est mon Hélicon, à moi, cela.

Après tout cela, etc.

J'ai un grand amour pour toutes les belles ,

Je suis leur humble esclave , et tout cela ; Mais la volonté du maître, je n'en regarde pas moins

Comme un péché mortel d'enfreindre cela. Après tout cela, etc.

Dans de doux transports nous échangeons à cette heure

Un amour mutuel , et tout cela :

Mais combien de temps la puce pourra piquer.

Que l'inclination règle cela.

Après tout cela, etc.

Leurs tours et leur ruse m'ont rendu fou ,

Elles m'ont mis dedans, et tout cela\ Mais évacuez le pont , et voici — le sexe !

J'aime les coquines, après tout cela.

CHOEUR

Après tout cela, après tout cela.

Et deux fois autant que cela, Mon sang le plus précieux , pour leur bien ,

Est à leur service, après tout cela.

RÉCIT.\TIF

Ainsi chanta le barde — et les murs de Nansie Furent ébranlés par un tonnerre d'applaudissements

Répétés par chaque bouche; Ils vidèrent leurs bissacs, et mirent leurs nippes en gage. Ils gardèrent à peine de quoi couvrir leurs derrières ,

Pour étancher leur soif brûlante.

Alors de nouveau la joviale assemblée

Demanda au poète De défaire son ballot et de choisir une chanson , Une ballade des meilleures ; Lui , se levant , joyeux ,

Entre ses deux Débora, Regarda autour de lui , et les vit impatients d'entonnef le chœur.

AIR

Voyez 1 le pot fumant devant nous ,

Observez notre cercle jovial en guenilles ! Reprenez le cœur à la ronde,

Et chantons avec transport.

CHCEUR.

Foin de ceux que la loi protège !

La liberté est un splendide festin !

Les cours furent érigées pour les làcbGs ,

Les églises bâties pour plaire aux prêtres. ,

Qu'est-ce qu'un titre? quest-c€ qu'un trésor?

Qu'est-ce que le soin de la réputation ? Si nous menons une vie de plaisir,

Qu'importe où et comment 1 Foin, etc.

Un tour et un conte toujours prêts ,

Nous errons toute la journée ; Et la nuit, dans la grange ou l'étable,

Nous caressons nos catins sur le foin.

Foin, etc.

Le carrosse suivi d'une escorte

Parcourt-il plus léger la campagtic?

Le sage lit du mariage

Voit-il de plus brillantes scènes d'amour ? Foin, etc.

La vie n'est que bigarrures,

Nous ne nous inquiétons pas comment elle va ; Qu'ils fassent de l'hjqDOcrisie sur le décorum ,

Ceux qui ont des réputations à perdre.

Foin, etc. t

Je bois aux bougettcs, aux bissacs et aux besaces 1 Je bois à toute la bande vagabonde I

3i8 POÉSIES DE BUR^S.

Je bois à nos catins et à nos babouins en guenille; D'une seule et même voix criez — Araen I

Foin de ceux que la loi protège 1 La liberté est un splendide festin !

Les cours furent érigées pour les lâches. Les églises bâties pour plaire aux prêtres.

Page 1