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Source cachée, un jour sous le soleil Tu scintillas, et je te vis courante, Un seul moment ! Ta nappe transparente Fut belle alors sur le caillou vermeil.
Je t'écoutais, l'âme aux flots attachée; J'y contemplais une image penchée, Un doux front pur à ton cristal pareil, Source cachée!
Tu disparus... et le saule épaissi Ne laisse plus rien percer sous l'ombrage; Ton bruit lui-même en son léger langage Est. comme éteint, tant il s'est obscurci !
Plus rien ne vient. — Une larme épanchée Parfois dit trop et serait reprochée.
Oh ! sois bénie et chère, même ainsi 1 Sois plus sacrée au cœur qui t'a cherchée Et qui tout bas te sent présente ici, Source cachée!
A madajne la D. de R.
:: (la duchesse de rauzan)
Partez, puisqu'un départ est nécessaire encore, Puisque la guérison, que notre France ignore, Vous rappelle en Bohême au murmure d'une eau ; Partez, et qu'en chemin la poussière embrasée Sur votre front pâli s'adoucisse en rosée!
Que le jour ait moins de fardeau 1
Que les feux du soleil, et son char qui fermente, Rentrent sous le nuage à l'heure trop fumante ! Que Votre char, à vous, n'ait secousses ni bruits; Qu'il glisse en de longs rangs de tilleuls et de saules, Comme un doux palanquin porté sur des épaules, - A la clarté des tièdes nuits I
Qu'au côté douloureux nul coup ne retentisse! Et qu'à peine arrivée à cette onde propice, A l'urne qui bouillonne au pied des rameaux verts, Chaque flot double en vous ses vertus souveraines, Ramène la fraîcheur et la paix dans les veines, Et fonde tous graviers amers J
Partez, et que les Dieux se mêlent au voyage, Celui du bon sourire et du parfait langage, Et celui de la grâce et du noble maintien !
Et celui des beaux noms, qui, jeune et séculaire, Conserve si léger, aux mains faites pour plaire, Le sceptre qui ne blesse rien!
Non ! — Que le Dieu vivant, le seul qui vous connaisse, Celui de la famille et des amis qu'on laisse, Vous protège et vous garde, et vous rende aux souhaits ! Au Thil, dans votre allée où pleure le feuillage, La porte close attend, par où, vers le village. Vous vous échappiez aux bienfaits !
Près de vous, à la ville, et quand un soin fidèle A, dès l'aube, aux devoirs partagé votre zèle, Aux heures des loisirs et des riants discours, On s'assied, et d'amis une élite choisie Prolonge, recommence honneur et courtoisie, Et ce charme, parfum des jours.
Ceux qui, se rencontrant dans cet aimable empire, Se sont, pour tout lien, vus à votre sourire, Si plus tard dans la vie ils se croisent encor, Soudain la bienveillance a rapproché leur âme ; Car leurs destins divers et d'inégale trame Ont touché le même anneau d'or.
276 PENSÉES ïï'AOUT.
A M. de Salvandy
Ministre du 15 avril.
* . . . V oisiveté est de l'ancien régime.
L'isolement est un anachronisme. Avec du talent, personne n'en a le droit. »
Lettre à moi adressée.
Assez d'autres suivront les routes où la foule Marche et guide, à son tour, qui la voudrait guider; Assez d'autres iront à la pente où tout roule, A ce croissant concours qui va tout commander;
Assez d'autres suivront l'intérêt ou la gloire, Le bien public aussi, fantôme des grands cœurs, Idole si contraire aux Pénates d'ivoire, Et le Forum rouvert, dévorant ses vainqueurs !
Laissez, laissez encor quelques-uns, à leur guise, Tenir l'étroit sentier, et cultiver l'oubli, Et, haut dans la colline où la source se puise, S'abreuver de tristesse ou d'un rêve embelli.
Il faut aux souvenirs quelques âmes voilées, S'enchaînant au regret, ou bien au lent espoir;
Aux généreux amis tombés dans des mêlées,
Il faut, plus faible, au moins garder foi jusqu'au soir.
Peut-être à tous les vœux de la jeunesse enfuie H ne faut pas toujours dire qu'on a failli.
Pour l'avenir qui naît et pour sa jeune vie On peut croire au fruit d'or qu'on n'aura pas cueilli.
Il serait bon d'ailleurs (et même pour l'exemple, Dans les rôles divers, c'en serait un* bien sûr) Que, quand tous à la fête, à la ville, à son temple Se hâtent, l'un restât, servant l'autel obscur.
Comme moi vous savez une Dame au bocage (Las ! aujourd'hui luttant contre un mal inhumain !) Qui ne veut qu'une allée en tout son vaste ombrage, Et de qui l'on a dit : « Elle est dans son chemin *. »
Oh ! que je fasse ainsi sur ma maigre colline, Vers les scabreux penchants où la chèvre me suit ! Qu'en mon caprice même un sentier se dessine, Tournant, et non brisé, de l'aurore à la nuit !
Pourtant la solitude a ses heures amères; Des cités, je le sais, parfois un vent nous vient, Une poussière, un cri, qui corrompt les chimères Et relance au désir un cœur qui se retient.
• La duchesse de Rauzan. — Se rappeler les sonnets à elle adresses précédemment.
Alors tout l'être souffre ! on aspire le monde, On y voudrait aussi sa force et son emploi ; On dit non au désert, à la verdure, à l'onde, Et les zéphyrs troublés ne savent pas pourquoi.
Peut-être, hélas ! l'envie au pauvre cœur va naître, Et cet amour haineux de l'éclat qu'on n'a pas; Mais si soudain alors, vous frappant sous le hêtre, Un appel éloigné lève et suspend vos pas ;
Si, du prochain cortège où la foule se presse, Une voix rompt ce cri tout à l'heure importun, Si, de dessus la haie où l'épine se dresse, La bienveillance en fleurs envoie un bon parfum,
Alors, tout refusant ce qui n'est point possible, On est touché du moins, et, d'un cœur non jaloux, On reprend son sentier et la pente insensible, Et pour longtemps les bois et l'oubli sont plus doux.
Sonnet.
A madame G.. . *.
Quaquegerit similes candida tutris aves.
Martial,
« Non, je ne suis pas gaie en mes fuites volages Autant qu'on croirait bien, disait-elle en jouant ; Je sens aussi ma peine, et pleurerais souvent ; Mais c'est que dans l'esprit j 'ai beaucoup de passages. »
Mot charmant qui la peint ! — Oui, de légers nuages Comme en chasse en avril une haleine de vent ; Des oiseaux de passage au toit d'un vieux couvent ; Au front d'un blanc clocher, de blancs ramiers sauvages !
O jeune femme, oubli, joie, enfance et douceur, Puisse du moins la Vie, ainsi qu'un dur chasseur, Ne pas guetter sa proie à l'ombre où tu t'abrites,
Ne traverser que tard le chaume de tes blés.
Et, trouvant déjà haut les chantres envolés, N'ensanglanter jamais tes belles marguerites!
• Fille naturelle du duc de Fitz-yames.
La charmante madame G..., âgée de dix-neuf ans et demi, exigeait que je lui fisse des vers en épitaphe sur sa mort ; et je lui ai fait ceux-ci qui s'appliquaient plutôt à son départ.
Pour une mort...