‹ Poésies d'un proscritChapitre 1 sur 13 · LIS POÈTE HEUREUX · texte numérisé non relu

LIS POÈTE HEUREUX

Ma douce et riante pensée À tonjours partagé le repos de mon cœur ; Elle ne s'est encor bercée Que dans les rêves du bonheur.

De mon enfance sans alarmes Le ciel d'or et d'azur fut toujours calme et beau : * Je n'ai jamais mouillé de larmes La pierre froide d'un tombeau.

D'amour j'ignore le délire , Et ses rigueurs et ses appas ; Quand la vierge au chaste sourire Me parle , je ne rougis pas.

Je n'ai jamais livré mon humble destinée

Aux flots capricieux des mers.

Ma vie en cent climats ne s'est point promenée ; Des vallons paternel» j'ai faitnfco* untatos.

Que dire en cette paix profonde , Sans regrets, sans désirs, sans amours, sans douleurs?

Que dire quand mes jours s'écoulent comme Tonde Qui s'écoule parmi les fleurs?

Il faut une vie inquiète À eelui dont la voix sans fin doit retentir; Jamais une âme satisfaite N'aura d'écho dans l'avenir.

Il faut le doux zéphir à la rose nouvelle , Il faut au chêne altier l'orageux aquilon ,

Un vert bocage à Philomèle,

Un vaste ciel au jeune aiglon.

Il faut au matelot une mer sans rivage

Au pâtre la prairie où paissent ses troupeaux ,

Au guerrier les champs du carnage , Au jeune homme la gloire, au vieillard le repos.

Il faut à l'enfant qui s'éveille, La chanson de sa mère et ses embrassemens , Il faut des parfums à l'abeille, Au poète. . . . il faut, des tourmens !

D'une voix plus mélodieuse Gémit le cygne atteint par le plomb du chasseur; La lyre est plus harmonieuse Sous les doigts de la douleur.

Du malheur j'attends la colère :

11 viendra, je suis homme, il ne peut m'oublier. Sous le poids d'une peine amère, Bientôt il me faudra plier.

Bientôt pleurant peut-être aux genoux d'une femme, Baisant la trace de ses pas ,

J'offrirai ma vie et mon âme Pour un regard d'amour que je n'obtiendrai pas.

Peut-être un jour, banni de mon vallon tranquille , Abandonné, proscrit, errant, J'irai mendier un asile Chez l'étranger indifférent.

Mais alors ma lyre puissante v

Exhalera de sublimes soupirs , Et de sa corde gémissante Les sons ne mourront pas sur l'aile des zéphirs.

Avril 1820.

CHANT DU PAVVRB OMKAU.

Gloire au Seigneur ! le lys s'incline Pour rendre hommage à sa grandeur ; L'aigle au sommet de la colline, Le roitelet sous l'aubépine , Tout répète : Gloire au Seigneur !

Qu'il est riche ! Les monts , les plaines , Les forêts, le soleil, les mers, Les fleurs , les étoiles lointaines , Les nuages et les fontaines, Tout est à lui dans l'univers.

Qu'il est fort ! Son bras invisible Courbe le pin comme un roseau ; Il soulève le lac paisible , Il lance la foudre terrible , Et prend pitié du passereau.

Plein d'amour , sans repos il veille , Son œil jamais n'est endormi, Nul bruit n'échappe à son oreille , 11 entend bourdonner l'abeille , Il voit cheminer la fourmi.

Jamais par lui n'est accouplée La douce colombe au faucon , Jamais la fleur de la vallée N'est sur la montagne exilée , Car il est sage autant que bon.

C'est lui dont l'haleine légère Si mollement me balançait, Lorsque mes yeux sous ma paupière Ne pouvaient encor voir ma mère, Ma mère qui me caressait.

C'est lui qui m'a donné des ailes Pour fuir les serres du vautour, C'est lui dont les mains paternelles Répandent les graines nouvelles Dont je me nourris chaque jour.

C'est lui, dans la saison brutalité, Qui nous couvre d'ombrages verts , Il verse l'eau pure et brillante Qui dans les vallons, ruisselante, Mêle un doux bruit à nos concerts.

Il n'est point pour moi d'esclavage.

Suivant mes goûts et mon désir, Je vais de la plaine au bocage, Et de la colline au rivage , Toujours de plaisir en plaisir.

Sur la grange de la cabane , Sur les tours du manoir altier , Je descends , je monte , je plane , Je voltige sous le platane, Ou repose sur l'églantier

Lorqu'au retour de la froidure Les frimats régnent triomphant , Parfois la vie est triste et dure , Mais le père de la nature N'abandonne point ses enfans.

Si du Nord la piquante baleine Glace les rayons du Midi , Le tronc caverneux du vieux chêne , Grâce à la bonté souveraine , Abrite mon corps engourdi.

Je n'ai rien , et pourtant sans peine , Je bâtis mon nid tous les ans :

De mousse la forêt est pleine , La brebis me laisse sa laine, Et le coursier ses crins flot tans.

Sois béni , toi dont la sagesse Protège l'oiseau faible encor !

Sur les doux fruits de ma tendresse , Ton regard a veillé sans cesse , Et leur aile a pris son essor.

Aussi dès que l'aurore brille , Sur la branche humide perché , Je chante , et ma jeune famille Chante avec moi sous la charmille :

Amour au bienfaiteur caché !

Du soir, quand l'étoile étincelle , Je chante encor pour le bénir ; Puis couvrant mes yeux de mon aile, Je dors jusqu'à l'aube nouvelle, Insoucieux de l'avenir.

Comme moi chaque créature Rend grâce au Maître universel , Et l'homme seul par son murmure, Des louanges de la nature, Trouble le concert éternel.

