SUR UNE STATUE D'ENFANT
Divini opus Alcimeâontis, Virgile.
L'enfant ayant aperçu
(A l'insu De sa mère, à peine absente), Pendant au premier rameau
De l'ormeau, Une grappe mûrissante,
* M. Necker était mort assez peu de temps avant cette pièce, qui doit dater de 1805.,
it. 34
L'enfant, à trois ans venu,
Fort et nu, Qui jouait sur la belle herbe, N'a pu, sans vite en vouloir,
N'a pu voir Briller le raisin superbe.
Il a couru 1 Ses dix doigts
A la fois, Comme autour d'une corbeille, Tirent la grappe qui rit
Dans son fruit.
Buvez, buvez, jeune abeille !
La grappe est un peu trop haut;
Donc il faut Que l'enfant hausse sa lèvre.
Sa lèvre au fruit déjà prend;
Il s'y pend, 11 y pend comme la chèvre.
Ohl comme il pousse en dehors Tout son corps,
Petit ventre de Silène,
Reins cambrés, plus fléchissants En leur sens
Que la vigne qu'il ramène.
A deux mains le grain foulé
A coulé; Douce liqueur étrangère I Tel, plus jeune, il embrassait
Et pressait La mamelle de sa mère.
Age heureux et sans soupçon!
Au gazon Que vois-je? un serpent se glisse, Le même serpent qu'on dit
Qui mordit, Proche d'Orphée, Eurydice.
Pauvre enfant I Son pied levé
L'a sauvé; Rien ne l'avertit encore. — C'est la vie avec son dard,
Tôt ou tard I C'est l'avenir ! Qu'il l'ignore * I
* Dans la première forme de la statue de David il y avait un serpent qui était prêt à mordre le pied de l'enfant ; je crois que l'artiste a fait disparaître depuis cet accessoire trop philosophique.
Sonnet.
A Af. Roger d'A.
Contemplator enim, quum solis lumina cttmque F " -'--*--* los par opaca di muftis, perinai Lucrèch.
Contemplator enim, quum soîis lumina cttmque Insertim fundunt radios per opaca domorum, Multa minuta, modis muftis, perinane,videbis...
— Un rayon, un rayon venant je ne sais d'où, Rideaux, volets fermés, dans une chambre close, Près du berceau vermeil d'un enfant qui repose, Un oblique rayon trouvant jour au verrou,
Et passant comme au crible en l'absence du clou, Un rayon au tapis dessinait quelque chose, Et, bi2arre, y semait des ronds d'or et de rose. Un jeune chat les voit, — jeune chat, jeune fou I
H y court, il s'y prend, il veut cette lumière; Au pied de ce berceau, manque-t-il la première, U tente la seconde, et gronde tout fiché.
Je songeai : Pauvre enfant, ce jeu-là c'est le nôtre I Nous courons des rayons, un autre, puis un autre, Tant que le soleil même, à la fin, soit couché.
PENséfis d'août. 269
A mon cher Marmier.
Imité du tninnesingèr HadToub, en style légèrement rajeuni du xvi» siècle.
Vite me quittant pour Elle, Le Jeune enfant qu'elle appelle Proche son sein se plaça.
Elle prit sa tête blonde, Serra sa bouchette ronde, O malheur 1 et l'embrassa.
Et lui, comme un ami tendre, L'enlaçait, d'un air d'entendre Ce bonheur qu'on me défend.
J'admirais avec envie, Et j'aurais donné ma vie Pour être l'heureux enfant.
Puis, elle aussitôt sortie, Je pris l'enfant à partie, Et me mis à lui poser, Aux traces qu'elle avait faites, Mes humbles lèvres sujettes :
Même lieu, même baiser.
2JQ. PENSÉES D'AOUT.
Mais, quand j'y cherchais le bârne* Et le nectar de son âme, Une larme j'y trouvai.
Voilà donc ce que m'envoie, Ce que nous promet de joie Le meilleur jour achevé!