A DEUX SŒURS
A Mademoiselle Frèdèrique.
Pour qu'en parole, en vers mélodieux, De sa jeune âme a la forme si belle Un chant s'exhale, il lui faut, nous dit-elle, Tristesse au cœur et des pleurs dans ses yeux;
Il faut que Celle à qui l'azur des cieux Dès le berceau colora la prunelle, Et qui répand le bonheur autour d'elle, Ressente moins ce qu'on lui doit le mieux.
Oh ! s'il est vrai, sur sa lèvre sr pure,
O Poésie, arrête ton murmure;
Vers et soupirs, n'en soulève plus un.
Comme une abeille encore ensommeillée
Que la rosée odorante a mouillée,
Dors au calice, ou ne sois qu'un parfum 1
A Mademoiselle Êli\a-Wilhelmine.
Puisqu'à tout coup sa vive raillerie S'échappe et brille en gai pétillement ; Puisqu'un lutin de grâce et de féerie Toujours dérobe un coin de sentiment ;
Puisqu'amusés par ce propos charmant, D'elle on ne voit ce qui rêve ou qui prie, Et qu'à tous yeux cette gaieté chérie Soir et matin fait un déguisement,
O Poésie, ouvre-nous le mystère; Fais-lui trahir ce que son cœur veut taire, Ses hauts instincts, cette fois non railleurs,
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4l8 UN DERNIER RÊVE.
Quand vient la Naît comme une sœur voilée,
Et qu'en silence à la voûte étoilée
Monte son rêve, et que tombent ses pleurs!
Sonnet,
J'ai fait le tour des choses de la vie; J'ai bien erré dans le monde de l'art; Cherchant le beau, j'ai poussé le hasard :
Dans mes efforts la grâce s'est enfuie 1
A bien des cœurs où la joie est ravie, J'ai demandé du bonheur, mais trop tard 1 A maint orage, éclos sous un regard, J'ai dit : <* Renais, ô flamme évanouie t »
Et j'ai trouvé, bien las enfin et mûr,
Que pour l'art même et sa beauté plus vive
Il n'est rien tel qu'une grâce naïve,
Et qu'en bonheur il n'est charme plus sûr, Fleur plus divine aux gazons de la rive, Qu'un jeune cœur embelli d'un front purl
by GOQûk
Paroles, vœux d'un cœur amoureux et timide, Redoublez de mystère et de soin caressant, Et près d'elle n'ayez d'aveux que dans l'accent! Accent, redevenez plus tendre et plus limpide, Ému d'un pleur secret sous son charme innocent ! Regards, retrouvez vite et perdez l'étincelle; Soyez, en l'effleurant, chastes et purs comme elle : Car le pudique amour qui me tient cette fois, Cette fois pour toujours ! a pour unique choix La vierge de candeur, la jeune fille sainte, Le cœur enfant qui vient de s'éveiller, L'âme qu'il faut remplir sans lui faire de crainte, Qu'il faut toucher sans la troubler!
On parlait de la mort : un ami n'était plus*, Un ami comme un frère, un de ces cœurs élus Au sein de la famille, et dont les destinées Sans effort, sans retour, se sont d'abord données; On parlait de la mort, et le grave entretien Sur l'homme et son néant, sa misère et son rien, S'élevait par degrés : on disait que la vie, A de fatales lois en naissant asservie,
' Un ami, officier distingué, mort des fièvres en Algérie.
Ne brillait que par place et pour de courts instants ; Que tous ces mots du jour, superbes, éclatants, De progrès, de puissance et de grandeur humaine, N'étaient que flatterie, ostentation vaine; Que, dès que la Nature, aux extrêmes climats, Dans l'excès des soleils ou l'excès des frimas Se mêlait de régner, et comme un monstre immense, Accusant sourdement l'effort qui recommence, Hors d'elle déchaînait les soupirs ennemis Et remettait en jeu les germes endormis, Tout mourait ; et qu'alors l'homme chétit, malade, Ce nain précipité du ciel qu'il escalade, Ces générations de clameur et d'orgueil Jonchaient chaque pavé dans les cités en deuil, Comme ces moucherons nés d'un rayon d'automne, Et morts au soir serein, sitôt que l'air frissonne.
Et lorsqu'on eut parlé presque avec désespoir,
La vierge au front charmant, au simple et doux savoir,
Comme pour corriger la vision funeste,
Éleva tout d'un coup sa parole modeste
Qu'accompagnait si bien son tendre regard bleu,
L'un de ces purs regards qui prouvent l'âme et Dieu ;
Elle dit, se pressant sur le bras de l'aïeule :
« De toutes choses donc l'immortelle et la seule,
C'est le cœur; et, quand tout semblerait s'abimer,
Il faut plus près toujours se serrer et s'aimer. »
A deux sœurs.
Sur un exemplaire de la Marie de Bri^cux* DANS UN CHAGRIN.
Lire des vers touchants, les lire d'un cœur pur, C'est prier, c'est pleurer, et le mal est moins dur.