CHAPBIililB ABAftTDONMtiXU

Devant cet humble autel qu'embrasse le vieux lierre, Autrefois l'indigence oubliait ses douleurs; Les pleurs du repentir inondaient cette pierre, Et la vierge pudique y déposait ses fleurs.

Dans les saints jours la foule accourait vers Marie : Tous venaient : les vieillards , les époux, les amans , Tous portaient quelque peine à leur mère chérie, Et tous s'en retournaient soulagés et contens.

Souvent, lassé d'un long voyage , S'agenouillait ici le pauvre pèlerin, Et bientôt retrouvant sa force et son courage. Il poursuivait joyeux son pénible chemin.

Pour aller saluer la rustique madone , Le berger en passant arrêtait son troupeau , Et pour orner son front d'une fraîche couronne S'envolaient chaque jour les roses du hameau.

Autrefois!... Mais voyez, écoutez, à cette heure 1 La madone est tombée avec son temple, hélas!

L -écho silencieux de la sainte demeure Ne répond qu'au bruit de mes pas.

Non, plus de chants sacrés, de larmes, ni de fête ! PLus de couronne offerte à la mère de Dieu !

Plus de pèlerin qui s'arrête

Pour se reposer en ce lieu !

Ta maison, ô Marie ! est pleine de tristesse ; A tous les vents du ciel elle s'ouvre à la fois,

Et leur souffle y roule sans cesse La poudre des chemins et les feuilles des bois.

Sous ces muets arceaux où plus d'un grand prodige De» chrétiens affligés récompensa la foi,

Étonné de me voir, le roitelet voltige, Voltige inquiet près de moi.

Ne crains rien, pauvre oiseau, reste dans ton asile Et chante en paix Dieu qui te Ta donné, Tu pourras y vivre tranquille , Les hommes l'ont abandonné.

Ils laissent ces vieux murs s'écrouler solitaires. À la Vierge qui sait consoler et bénit, Ils ne s'adressent plus , car la foi de leurs pères N'est pour eux qu'un vain souvenir.

Cependant ils viendront encor sous cette voûte,. Leurs mains l'attaqueront, et ses débris sacrés

Iront combler l'ornière de la route , Ou de quelque palais former les vils degrés.

Et moi, si le sort me rappelle Un jour dans ce climat lointain,

Mes yeux, pour retrouver la gothique chapelle , Chercheront, chercheront en vain.

Car alors du vieux sanctuaire , Où jadis F on priait avec tant de ferveur , Il ne restera rien ! rien, pas même une pierre

Pour asseoir le mortel rêveur.

DtiPABT DU 1MMMUHVOI»

La nuit sombre et silencieuse N'est plus tiède des feux du jour, Et l'aube autrefois si joyeuse N'éveille plus de chants d'amour.

Voici la saison des nuages , Le soleil pâlit dans les cieux , Adieu les verdoyans ombrages Et les parfums délicieux!

Adieu le, lit d'herbe et de mousse Qui reposait mon front rêveur A cette heure brûlante et douce Où la paresse est le bonheur.

Hélas! des feuilles qui jaunissent, Voilà le bocage semé ; Les dernières fleurs se flétrissent , Pars, mon rossignol bien-aimé !

Déjà la craintiye fauvette Du Nord a senti les frissons ,

Et du pâtre qui la regrette Elle déserte les baissons.

Déjà la rapide hirondelle Abandonne le vieux manoir, Et loin des bois la tourterelle Des beaux jours emporte l'espoir.

Fuis , amant des roses nouvelles , La brise a quitté nos vallons, Ne laisse pas glacer tes ailes Par l'haleine des aquilons.

Dans la plaine et sur la montagne Bientôt tu n'aurais plus d'abris ; Tiens, vois , du nid de ta compagne , Chaque souffle emporte un débris.

Fuis , le pâle automne s'avance , J'entends ses tristes sifflemens ; Le haut peuplier se balance Avec de longs gémissement

Sous le saule où ta voix chérie Modulait de si doux accords.

Bientôt un torrent en furie Dévastera ses heureux bords.

JtoM tu ne peux aimer encore Un ciel qui n'a plus de beaux jours , Des fleurs qui n'osent pas éclore, Des forêts qui n'ont plus d'amours.

Il va souffler sur cette rive Le vent de la destruction

Et ma muse y viendra pensive Goûter la méditation.

J'aime la mourante verdure , Le deuil des champs, le deuil des airs , J'aime la forêt qui murmurç * Veuve de ses joyeux concerts.

Parmi le feuillage qui roule Sous un soleil décoloré, Ici, loin, des bruits de la foule , Souvent je me suis inspiré.

Le poète accorde sa lyre Au souffle orageux des autans ; Mais le rossignol ne soupire Qu'avec les brises du printemps.

Adieu donc ! sur d'autres rivages Va chercher des plaisirs nouveaux , Toi dont la vie est sans orages, Toi qui ne connais point nos maux.

De notre'cjimat plus prospère Au printemps tu te souviendras, Et près du jeune solitaire , Mon rossignol, tu reviendras.

Tu retrouveras ton asile S'ombrageant de rameaux touffus; Dans le lit du ruisseau tranquille Le torrent ne grondera plus.

Tu trouveras, pour té comprendre , Un coeur que l'amour sut toucher ,

El pour répondre à ta voix tendre , L'écho fidèle du rocher.

Tu viendras t'enivrer encore Du zéphyr embaumé des nuits , Et chanter, du soir à l'aurore , Ton bonheur qui n'a point d'ennuis.

Octobre t$29.

