UN JOUR, QU'ON CROYAIT AVOIR TROUVÉ
Il est trouvé le bonheur et le charme, L'Ange clément qui planait au berceau, L'être adoré, dans l'enfance si beau, Que bien souvent nous cachait une larme.
L'amour parfait et de tout temps rêvé, Il est trouvé!
Il est trouvé ce bien de tous les âges, Le fruit du cœur, le frais rameau d'espoir, Que dès douze ans je cherchais sans savoir Dans tous les bois, par les sentiers sauvages. Le nid d'amour sous la mousse couvé, Il est trouvé !
Il est trouvé ce port que ma jeunesse A poursuivi sur les flots agités, Sous tous les vents et les feux irrités.
Plaisirs moqueurs, qui me trompiez sans cesse! Le vrai signal, le bel astre levé, Il est trouvé !
Il est trouvé l'ombrage où l'on repose, Le droit chemin par le devoir tracé Qu'un doux printemps si tard recommencé Borde pour moi de sa plus jeune rose.
Le calme sûr au cœur trop éprouvé, Il est trouvé!
Il est trouvé le bienfait de nature, Le sein aimant qu'un Dieu nous vient rouvrir, Ce qui permet de. vivre et de mourir, Ce qui fait croire, espérer sans murmure, Et dire encor, même au terme arrivé :
Il est trouvé!
Ne coulez plus, larmes de Poésie; C'était un rêve, une dernière erreur!
Il n'est plus rien désormais dans la vie ; Pleurs de rosée, il n'est plus une fleur.
Que feriez-vous, larmes de Poésie?
Ne coulez plus, larmes de la douleur; Comprimez-vous, étouffez vos murmures, Comme le sang dans les pires blessures Coule au dedans et suffoque le cœur.
. NOTE Un canevas.
(Le rêve était détruit avant que la pièce songée fut éclose.)
Tout le soir, le piano avait résonné sous des doigts mélodieux, et la jeune voix qui m'est sacrée y avait marié ses plus frais accents. On avait fini, on était levé pour sortir, quand je m'approchai du' piano, et m'y asseyant je me mis à faire courir mes doigts à fleur d'ivoire sur toutes les touches, mais comme Camille courait sur la cime des blés, sans presque les émouvoir,
Sans tirer aucun son du blanc clavier sonore.
Sa sœur aînée me vit, et s'approchant avec sourire:
« Essayez, me dit-elle; qui sait? les poètes
Savent beaucoup d'instinct; peut-être savez-vous jouer sans l'avoir appris. »
« Oh! je m'en garderai bien, dis-je; j'aime mieux me figurer que je sais, et j'aime bien mieux pouvoir encore me dire: Peut-être... »
Elle était là, elle entendit, et ajouta avec cette naïveté fine et charmante : « C'est ainsi de bien des choses, n'est-ce pas? il vaut mieux ne pas essayer pour être sûr. »
« Ohl ne me le dites pas, je le sais trop bien, lui répondis-je avec intention tendre et un long regard, je le sais trop et pour des choses dont on n'ose se dire : Peut-être. »
Elle comprit aussitôt et recula, et se réfugia à deux pas en arrière, toute rougissante, auprès de son père.
Piano, je ne t'entendrai jamais sans me rappeler sa parole, et jamais, jamais je n'essaierai de tirer de toi aucun son.
Toutes ces poésies qu'on vient de voir étant ainsi a blées et la gerbe liée, ne suis- je pas autorisé à dire : « Aujourd'hui on me croit seulement un critique ; mais je n'ai pas quitté la poésie sans y avoir laissé tout mon aiguillon. »