‹ Poésies complètes, Volume 2Chapitre 27 sur 34 · DE CHARLES LAMB · texte numérisé non relu

DE CHARLES LAMB

Traduit.

Hélas ! répondra-moi ! Qu'tst-ttte ievenue ?

Mathurim Régxibk, Stances,

Nous étions deux enfants à passer notre enfance, Mais Elle si charmante et plus jeune que moi; Nous -vivions d'une égale et mutuelle foi, Et cette sœur aimable avait nom Innocence.

Nous aurions tous les deux pleuré pour une absence. Mais voilà qu'un matin l'Orgueil me prend : « Et Toi, N'es-tu pas homme enfin? » U dit, et je le croi; Je me mêle à la foule, et l'air impur m'offense.

Ma jeune amie en pleurs s'enfuit à cet affront, Cachant dans ses deux mains la rougeur de son front : Je la perdis alors dans la forêt profonde.

O douce Bien- Aimée, où donc a-t-elle fui?

Dites! quel chaste Ëden me la cache aujourd'hui? Que je la cherche encor, fût-elle au bout du monde !

Sonnet*

Un ccturjd mûr en un sein verdelet.

Ronsard.

Ces jours derniers, dans les airs la Nature Avait encor je ne sais quelle aigreur, Qui Sous l'éclat d'Avril, comme une erreur, Faisait obstacle à l'entière verdure.

Trop jeune cœur et beauté trop peu mûre SouS leur soleil ont aussi leur verdeur :

Pour l'adoucir et la fondre en ardeur, Que fout-il donc? quelle heure est la plus sûre?

Mais, l'autre soir, un nuage expiré Cède soudain : la Nature a pleuré, Et d'une pluie elle s'est attendrie;

Le, Printemps règne. — Ainsi, fière Beauté, . Qu'un seul pleur tombe en ta jeune âpreté, Et ce n'est plus qu'amour et rêverie.

î$6è *efrfs Vt VoSnèïs;

Sonnet:

Pourquoi, dans l'amitié, vouloir donc que Tanu Se moule à notre esprit, en épouse Vidée, * '" La tienne en tout pareille et sur tout point "gardée, Sans que rien la dépasse et se joue à demi?

Pourquoi, s'il doute encor, s'il est moins affermi En tout ce "qui n'est pas l'amitié décidée," Pourquoi, sans vous asseoir, toujours plus loin guidée, Le piquer dans son doute a l'endroit endormie

J'en sais qui, dès avril, sur l'arbre encor sauvage, Non pas indifférents, niais sans presser Te gage, En respirentda fleur d'un cœur déjà content. ;

Et cette fleur, un jour peut-être, non hâtée, Comblera tous vos vœux; 6 belle Philotnéel Comme un fruit mûr qui tombe au gazon qui l'attend.

* On est très convertisseur et très prêcheur aux alentours du Lac de Genève et dans le Canton de Vaud,

VOTE*. Eï §QN;NET% : 367.

A Madame

Il est doux, vers le $oir, au printemps qui commence^ Au printemps retardé qui se déclare enfin, -

I^es premiers jours de mai, dans cet air tout divin Où se respire en fleur la première semence $ 3

Il est doux, à pas lents, sous le couchant immense, Devant ces pics rosés de neige et d'argent fin> Devant ce lac qui luit comme un dos de dauphin,* Par ces'tournants coteaux qui vont sans qu'on y pense,

Il est doux, Amitié, dé marcher sans danger, Tenant près de son cœur ton bras chaste et léger, De se' montrer chaque arbre et sa* pointe première:

Le boisj sans feuille eficçrr, mais d'un bourgeon doré* Jette l'on^bfé à nos pas sur, le sol éclairé,- Et d'un réseau qui tremble y berce la lumière.

A la Muse.

Florent... tint olentis andhi.

VrRGILB.

Pauvre Muse froissée, insultée, avilie, *

Pauvre fille sans fard qu'en humble pèlerin Devant eux j'envoyais pour chanter, sans refrain, Ohl réviens à mon cœur poser ton front qui plie*.

fis ne t'ont pas reçue, ô ma chère folie, Oh J plus que jamais chère ; apaise ton chagrin 1 Ton parfum m'est plus doux, par ce jour moins serein, Et l'abeille aime encor ta fleur désembellie.