A la porte du monastère, Voyageur fatigué je suis venu m'asseoir, "Et là , se déchargeant des soucis de la terre ,

Mon cœur s'ouvre au céleste espoir.

Si vous pâlissez sous la haire, Si du cilice affreux vous déchirez vos corps , Si de tant de sueurs vous arrosez la terre

Que labourent vos longs efforts ;

Si vos fronts courbés dans la poudre , Nuit et jour du Seigneur conjurent le courroux , Ah î c'est pour retenir et détourner la foudre

Qui nous écraserait sans vous !

Sans tous l'homme au bord de l'abîme Aurait déjà perdu son céleste flambeau , Et sa race maudite irait de crime en crime

Se précipiter au tombeau.

Au milieu de nos temps funèbres, Vous conservez la foi dont les divins rayons .

Seule pourront dissiper les nouvelles ténèbres Des incrédules nations.

Et pourtant l'humaine sagesse A proclamé bien haut votre inutilité ; Car des esprits mondains toujours la vertu blesse

L'orgueilleuse fragilité.

Hélas ! insensés que nous sommes , Nous formons contre vous un concert de clameurs, Et vous nous bénisssez ! hommes plus que des hommes

Vous aimez vos persécuteurs !

Que tout contre vous se déchaîne , Vous priez , vous souffrez et ne murmurez pas. Que vous font les mépris , la louange ou la haine !

Vous n'attendez rien ici- bas.

Adieu , paisibles solitaires , Oui, je quitte à regret vos murs silencieux ; Ici quelques instans oubliant mes chimères ,

Je me suis rapproché des cieux.

Adieu ! Dans le fracas des villes Oh ! j'envierai souvent votre félicité , flabitans du désert, cœurs saintement serviles ,

Délivrés de la liberté.

Octobre 1M9.

Lfl BUIMBAU.

Coulez , coulez sans cesse Et bercez ma tristesse, flots harmonieux !

Votre onde murmurante Charme Pâme souffrante , Et l'oreille et les yeux.

Oh ! sa fuite est si douce !

On dirait sur la mousse Qu'elle dort en glissant; Des fleurs de son rivage Le Zéphyre volage Se parfume en passant.

Ruisseau, combien je t'aime!

Là , seul avec moi-même , Que j'aime cette voix Qui dans la nuit se mêle Au chant de Philomèle, A la brise des bois !

Que j'aime , rameaux sombres , Sous vos épaisses ombres Ce cristal argenté ,

Où l'églantier qui penche Sur sa fleur rose et Manche Retient l'œil enchanté !

Ici, loin de la foulé

Qui là-bas gronde et roule,

Je puis donc sommeiller !

Et l'aveugle colère

Du tigre populaire

Ne vient plus m'effrayer.

Ici c'est le silence Qui répand sa puissance Sur la terre et les cieux ; La source qqi s'éveille Et le vol de l'abeille Font le bruit de ces lieux

Ici la poésie Verse à Pâme choisie Ses dons consolateurs, Et change en douce ivresse La rêveuse tristesse De ses adorateurs.

Ici l'amant timide, De solitude avide , Oubliant les humains , Savoure sans alarmes Ses enivrantes larmes Et ses songes divins.

Rives où mon enfonce Se berçait d'espérance Et rêvait de beaux jours ,

rives que j'adore, Vers vous je viens encore , Protégez-moi toujours.

C'est un pauvre poète Qui contre la tempête Vient s'abriter ici.

Au moins dans cet asile Des vapeurs de la ville Le ciel n'est pas noirci.

Dans le siècle où nous sommes, Heureux parmi les hommes Qui trouve le repos !

Heureux le solitaire Qui n'ehtehd sur la terre Que les vents et les flots!

Heureux l'œil qui s'arrête Sur l'humble pâquerette Et sur ces points de feu, Qui répandus sans nombre, Semblent jaillir de l'ombre Pour nous parler de Dieu!

Heureux qui du nuage , Des fleurs et de l'oinbrage S'occupe tout le jour, Et des heures passées Ne garde en ses pensées Que les heures d'amour !

Heureux qui vit sans gloire , Mais peut dans sa mémoire Compter quelques bienfaits !

Heureux qui dans la vie Ne demande et n'envie Qu'une lyre et la paix!

Mais la paix de ce monde S'enfuit comme fuit Tonde Qui passe sous mes yeux...

Coulez , coulez sans cesse Et bercez ma tristesse ; flots harmonieux !

Avril 1830.

MC PBUVTEMPtt ET U» MORTS.

Le doux soleil de mai ranime la nature,

Dans le champ de la mort il fait naître des fleurs.

Égayant des cyprès la funèbre verdure ,

La rose ici répand ses suaves odeurs.

Mais à ceux qui sont là couchés dans la poussière , Qu'importent ces parfums ? qu'importe ce beau jour ? Leurs yeux sont pour jamais fermés à la lumière, Et pour eux le printemps est en vain de retour.

Hélas ! quand ils vivaient encore Ils aimaient à fouler les tapis de gazon, Et leurs yeux enchantés au lever de l'aurore

Parcouraient l'immense horizon.

Ils rêvaient de longues années, L'illusion de fleurs semait leur aveuir, Et dans ces heures fortunées Ils oubliaient que l'homme doit mourir !

Cependant ils sont là maintenant ! par l'orage Les uns furent surpris presque au sortir du port;

LesatiteM prolongeant un pénible voyage , Ont plue tard accompli l'inévitable sort.

Chaque heure, chaque instant au tombeau nous entraîne. Malgré tous nos efforts le temps s'échappe et fuit ; Sur la terre, 6 mortels! nous paraissons à pèftie Que la terre nous «ngtautift.

