‹ Poésies complètes, Volume 2Chapitre 17 sur 34 · UNE JEUNE FEMME AU BAIN · texte numérisé non relu

UNE JEUNE FEMME AU BAIN

A madame Rècamier.

Dans ce frais pavillon de marbre et de verdure, Quand le flot naturel avec art détourné, Pour former un doux lac vient baiser sans murmure Le pourtour attiédi du pur jaspe veiné;

Qjiand le rideau de pourpre assoupit la lumière ; Quand un buisson de rose achève la cloison ; — Chaste, au sortir du bain ; ayant laissé derrière Humide vêtement, blanche écume et toison ;

De fine mousseline à peiné revêtue ; Assise, un bras fuyant, l'autre en avant penché; Son beau pied, non chaussé, d'albâtre et de statue S'éclairant, au parvis, d'un reflet détaché,

Au parvis étoile, d'où transpire et s'exhale Par les secrets d'un art, magicien flatteur, Quelque encens merveilleux, quelque rose, rivale Des roses du buisson à naïve senteur;

Simple, et pour tout brillant, dans l'oubli d'elle-même, A part ce blanc de lis et ces contours neigeux, N'ayant de diamant, d'or et de diadème, Que cette épingle en flèche attachant ses cheveux ;

N'ayant que ce dard-là, cette pointe légère, Pour dire que l'abeille aurait bien son courroux ; • Et, pour nous dire encor qu'elle n'est pas bergère, ' Un cachemire à fleurs coulant sur ses genoux;

Sans miroir, sans ennui, sans un pli qui l'offense, Sans rêve trop ému ni malheur qu'on pressent, Mêlant un reste heureux d'insouciante enfonce A l'éclair éveillé d'un intérêt naissant ;

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Qji'a-t-elle, et quelle est donc, ou mortelle ou déesse, Dans son cadre enchanté de myrte et de saphir, Cette élégante enfant, cette Hébé de jeunesse, Hébé que tous les Dieux prendraient peine à servir ?

Elle est trouvée enfin la Psyché sans blessure, La Nymphe sans danger dans les bains de Pallas : C'est Ariane heureuse, une Hélène encor pure, Hélène avant Paris, même avant MénélasI

Une Armide innocente, et qui de même enchaîne ; Une Herminie aimée, ignorant son lien ; Aux bosquets de Pestum une jeune Romaine Songeant dans un parfum à quelque Ëmilien 1

C'est celle que plus tard, non plus Grecque naïve, Fleur des palais d'Homère et de l'antique ciel, Mais Béatrix déjà, plus voilée et pensive, Canove ira choisir pour le myrte immortel !

Mais à quoi tout d'abord rêve-t-elle à l'entrée De son bel avenir, au fond de ses berceaux ?

A quoi s'oublie ainsi la jeune Idolâtrée?

A quelle odeur subtile ? à quel soupir des eaux ?

A quel chant de colombe?... à sa harpe éloignée? A l'abeille, au rayon?... au piano de son choix? Peut-être au char magique où luit la Destinée, Au frère du Consul, à ceux qui seront Rois ?

A Tépée, au génie, à la vertu si sainte, A tout ce long cortège où chacun va venir La nommer la plus belle, et, dans sa chaste enceinte, S'irriter, se soumettre, et bondir, et bénir?

Car qui la vit sans craindre, en ces heures durables, En ces printemps nombreux et si souvent nouveaux, Les sages et les saints eux-mêmes égarables, Les pères et les fils enchaînés et rivaux?

Heureuse, elle Test donc ; tout lui chante autour d'elle ; Un cercle de lumière illumine ses pas ; C'est miracle et féerie ! — « Arrêtez, me dit-elle ; Heureuse, heureuse alors, oh ! ne le croyez pas I »

— Elle a dit vrai... — Du sein de h fête obligée, En plein bal, que de fois (écoutez cet aveu), Songeant au premier mot qui l'a mal engagée, Retrouvant tout d'un coup l'irréparable vœu,

Le retrouvant cruel, mais respectable encore (Car, même dans le trouble et sous l'attrait, toujours, La Décence à pas lents, la Crainte qui s'honore, De leur ton cadencé notèrent ses détours),

Que de fois donc, sentant cette lutte trop forte, Du milieu des rivaux qui n'osent l'effleurer, En hâte de sortir, un pied hors de la porte, Elle se mit, ainsi que Joseph, à pleurer !

Et pleurant sous les fleurs, et de sa tête ornée Épanchant les ennuis dans un amer torrent, Elle dit comme Job : « Que ne suis-je pas née I » Tant le bonheur d'hymen lui semble le plus grandi

Que de fatigue aussi, de soins (si Ton y pense), Que d'angoisse pour prix de tant d'heureux concerts, Triomphante Beauté, que l'on croit qui s'avance D'une conque facile à la crête des mers I

L'Océan qui se courbe a plus d'un monstre humide, Qu'il lance et revomit en un soudain moment.

Quel spectre, que d'efforts, ô mortelle et timide, Pour tout faire à vos pieds écumer mollement!

Ces lions qu'imprudente elle irrite, elle ignore, Dans le cirque, d'un geste, il faut les apaiser; Il faut qu'un peuple ardent qui se pousse et dévore A ce ruban tendu s'arrête sans oser.

O fatigue du corps 1 ô fatigue de l'âme! Scintillement du front qui rougit et pâlit !

Que sa rosée a froid ! Cette rougeur de flamme Cache un frisson muet qu'en vain elle embellit!