Un sourire immortel à la terre, accorda Hyacinthe, anémone et lis, et toutes celles Qu'Homère fait pleuvoir aux pentes de l'Ida.

Même aux champs, sur la haie, il en est de bien belles; Blanche-épine au passant rit dans ses fleurs nouvelles ; Mais la plus odorante est l'obscur réséda.

* Théocrite, parlant de ses propres Muses et Grâces repoussées, dans la pièce intitulée Les Gtâctt ou Hiérou, nous les représente au retour tristement assises, la tète pendante entre leurs genoux tout froids t

^v^potç b yovciri(T<JL xapu fU/xvovrt 6oCkoï<Toa.

Réponse A mon ami F.-Z. (Collomlet).

Toujours je m'entête, maigri h miel qui est au- fond de vos vers, 4 me fâcher contre cet alexandrin brisé. . .

(Lettre.)

Oui, cher Zenon, oui, ma lyre est bizarre; Je le sais tropl d'un étrange compas Elle est taillée, et ne s'arrondit pas D'un beau contour sous le bras du Pindare;

. Le chant en sort à peine, et comme avare; Nul groupe heureux n'y marierait ses pas.

Mais écoutez, et dites-vous tout bas Quel son y gagne en sa douceur plus rare ;

Demandez-vous si ce bois inégal,

Ce fût * boiteux qu'un coup d'oeil juge mal,

N'est pas voulu par la corde secrète, *

Dernière corde, et que nul avant moi N'avait serrée et réduite à. sa loi, Fibre arrachée au cœur seul du Poète !

• Fût, ou, comme on disait au xvie siècle, fust, le bois de la lyre.

370 «otes et sossits;

Port-Royal des- Champs.

A M, "Sainte-Beuve.

A Port-Royal désert je suis allé revoir La place où, méditant la parole divine, Nicole s'asseyait, où, tant de fois, le soir, S'exhalèrent en pleurs les pensers de Racine.

Et ces grands souvenirs sur une humble ruine M'ont fait prendre en mépris et notre vain savoir, Et les sentiers trompeurs où notre esprit s'obstine, Et pour nos pauvres vers l'orgueil de notre espoir.

Toi qui les as connus ces graves solitaires,

Qui sous l'herbe as cherché leurs traces toujours chères,

Tu sais ce que leur vie eut d'austères douceurs.

Ah! dis-nous si ce monde aux volontés flottantes Vaut leurs bois embaumés, leurs sources jaillissantes, Et le bruit de nos pas le silence des leurs.

Antoine de Lato or.

Paris, 16 octobre.

NOTES ET SONNETS. ÎJt

Réponse A Monsieur Antoine de Latour.

Demande-moi plutôt, ô poète sincère,

Dans ta comparaison de notre vanité

Avec la vertu simple et la fidélité

De ces cœurs qui cherchaient le seul bien nécessaire,

Demande-moi plutôt, en touchant ma misère.

Si j'aurai rien pris d'eux pour l'avoir raconté, Si le signe fatal, en ce siècle vanté, N'est pas autour des saints cette étude trop chère,

Le plus stérile emploi s'il n'est le plus fécond, Le plus mortel au cœur s'il ne le change au fond : Regarder dans la foi comme au plus vain mirage ;

Se prendre à la ruine ; et toujours repasser, Comme aux bords d'une Athène, à l'éternel rivage ; Toucher toujours l'autel sans jamais l'embrasser l

Sonnet.

A Marinier.

Le vieux Slave est* tout cœur, ouvert, hospitalier, Accueillant l'étranger comme aux jours de la fable, Lui servant l'abondance et le sourire affable ; Et même, s'il s'absente, il craint de l'oublier :

Il garnit, en partant, son bahut de noyer :

La jatte de lait pur et le miel délectable, Près du seuil sans verrous, attendent sur la table, Et le pain reste cuit aux cendres du foyer.

Soin touchant! doux génie! Ainsi fait le- Poète : Son beau fruit le plus mûr, sa fleur la plus discrète, Il l'abandonne à tous ; il ouvre ses vergers ;

Et souvent, lorsqu'ainsi vous savourez son âme, Lorsqu'au foyer pieux vous retrouvez sa flamme, Lui-même il est parti vers les lieux étrangers !

.Sonner.