Et cependant nous poursuivons sans cesse Des songes de félicité, Et nous ne voyons point l'Age, hélas ! qui nousprësse Et nous powste à l'éternité.

mortels! dites-moi, pourquoi tant d'espérances,

Pourquoi tant de rêves d'orgueil, Pourquoi tant de trésors, pourquoi tant de sciences

Lorsque le terme est un cercueil?

Vous qui n'avez cherché qu'une illustre mémoire, Et tous dont la tendresse a consumé les jours ,

Que reste-t-il ici de votre gloire?

Que reste-t-il ici de vos amours ?

Hommes, la vie est courte. et la joie éphémèfe , Plus haut que ce vain monde élevons nos souhaits ; Soyons justes et bons, soulageons notre frère, Et Dieu nous donnera sa paix.

Aux leçons du Seigneur, celui qui fut docile, Quand vient Pheure des longs adieux , S'endort satisfait et tranquille Pour se réveiller dans les cieux.

Avril 1830.

us temple.

Le jour mourant luttait en vain contre les ombres ,

Et dans la cathédrale, aux gothiques arceaux ,

S'amassaient, s'amassaient des ténèbres plus sombres;

Par degrés s'éteignait la pourpre des vitraux,

Et la splendeur du sanctuaire Disparaissait sous des voiles épais.

Le temple fut rempli de mystère et de paix.

Mon œil errant dans la nef solitaire N'y voyait que la lampe , immobile lumière >

Qui sans fin brûle devant Dieu.

Mes pas n'osaient troubler le repos du saint lieu.

Sur mon sein appuyant ma tête, De la vaste cité j'écoutais la rumeur Qui grondait au dehors, pareille à la tempête , Et redoublait le calme de mon cœur.

Je disais : Ces murs tranquilles, Mon Dieu, oous offrent un port , L'homme dans vos saints asiles Se vèpm ée son sort :

En Vain l'Océan du monde S'irrite, s'élève et gronde,

Dans sa constante fureuf ; Ses flots, partout si terribles, Viennent mourir insensibles A la porte du Seigneur.

En cette enceinte où se brise

Le souffle des passions,

Oh ! combien rfcomme méprise

Ses folles ambitions !

Il chasse de sa mémoire

Cet orgueil et cette gloire

Qui l'enivrent ici-bas,

Et nos faux biens, nos chimères ,

Pour son cœur épris naguères

Sont comme s'ils n'étaient pas.

Que les heureux de la terre, Seigneur, sous leurs toits brillans,

Passent leur vie éphémère Dans l'ivresse cnancelans.

Pour moi de tes basiliques, Les ombres mélancoliques , Sont plus douces que le jour, Et la brise harmonieuse M'apprend sous la nef pieuse A soupirer ton amour.

Heureux dans la nuit des temples L'humble mortel oublié, Qui médite tes exemples En son ame replié !

Dieu , sa faible paupière N'a pas besoin de lumière Pour s'élever jusqu'à toi ; Il prie , il pleure , il t'appelle ,

Et ta gloire se révèle A l'œil brûlant de sa foi.

Heureux qui dans le silence > Plein dépensera immortels, Vient nourrir son espérance Au pied des divins autels !

La terre n'est plus qu'un songe Pour une âme qui se plonge Dans la sainte volupté ; Devant elle tout s'effiaee, Et son vol franchit l'espace Des temps à l'éternité.

Aimons et prions sans cesse.

Gomme des ailes de feu , La prière et la tendresse Nous portent au sein de Dieu.

Joignons à la foi constante , A la charité fervente , La simplicité du cœur.

Gloire au front qui s'humilie •' Le petit enfant qui prie Fait sourire le Seigneur.

Sous ces voûtes séculaires , Que de générations Ont apporté leurs prières Et leurs adorations !

Combien de chants d'allégresse , Combien d'hymnes de tristesse Montèrent aux cieux ravis !

Combien de larmes pieuses , De larmes délicieuses Ont inondé ce parvis !

L'on sent qu'ici des vieux âges Un doux parfum est resté.

nos pères , vos ouvrages Sont vêtus (te majesté.

Lorsque l'œil atteint les cimes De ces colonnes sublimes , Il a besoin de repos; Et le temps vaincu par elles , Sur leurs massés éternelles , Ne peut qu'ébrécher sa faux.

Vastes et saintes demeures Où descend le roi des cieux , Les ans ne sont que des heures Sur vos dômes glorieux ; Mais, bêlas! ce siècle impie Avec sa main de harpie,

Vous profane chaque jour; Et sans craindre l'anathème , Il attaque Dieu lui-même Et ses temples tour à tour.

Oh ! nous possédons encore Quelques-uns de ces héros Dont le courage s'honore D'avoir vaincu des tombeaux.

Détruire i voilà leur tâche , Ils poursuivent sans relâche Tous les débris du passé , Et de ravage en ravage, Il n'assouviront leur rage Que sur l'autel renversé !

Bientôt, oui bientôt, peut-être, Malgré leurs vieux fondemens,

A nos yeux vont disparaître Tous nos saciés monumens.

merveilleuses colonnes , Vous depuis mille ans les trônes Des archanges et des saints ; Vous joncherez la poussière Et servirez de carrière Aux palais des vils humains !

Seigneur, ils peuvent détruire Les œuvres d'un bras mortel ; Mais leur espérance expire Devant ton culte éternel.

Les peuples s'anéantissent, Les mœurs et les lois périssent Dans le désordre et l'effroi , Et sur sa base immuable,

Toujours, règne vénérable y L'édifice (Je la foi.

