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qu'il faudrait toute une confession nouvelle pour les faire comprendre. Ceux qui veulent bien me juger aujourd'hui avec une faveur relativement égale à celle de mes juges d'autrefois, trouveront une explication toute simple, et ils l'ont trouvée : « Je suis critique, disent-ils, je devais l'être avant tout et .après tout; le critique devait tuer le poète, et celui-ci n'était là que pour préparer l'autre. » Mais cette explication n'est pas, à mes yeux, suffisante.
En effet, la vie est longue, et avant que la poésie, « cette maîtresse jalouse et qui ne veut guère de partage, » songeât à s'enfuir, il s'écoula encore bien du temps. J'étais poète avant tout en 1829, et je suis resté obstinément fidèle à ma chimère pendant quelques années, la critique n'étant guère alors pour moi qu'un prétexte à analyse et à portrait. Qn'ai-je donc fait durant les saisons qui ont suivi? La Révolution de Juillet interrompit brusquement nos rêves, et il me fallut quelque temps pour les renouer. Moi-même, à la fin de l'année 1830, j'éprouvai dans ma vie morale des troubles et des orages d'un genre nouveau. Des années se passèrent pour moi à souffrir, à me contraindre, à me dédoubler. Je confiai toujours beaucoup à la Muse; et le Recueil qu'on va lire
(les Pensées d'aoûf), aussi bien que les fragments dont j'ai fait suivre précédemment l'ancien Joseph Delormt et que j'ai glissés sous son nom, le prouvent assez. Le roman de Volupté fut aussi une diversion puissante, et ceux qui voudront bien y regarder verront que j'y ai mis beaucoup de cette matière subtile à laquelle il ne manque qu'un rayon pour éclore en poésie.
Mais l'impression même sous laquelle j'ai écrit Les Consolations n'est jamais revenue et ne s'est plus renouvelée pour moi. « Ces six mois célestes de ma vie, » comme je les appelle, ce mélange de sentiments tendres, fragiles et chrétiens, qui faisaient un charme, cela en effet ne pouvait durer; et ceux de mes amis (il en est) qui auraient voulu me fixer et comme m'immobiliser dans cette nuance, oubliaient trop que ce n'était réellement qu'une nuance, aussi passagère et changeante que le reflet de la lumière sur des nuages ou dans un étang, à une certaine heure du matin, à une certaine inclinaison du soir.
« Tous les petits sujets qui se présentent, rendez-les chaque jour dans leur fraîcheur; ainsi vous ferez de toute manière quelque chou de bon, et chaque jour vous apportera une joie. . . Toutes mes poésies sont des poésies de circonstance : elles sont sorties de la réalité, et elles y trouvent leur fond et leur appui. Pour les poésies en l'air, je n'en fais aucun cas. »
Paroles de Goethe & Eckermann.
(octobre 1837)
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e titre général de ce volume est tiré de la première pièce, comme c'était la coutume dans plusieurs des recueils poétiques des Anciens. Ce titre exprime d'ailleurs avec assez de justesse la disposition (faut-il dire l'inspiration?) d'où sont nés presque tous ces vers. Il en est qui ont été composés sans doute à d'autres instants de l'année que ceux que le nom à* Août signale; mais, si l'on considère la saison morale de l'âme, on verra qu'ils sont, en effet, le fruit quelquefois, et plus souvent le passe-temps des lents jours et des heures du milieu. Que ces heures ne paraissent pas trop lentes et sommeillantes, c'est seulement ce que je désire. Si j'avais suivi mon vœu, ces vers, au lieu de paraître réunis dans un petit vo-
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lume à part et d'appeler sur eux une attention toujours redoutée, se seraient ajoutés et glissés à la suite d'une édition in-8°.des Consolations, non pas dans le courant de ce recueil dont la nuance est close et veut ne pas être rompue, mais comme appendice et complément du volume. J'avais même essayé déjà d'en insérer quelques-uns à la suite de l'édition in-8° de 1835; mais les éditions futures pouvant tarder indéfiniment, les vers pourtant s'accumulaient; je les dispersais ça et là dans des journaux et recueils périodiques, je les mêlais à mes articles de critique, où ils n'étaient pas lus comme il convient à des vers; et le reproche m'était fait par plusieurs personnes indulgentes de garder, depuis un recueil favorablement reçu, un silence sans cause. Ce que j'assemble est donc uniquement pour montrer que je n'ai jamais déserté un art chéri. Depuis mars 1830, époque où parurent Les Consolations, et à travers toute espèce de distractions dans les choses ou dans les pensées, j'ai fait beaucoup de vers : j'en ai fait surtout de deux sortes. Je me trouve avoir en ce moment, et sans trop y avoir visé, deux recueils entièrement finis. Celui qu'aujourd'hui je donne, le seul des deux qui doive être de longtemps, de fort longtemps, publié, n'est pas, s'il convient de le dire,
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celui même sur lequel mes prédilections secrètes se sont le plus arrêtées. Il n'exprime pas, en un mot, la partie que j'oserai appeler la plus directe et la plus sentante de mon âme en ces années. Mais on ne peut toujours se distribuer soi-même au public dans sa chair et dans son sang; et après l'indiscrétion naïve des premiers aveux, après l'effusion encore permise des seconds, il vient un âge où la pudeur redouble pour ce qu'on a, une troisième et dernière fois, exprimé ; soit qu'on ait exprimé des sentiments qui bientôt eux-mêmes expirent, mais que rien ne remplacera désormais, soit qu'on ait préparé en silence le monument de ce qui durera en nous autant que nous, de ce qui ne changera plus. Ce recueil actuel, tout autre, n'est donc, si on le veut bien, que le superflu des heures, leur agrément, leur ennui, l'attente, l'intervalle, la réflexion parfois monotone et bien sérieuse, parfois le retour presque riant et qu'on dirait volage ; mais on y retombe vite toujours au mélancolique et au grave, on n'y perd jamais trop de vue le lointain religieux, et surtout, dans l'ordre des^ affections exprimées, bien qu'elles puissent sembler éparses et nombreuses, on n'y sort jamais de la vérité intime des sentiments. L'unité peut être ailleurs, la sincérité du moins est partout ici.