Ah ! c'est depuis ce temps, même depuis l'automne, Quand la fête est ailleurs, quand l'astre pâle a lui, Quand tout débris sauvé, toute chère couronne, Au souvenir sacré se confond aujourd'hui;

PENSÉES D'AOUT. 2ÔI

Lorsque causant des morts, des amitiés suprêmes, Dans ce salon discret, le soir, à demi-voix, Pour Vous qui les pleurez, pour les jeunes eux-mêmes, Le meilleur du discours est sur ceux d'autrefois,

C'est seulement alors, qu'assurée avec grâce, Recouvrant les douleurs d'un sourire charmant, Vous acceptez la vie, et, repoussant sa trace, Vous lui pardonnez mieux qu'aux jours d'enchantement.

Le dévouement plus pur, l'amitié plus égale, Les mêmes, quelques-uns, chaque fois introduits, Le bienfait remplissant chaque heure matinale, Le génie à guérir, à sauver des ennuis;

Au soir, quelque lecture ; aux jours où l'on regrette, Un chant d'orage encor sur un clavier plus doux; Puis l'entretien que règle une muse secrète, Tout un bel art de vivre éclos autour de vous :

Sur le mal, sur le bien, sur l'amour ou la gloire, Sur tout objet, cueillir un rayon adouci, En composer un mieux, à quoi vous voulez croire, Voilà, voilà votre art, votre bonheur aussi I

Aimez-le, goûtez-en la «pâleur inclinée; Il fuyait ce bain grec où nous vous admirons. — Rappelons-nous l'aveu de la plus fortunée, Mortels, sous tant de jougs où gémissent nos fronts I

Rome.

Élégie imitée de M. Aug. Guill. de Schlegel.

A madame de Staël.

Au sein de Parthénope as-tu goûté la vie?

Dans le tombeau du monde apprenons à mourir I Sur cette terre en vain, splendidement servie, Le même astre immortel règne sans se couvrir;

En vain, depuis les nuits des hautes origines,

Un ciel inaltérable y luit d'un fixe azur,

Et, comme un dais sans plis au front des Sept-Collines,

S'étend des monts Sabins jusqu'à la tour d'Astur;

Un esprit de tristesse immuable et profonde Habite dans ces lieux et conduit pas à pas ; Hors l'écho du passé, pas de voix qui réponde; Le souvenir vous gagne, et le présent n'est pas.

Accouru de l'Olympe, au matin de Cybèle, Là Saturne apporta l'anneau des jours anciens ;

Janus assis scella la chaîne encor nouvelle ; Vinrent les longs loisirs des Rois Arcadiens.

Et sans quitter la chaîne, en descendant d'Ëvandre, On peut, d'or ou d'airain, tout faire retentir : Chaque pierre a son nom, tout mont garde sa cendre, Vieux Roi mystérieux, Scipion ou martyr.

Avoir été, c'est Rome aujourd'hui tout entière. Janus ici lui-même apparaît mutilé; Son front vers l'avenir n'a forme ni lumière, L'autre front seul regarde un passé désolé.

Et quels aigles pourraient lui porter les augures, Quelle Sibylle encor lui chanter l'avenir?

Ahl le monde vieillit, les nuits se font obscures... Et nous, venus si tard, et pour tout voir finir,

Nous, rêveurs d'un moment, qui voulons des asiles, Sans plus nous émouvoir des spectacles amers, Dans la Ville éternelle, il nous siérait, tranquilles, Au bout de son déclin, d'attendre l'Univers.

Voilà de Cestius la pyramide antique;

L'ombre au bas s'en prolonge et meurt dans les tombeaux*

Le soir étend son deuil et plus avant m'explique

La scène d'alentour, sans voix et sans flambeaux.

• Le cimetière des protestants à Rome.

Comme une cloche au loin confusément vibrante, La cime des hauts pins résonne et pleure au vent : Seul bruit dans la nature ! on la croirait mourante. Et, parmi ces tombeaux, moi donc, suis- je vivant?

Heure mélancolique où tout se décolore Et suit d'un vague adieu l'astre précipité 1 Les étoiles au ciel ne brillent pas encore :

Espace entre la vie et l'immortalité 1

Mais, quand la nuit bientôt s'allume et nous appelle Avec ses yeux sans nombre ardents et plus profonds, L'esprit se reconnaît, sentinelle fidèle, Et fait signe à son char aux lointains horizons.

C'est ainsi que ton œil, ô ma noble Compagne, Beau comme ceux des nuits, à temps m'a rencontré Et je reçois de Toi, quand le doute me gagne,' Vérité, sentiment, en un rayon sacré.

Celui qui dans ta main sentit presser la sienne, Pourrait-il du Destin désespérer jamais?

Rien de grand*avec toi que le bon n'entretienne Et le chemin aimable est près des hauts sommets.

Tant de trésors voisins, dont un peuple se sèvre, Tentent ton libre esprit et font fête à ton cœur. Laisse-moi découvrir son secret à ta lèvre, Quand le fleuve éloquent y découle en vainqueur !

De ceux des temps anciens et de ceux de nos âges Longtemps nous parlerons, vengeant chaque immolé ; Et quand, vers le bosquet des pieux et des sages, Nous viendrons au dernier, à ton père exilé, *

Si ferme jusqu'au bout en lui-même et si maître, Si tendre au genre humain par oubli de tout fiel, Nous bénirons celui que je n'ai pu connaître, Mais qui m'est révélé dans ton deuil éternel 1

A David

Statuaire

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