Insensés qu'on nomme sagcs > Si fiers de vivre deux jours, Poursuivez de vos outrages Celui qui sera toujours.

Lorsque l'athéisme infâme , Avec le fer et la flamme, A dévasté le saint lieu ; Loin des crimes de la terre Le chrétien, pour sanctuaire, Offre son cœur à son Dieu.

Mar», *831.

ËJBB OlÉtâAU* ^O^AteBlîB».

Ils vienifent tour à tour visiter nos rivages Sur l'aquilon broyant, sur le zéphyr léger; Que nos deux soient d'azur ou chargés de nuages, Toujours chaque saison, à nos bois, à nos plages, Amène nn aimable étranger.

L'an fuyant à regret les rives paternelles , Revient dans nos climats, seul ut silencieux, L'autre au vent du départ ouvre gatment ses ailes , Et, content, va chercher des régions nouvelles Avec ses compagnons joyeux.

Lorsque s'étend sur nous le nébuleux automne , D'innombrables proscrits jettent le cri d'adieu Et de ces bqrds glacés qu'un prompt hiver couronne Tous s'éloignent, cédant à la loi qui l'ordonne, Poussés par le souffle de Dieu.

Malgré les durs frimats et l'ouragan qui gronde , Ils traversent les airs sous leur vol ébranlés. • Jadis enfant rêveur,. assis aubord de Tonde, J'ai souvent écouté, durant la nuit profonde, Passer leurs bataillons ailés.

Celai qui les conduit ne connaît point de voiles , Son invisible main dirige leur essor.

Qu'importe le soleil ? qu'importent les étoiles? La flotte aérienne a déployé ses voiles, Certaine d'arriver au port.

On arrive, on repose une aile enfla débile, Après avoir franchi les terres et les mers. Le fleuve hospitalier prête son doux asile Au canard voyageur, et la sarcelle agile S'abat sur nos étangs déserts. .

Je revois , toujours plein d'une enfantine .ivresse ,

Et les brillants pluviers , et les. vaneaux errants , . ..

Le courlis qui des mers. semble aimer, la tristesse,

Et dont le chant plaintif, tel qu'un cri de détresse,

Se mêle au murmure des vents. .

Us ra'ârtnôticênt, hélas ! l'hiver et la tempête , Gomme d'anciens amis pourtant je les reçois ; S'ils volent tournoyant au-dessus de ma tête, A leurs accens connus j'écoute , je m'arrête, Et je crois comprendre leur voix.

Quand les tristes frimats ont conquis l'étendue , Que le vent boréal' mugit avec fureur , Un cygne quelquefois apparaît à ma vue , Ravi, je le contemplé , et long-temps dans la nue Mon œil suit le beau voyageur.

tt régnait dan* le nord sur les lacs solitaires ; Forcé d'abandonner son empire glacé Il ne reste qu'un jour aux terres étrangères , Car ce fils des autans , par nos brises légères , N'aime pas être caressé.

liais des premières fleurs s'embellit la nature; Le soleil dans les cieux prolonge son séjour, - • Et du sein des forêts où renaît la verdure , • Les accens d'une voix mélodieuse et pure ' S'exhalent en soupire d'amour.

Oh ! c'est le rossignol ! de bocage en bocage Il est venu chez nous en cherchant le plaisir, " Ce pauvre troubadour qui n'a que son ramage, Et qui paie, en chansons, sa place sous l'ombrage A ceux qui daignent l'accueillir.

Qu'il soit le hien-venu dans nos vallons tranquilles, Celui qui tant de fois au bord riant des eaux A sauvé de l'ennui mes heures inutiles! • Son fortuné retour à nos champs, à nos villes ynnonce des hôtes nouveaux. •

L'hirondelle si chère à mon heureuse enfaaoe Vient encore nicher à l'abri de nos toits, Le loriot siffleur sur Tonde se balance , Et de la tourterelle amante du silence , Les plaintes enchantent les bois.

Voici la huppe , au Iront couronné d'uni aigrette, Le coucou paresseux qui pond au nid d'autrui » La caille <jui s'en va glaner aux champs , pauvrette ! Et le râle qui trouve une douce retraite A l'ombre du gazon fleuri*

La linotte choisit les vigpes de n&on père, Le tarin gazouillant aime notre ruisseau, Et le bouvreuil au tond du tajjljs solitaire , De la laine échappée aux mains de la bergère Prépare sgn léger berceau.

La fauvette revient , mère, tendre et timide , Confier sa famille aux épineux buissons , .

Et la bergeronnette , au pied toujours humide , Sous l'arche d'un vieux pont , au bruit du flot rapide , Endort ses heureux nourrissons.

Écoutez maintenant : sur les monts , sur ta grève , Sur le donjon noirci, dans les vertes forêts, Lorsque s'éteint le jour , lorsque le jour se lève 1 , Ravi de l'existence, un nouveau peuple élève Le bruit de ses chants imparfaits.

Mais cet hymne d'amour qui vers le ciel s'élance , Oiseaux chéris , bientôt ne sera plus pour nous; Vous partirez, laissant au lieu de votre enfance Une plume tombée , un nid qui se balance , Et votre souvenir si doux !

Quand le vent gémira dans les feuilles fié tries, Le sort bien loin de nous vous aura rappelés I Vous qui venez charmer nos bois et nos prairies, constants voyageurs , vous avez deux patries , Nous n'êtes jamais exilés !

Vous chantez en tous lieux , tandis que l'homme pleure S'il s'éloigne banni par un destin fatal ; Car, hélas! il n'a, lui, qu'une seule demeure, Que son cœur désolé redemande à toute heure , Le doux toit du pays natal !

Mai, 1831.