Imité de Rutkert.

Et moi je fus aussi pasteur en Arcadie ; J'y fus, ou j'y dois être , et c'est là mon berceau. Mais l'exil m'en arrache; à l'arbuste, au roseau Je vais redemandant flûtes et mélodie.

Où donc est mon vallon? Partout je le mendie. Une femme aux doux yeux qui montait le coteau ; « Suis-moi, dit-elle, allons à ton vallon si beau. » Je crois ; elle m'entraîne, et fuit. O perfidie I ,

Une autre femme vient, et me dit à son tour : « Celle qui t'a trompé, c'est Promesse d'amour; Moi, je suis Poésie, et n'ai point de mensonge.

Dans ta chère Arcadie, au delà du réel,

Je te puis emporter, et sur un arc-en-ciel,

Mais d'esprit seulement.— Vois s'il suffit du songe I »

Sonnet*

Imité de BowIe&

Comme, après une nuit de veille bien cruelle, Un malade en langueur, affaibli d'un long mal, Que n*a pas réjoui le doux chant matinal Et sa vitre égayée où frappe l'hirondelle,

Se lève enfin, et seul, où le rayon l'appelle, Se traîne : il voit le ciel, l'éclat oriental, Les gazons rafraîchis et d'an vert pins égal, Les coteaux mi-voilés dans leur pente pins belle ;

Quelque blancheur de nne argenté l'horizon ; Tout près, distinctement, il écoute au buisson, Ou soit nonchalamment les bruits de la fontaine ;

Et son front se ressuie, et son âme est sereine : Ainsi, douce Espérance, après l'âpre saison Tout mon cœur refleurit : j'ai senti ton haleine !

KOTÈS Eï SbSNETS. 37$

Sonnet:

Imité de Justin Kerner.

Le matin, en été, tout joyeux, tu t'éveilles ; L'aurore a lui ; tu sors : te voilà par les prés ; La rosée à plaisir les a désaltérés ; Tu cours les papillons et tu suis les abeilles l

Et t'épanouissant aux faciles merveilles, Tu t'inquiètes peu si les cieux déchirés Ont versé, dès minuit, sur les champs dévorés Des larmes que l'aurore a refaites vermeilles.

Calme, heureux au matin, ainsi se montre un cœur. A ce front embelli, la flamme ou la langueur Te charme : sais-tu bien quelles nuits l'ont payée,

Quelles nuits sous l'orage, en pleurant ou priant? A ton regard léger le sien parait brillant :

C'est qu'une larme amère est à peine essuyée I

Jj6 XOTT.S ET SOXXETS.

Sonnet.

lait* de Bowles.

ÊiumgL est la musique aux derniers soirs d'automne Quand tcs Rorérca, solitaire, f entends Craquer Forme noueux et mugir ks antans Dans k feuillage mon qui roule et tourbillonne.

liais qu'est-ce si déjà, sons la même couronne De ces bois alors verts et sur ces mêmes bancs, On rot, soir et matin, k dooeeur des printemps Auprès «Ton coeur ami de qui l'absence étonne ?

Reviens donc, 6 Printemps! renais, feuillage aimé ! Mots des zéphyrs, accours! chante, chanson de mai 1 Mais triste tu seras, mais presque désolée,

Si ne revient aussi, charme de ta saison, Printemps de ton printemps, rayon de ton rayon, CeBe qui de ces bois bien loin s'en est allée !

NOTES BT SONNETS. 377

Sonnet.

Imité de miss Caroline BowTes (la seconde femme du poète Southey).

Je n'ai jamais jeté la fleur Que l'amitié m'avait donnée, — Petite fleur, même fanée, — Sans que ce fût à contre-cœur.

Je n'ai jamais contre un meilleur Changé le meuble de l'année, L'objet usé de la journée, Sans en avoir presque douleur.

Je n'ai jamais qu'à faible haleine Et d'un accent serré de peine Laissé tomber le mot Adieu!

Malade du mal du voyage, Soupirant vers le grand rivage Où ce mot va se perdre en Dieu.

378 votes et soxxets.

A Madame P.

(SCK LA MORT D'UNE JEUNE EXFANT)

Calme tes pleurs ! elle a vécu sa vie ; O tendre mère, elle a rempli ses jours; Ta belle enfuit avant dix ans ravie Des ans nombreux anticipa le cours.