ÉCRIT 1» E.A VEMNËE EN 1*81*

Dans le fracas de la cité fangeuse , Parmi les hmiemens de l'émeute orageuse ,

Sans doute, Madame, souvent Vous aurez regretté la solitude heureuse Où les flots de vos jours coulaient si doucement,

Vous regrettez les parfums de nos plaines, Nos rochers, nos coteaux, l'ombre de nos grands chênes, Et ces fiers peupliers aux rameaux gracieux, Que les brises du soir balancent dans les cieux. Vous songez en pleurant au fortuné bocage Où, bravant autrefois la nocturne fraîcheur, Vous alliez écouter le séduisant langage D'un harmonieux voyageur.

Et ce ruisseau , dont Tonde transparente Chère à vos premiers souvenirs,

Occupe encor , de sa voix murmurante , Nos mélancoliques loisirs ; Et ce beau lac d'azur que rase l'hirondelle, Où tant de fois glissa notre errante nacelle; Et ce vallon rempli de silence et de paix ; Et l'église rustique au bout de l'avenue, Et cette humble chaumière à vos pas si connue, Et ce siège ombragé d'un maronnier épais ,

Y penses-vous tacot ? Vous y . pense* s*ns cesse 2 Mais ces sfctirqisewti'tfemdjMSS* , Appelle «de vieux surjferllus y

Ah ! Madame v ce* Jknx ne les «grattez pliis. »

Qui pourrait ngifettrir tnedre

I9ei Mb et ftosuttianips désolés ?

Les fleure ici rfont point cessé d'éçloro.,

Mal» nos plaisirs sont envolés.

Dans nos vaMis jadis « pWiris de charmes , Dans ces vallons , objets de votre aitoour,

N'habitent phis que tes Sabrâtes ;,

Le fanait retentissant des armes

Vient m'y réveiller étaoue jenr.

Ma jeune mosé épouvantée ,

Muette, se cache en mon sein,

Et ma pauvre lyre attristée

Est veuve da souffle divin.

Vous savez qu'autrefois , près do lac solitaire* Quand tombaient les heures du soir, .

Tous réunis au pied de l'arbre séculaire , , Sur des bancs de gazon nous allions nous asseoir. Des feux du jour encor nos lèvres enflammées, Aspiraient la fraîcheur des brises parfumées , Qui glissaient en jouant sur la nappe des eaux; Et nos cœurs partageaient une paix solennelle Que seuls interrompaient la plaintive judelle. Ou le frémissement du vent. dans les roseaux,. Du ctet à nos vœux favorable . , Nous vantions. la bonté durable , Nous vantions les nombreux bienfaits t La clémence endormant la discorde cruelle ,

Et la patrie heureuse et belle Recueillant à loisir tous les dons de lar paix. Mais vous parliez, soudain notre oreille attentive, De la douce raison qui chez vous nous captive

Écoutait les sages discours.

Dans les épanchemens de votre âme sensible

Nous éprouvions oe charme irrésistible Que le cœur le plus froid près de vous sent toujours. Chacun de nous vousconiait ses pehtes , Vous savez si bien les guérir!

Votre bouche n'a point de ces paroles vaines Qui veulent consoler et qui font tant souffrir.

Que de fois les heures rapides Allumèrent les feux de la nuit dans les airs, Que de fois de perles liquides Vos vétemens furent couverts , Avant que vos anus, ravis de vous entendre , Eussent songe seulement à reprendre Le chemin de leurs toits divers.

Ce temps est loin de nous, Madame, la tristesse Réside en ces lieux eharmans ,

Où tant de fortunés momens Noos filaient des jours d'allégresse.

Plus de bonheur ici pour nous , Plus de sommeil au bruit des lointaines cascades ,

Plus de ces longues promenades Où vous me pardonniez de rêver près de vous.

À l'ombre du vieux sicomore , Si le soir nous rassemble encore , C'est pour y parler de nos maux , Pour chercher un remède à nos âmes blessées ; C'est pour y commenter ces funèbres journaux , Qui, n'offrant que malheurs à nos tristes pensées, De l'avenir toujours noircissent les tableaux. Madame , restez donc dans la ville bruyante , Vos devoirs maternels offrent tant de douceurs !

Quand grondera la tempête effrayante , Aux pieds de l'Éternel vous répandrez vos pleurs , Et puisqu'à nos tourments il refuse une trêve ,

Vous lui demanderez qu'ici-bas il élève

Notre âme et notre espoir plus haut que nos douleurs.

Mais vous fléchirez sa colère , vous qui des vertus portez le noble sceau ; Car quels vœux plus touchans que les vœux d'une mère

Qui prie à côté d'un berceau ?

buction mm i/r» bn otunch.

Quoi! tu renais encore Des larmes de l'aurore , Beau lys, orgueil du jour!

Le parfum qui s'exhale De ta fleur virginale Me fait rêver d'amour.

Cette tempête horrible r Et cent fois plus terrible Pour toi que l'aquilon , Jusque sur ton image A signalé sa rage, Pauvre lys du vallon !

Hélas ! il finit sous l'herbe Cacher ton front auperbe, Ou subir le trépas.

Mon enclos solitaire, Des fureurs de la terre , Ne te sauverait pas.

Pour mériter la haine Qui sur toi se déchaîne , Qu'as-tu fait cependant ,

toi dont 1* faiblesse Se relève et s'abaisse Soi» les baisera du vent ?

Emblème d'innocence, Ta n'as que la puissance D'inspirer d'humbles airs A la lyre ingénue ; D'enchanter notre vue Et d'embaumer les airs.

Naguère , honneur du trône , Ombrageant la couronne , Tu brillais près des rois ; Et gage de victoire , Tu guidais à la gloire Les vengeurs de nos droits.

fleur de la vallée, . .

Aux diamans mêlée Tu les éclipsais tous, Et tu parais nos belles, Sans allumer contre elles, Un stupide courroux.

Mais, retour trop funeste !

Hélas ! rien ne te reste De ta longue splendeur.

Un seul coup de la foudre A jeté dans la poudre Ta magique grandeur.

Si tu fus , dans l'orage , Arrachée au naufrage Par la main d'un enfant ;

Ta mémoire est proscrite , Et ton nom fseul irrite Un peuple triomphant.

L'amour et la vaillance

Au beau pays de France

Ont-ils pu t'oublier ?

Tes fleurs seraient mortelles

Au sein des pastourelles

Comme au cœur des guerriers ?

Nos. camps , n*s champs , nos villes ,

Pour toi n'ont plus d'asiles ;

A peine maintenant

Quelque femme craintive

En secret te cultive

Et t'admire en tremblant.

Mais ta blancheur si pure ,

Olys! de la nature Est encore l'orgueil.

Courbe ta noble tête, Attends*,, le jour de fête Succède au jour de deuil.

JuiJfcL ItUU

fee rftbtaye be tteUerate.

Ils échappent aux cris, aux fureurs de la haine, La vague maintenant les porte , les entraîne,

Loin d'un sol inhospitalier.

Notre soleil pour eux n'a plus de jours prospères, Ils vont mourir aux tien» où moururent leurs pères,

Y souffrir en paix et prier.

Sans crainte ils vogueront sur les flots de P abîme ; Leur courage pieux , résigné , magnanime,

Méprise tous les coups du sort :

Leur œil indifférent sourirait à l'orage 4 Des autans et des mers , eh ! que leur fait la rage ?

Ils cherchent le céleste port.

Pour finir parmi nous leur pénible existence , Ils avaient tout quitté : le toit de leur enfance ,

Leurs champs et l'ombre de leurs bois.

Ils avaient tout quitté : famille, honneurs , richesse, Pour vivre dans l'oubli , pour travailler sans cesse

Et gémir au pied d'une croix.

Leur vie entière était un constant sacrifice. Des tourmens jusqu'au fond ils vidaient le calice , Et le vidaient plein chaque jour !

Maïs ils n'enviaient rien aux heureux de ce monde , Ils possédaient avec l'espérance féconde Tous les dons du divin amour.

Et ces Sommes charmés de leurs devoirs austères, Ces hommes prolongeant dans les nuits solitaires

Leurs saintes méditations , Tramaient , nous disait-on , la révolte dans l'ombre, Et leurs clottres sacrés étaient l'asile sombre

Des plus haineuses passions !

Eux des conspirateurs ! 6 mensonge ! 6 blasphème ! Que du ciel sur vos fronts s'imprime l'anathème ,

Imposteurs au lâche courroux !

Quand vous êtes venus avec le bruit des armes A ces anges de paix apporter les alarmes ,

Malheureux ! ils priaient pour vous !

Oh ! s'ils ont conspiré dans taire penser» sublime*, C'était pour obtenir le pardon de vos «rimes,

C'était pour désarmer le ciel.

Ils conspiraient pour tous la tête sons la cendre , Et leur voix devenait moins craintive et plus tendre,

Pour mieux apaiser l'Éternel.

Vote les avez ehassés 1 Ah ! lorsqu'à sonné l'heure De quitter pour jamais leur tranquille demeure ,

Ils ne se sont point démentis :

Ils ont levé les yeux vers celui qui console , Et puis sans murmurer une seule parole ,

Sans soupirer, ils sont partis.

C'est que Dieu leur sourit quand l'homme les menace ; C'est qu'il n'es* point de lieu, c'est qu'il n'est point d'espace, Qui de Dieu sépare ici-bas;

C'est qu'ils n'attachent point lew ém à lapsnssière : H faut à leurs désirs {'éternelle lumière , Et non ce que foulent nos pas!

Bientôt ils toucheront les bords de la patrie , Et vers eux accourue , une foule attendrie ,

De leur sort plaindra la rigueur.

L'on connaîtra leurs maux avec leur innocence , Et l'étranger dira : Cette terre de France

Est donc maudite du Seigneur?

Viens, ma Muse pieuse et tendre, Reprenons le chemin des bois, Le siècle ne veut point t'entendre , Ses clameurs étouffent ta voix.

Laissons cette foule insensible Rouler sur la pente terrible Où rien ne peut la retenir, Allons soupirer en silence , Peut-être le Dieu de clémence Aura pitié de l'avenir!

Décembre f831.

RETOUR DU BOMIGNOIj»

Non pour toujours à nos rivages , Du printemps fils mélodieux, Non pour toujours à nos bocages Tu n'avais pas fait tes adieux.

Le ciel azuré de l'Afrique Seul ne te possédera pas ; Les nuages de L'Annorique Ont aussi pour toi des appas,

Pour chanter à l'ombre des chênes * Tu quittes l'ombre du palmier, Et l'humble genêt de nos plaines T'offre Tattrait du citronnier.

Hier, sous la blanche aubépine J'entendis des soupirs d'amour, A cette musique divine, Mon cœur salua ton retour.

Salut ! de la terre étrangère Oi> l'hiver t'avait enchaîne,

Zéphyr, sur son aile légère Dans nos vallons t'a ramené.

Oui , je te reconnais encore ; Le plaisir est toujours ta loi , Chantre du soir et de l'aurore, Aimable rossignol , c'est toi !

Toi de la terre rajeunie, Le favori, le bien-aimé , Toi qui ne vis que d'harmonie , Que d'amour et d'air parfumé.