Aux plus grands maux ainsi fait la nature :

Un bien chez elle achemine aux douleurs ; Même en hâtant, elle incline et mesure.

Ce vert bouton, cette fleur était mûre ; Calme tes pleurs, calme tes pleurs l

L'humain sentier s'échelonne en quatre âges : Aux deux premiers tout enivre à sentir; L'été calmé peut plaire encore aux sages; L'hiver approche, il est mieux de partir.

De ces seuls lots où la vie est bornée, Ta fille, ô mère, en eut trois, les meilleurs : Rayons, parfums, la flamme de l'année, Mcme des fruits la saveur devinée ; Calme tes pleurs, calme tes pleurs I

Joueuse enfant, qui donc connut plus qu'elle Les longs ébats autour des gazons verts, La matinée à durée éternelle,

Les coins chéris où finit l'univers ?

Qui mieux connut, sous l'œil sacré qui veille, Quand tout lui fait joie et bruits et couleurs, L'instant qui fuit et luit comme une abeille* Et la minute à l'Océan pareille?

Calme tes pleurs, calme tes pleurs !

Mais de ces jeux jusque-là tant éprise, Comme lassée, elle sortit un soir; Et le matin la surprit seule assise, Un livre en main pour unique miroir.

Qu'y voyait-elle? Est-ce l'image encore?

Est-ce le sens? L'esprit va-t-il ailleurs ?

Elle a pleuré sur des vers de Valmore :

Germe, étincelle, elle a ce qui dévore I Calme tes pleurs, calme tes pleurs!

Elle a la flamme, elle attend, elle rêve, Pauvre enfant pâle et qui trop tôt comprend.

Du gai buisson déjà son vol s'enlève ; Elle soupçonne un univers plus grand.

Si quelque ami fatigué de sa route Venait vers toi,... le soir ouvre les cœurs,... On s'épanchait; elle assiste, elle écoute :

A voir son front je pressens et redoute...

Calme tes pleurs, calme tes pleurs!

Ainsi mûrit sa jeunesse secrète.

De ses douleurs elle enferme l'aveu;

Quand le mal gagne, elle est plutôt muette, Pense -à sa mère, et ne se plaint qu'à Dieu.

Dans son fauteuil, aux heures moins souffrantes, Douce, an soleil ranimant ses pâleurs, Quand fuit l'automne aux langueurs enivrantes, Elle a joui des nuances mourantes; Calme tes pleurs, calme tes pleurs 1

Elle a joui des lenteurs refusées A l'âge ardent qui foule le gazon ; Elle a goûté les grâces reposées Par où s'enchante une arrière-saison.

Quand toute enfance, égoïste en ses joies, Au moindre choc exhale ses malheurs, Elle sourit, de peur que tu ne voies; C'est déjà l'Ange en ses célestes voies I Calme tes pleurs, calme tes pleurs 1

Ou pour lui plaire, ô mère inconsolée, Pleure à jamais, mais sans un pleur amer; Pleure longtemps au fond de la vallée Ta vie enfuie en un monde plus cher.

Dans un rayon vois l'Ange redescendre, Bénir tes nuits et t'y jeter ses fleurs, Et doucement te murmurer d'attendre, Et te redire avec un deuil plus tendre ;.

Verse tes pleurs, verse tes pleurs 1

tfOTES ET SONNETS. 381

Sonnet A Madame Desbordes-Valmore.

Puisqu'aussi bien tout passe et que l'Amour a lui, Puisqu -après le flambeau ce n'est plus que la cendre, Que le rayon pâli n'est plus même à descendre, Puisqu'en mon cœur désert habite un morne ennui.

Si le loisir du chant me revient aujourd'hui, Qu'en faire, Muse aimée? Et nous faut-il attendre L'écho qu'hier encore il était doux d'entendre, Dernier soupir du nom qui pour toujours m'a fui ?

Oh ! sortons de moi-même I et de mon âme errante Suspendons loin de moi la corde murmurante !

Ailleurs, je sais ailleurs des endroits consacrés ;

Et comme un timbre d'or, qui parfois chante ou pleure, Mon vers harmonieux sonnerait les quarts d'heure Heureux ou douloureux des amis préférés.

A M. le comte Mole*.

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