Toi l'époux charmant et fidèle, Qui près de ta compagne heureux , Dans le bosquet cherches pour elle L'abri le plus mystérieux.

Toi, vieil amant dont le délire Retrouve ses premiers aceens , Et dont la voix meurt ou soupire Dans l'ardente ivresse des sens.

Àh ! eette voix céleste et pure N'a point là-bas laissé ses chants, Les mille échos de la nature En répètent les sons touchans.

Déjà dans la forêt profonde Tous nos oiseaux en sont jaloux , Déjà le murmure de l'onde A mon oreille n'est plus doux.

Tour à tour joyeuse ou plaintive, Ta voix par ses charmes vainqueurs

Enchaîne l'oreille attentive

Et long-temps reste dans les cœurs.

Non, dans les brises caressantes, Dans le frémissement des bois , Dans les fontaines gémissantes Rien n'est aussi doux que ta voix.

De l'amour et de l'innocence Elle peint la félicité , Le calme de l'insouciance.

L'extase de la volupté.

C'est une lyre harmonieuse , Une lyre aux brûlans accords , Qui dans Pâme tendre et rêveuse Fait naître de soudains transports.

Le grand arbre penche «a tête , Le vent s'endort dans la forêt , Le nuage flottant s'arrête , Le poète pleure et se tait ,

L'insecte écoute soos la mousse , Le torrent s'écoule sans brait, rossignol! quand ta voix douce Éveille l'écho de la nuit!

Cher voyageur, reste sans craints Dans mon bocage hospitalier; Souvent , pour entendre ta plainte , Ici je viendrai m'oublier.

J'écarterai de ton asile L'épervier toujours menaçant ,

Je ferai t«re te reptile

Et le noir corbeau croassant.

J'ai besoin de ta mélodie , Approche-toi de ton ami, Réveille mon âme engourdie Sous le poids du sort ennemi.

Nous n'avons plus que des tempêtes , Le ciel toujours est attristé , Depuis que règne sur nos tètes La despotique Liberté.

Pour chasser mes noires images , Pour me rendre ma douce paix, Depuis long-temps sous ces ombrages , rossignol ! je t'attendais.

Ils me plongent dans le délire Tes airs toujours délicieux, Ils m'enivrent et me font dire Que ta voix est l'écho des deux.

Chante ! vers mon avenir sombre Empêche -moi de regarder; Celui qui t'écoute dans l'ombre N'entend point la foudre gronder.

Chante ! afin que le bruit des villes N'approche plus de mon séjour, Et que les discordes civiles Me laissent au moins un beau jour.

Je sens que mes peines s'envolent A chaque harmonieux accord;

Tes accens joyeux me consolent , Mais tu me quitteras encor ! . . .

Hélas ! que ne puis-je te suivre , Fuir les chagrins et les autans , Et comme toi sans cesse vivre Avec l'amour et le printemps !

HYMNE A IiA RÉPUBLIQUE»

Cantate quia mirabiiia ftcil.

Chantons la république ! elle est dou ce ! elle est belle ! La voici qui revient parmi nous , 6 Français ! Aux vœux de notre amour elle n'est plus rebelle; Chantons sa gloire et ses bienfaits!

le temps fortuné , quand la hache sanglante Immolait , immolait, sans pitié , sans repos, Quand le crime insultait à la vertu tremblante , Quand sur nous régnaient les bourreaux !

le temps fortuné , quand Ton pleurait sans cesse , Quandles vieillards tombaient avec les nouveaux-nés , Quand les justes disaient , en leur sainte tristesse : Dieu nous a-t-il abandonnés ?

le temps , glorieux de plaisirs et de joie , Quand des hommes , forçant l'astle des tombeaux , Se jetaient sur les morts comme sur une proie , Et s'en disputaient les lambeaux!

le beau jour surtout , quand la mitraille ardente , De la hache effaçant les vulgaires exploits ,

Aux applaudissemens de la foule grondante , Frappait cent martyrs à la fois!

Qu'il était beau de voir le grand peuple en furie , Déguenillé , hideux , hurlant des cris de mort , Tandis qu'un vieux guerrier, sauveur de la patrie, Des traîtres subissait le sort !

Qu'il était beau de voir les tyrans régicides S'enivrer chaque nuit dans leurs palais dorés, Quand mille infortunés, pâles , sombres , livides , ; Erraient par la faim dévorés !

Qu'il était beau de voir , au sein des temples même , La prostitution s'offrant aux meurtriers , Et , d'ouïr là , parmi les ris et les blasphèmes . Le hennissement des coursiers !

Qu'il était doux 4e voir les vierges innocentes Promises à l'hymen , aux pudiques amours, Lutter en étouffant dans les eaux menaçantes , Et disparaître pour toujours !

Qu'il était doux 4e voir, sans les pouvoir défendre , Dans les feux dévorons crquler ses inur? chéris, Et de chercher après , sous la pierre et la cendre,

Les os calcinés de son fils !

Qu'il était doux de voir g«n épon&o r fm frère , Dans le fond d'un cachot expirer lentement ! . Qu'il était doux de voir la tête de sa mère Portée au bout d'un fer fumant !

C'était , c'était alors le bel âge du criipe : L'on n'assassinait point à l'heure du sommeil ;

Mais [a haine , égorgeant hardiment sa victime , Montrait son poignard au soleil !

On entassait alors ruines sur ruines , Et lorsque le délire en tous lieux triomphait, Si quelque voix parlait de vengeances divines, En blasphémant on Pétouffait 1

La France tournoyait au milieu des tempêtes , Comme un vaisseau battu de tous les vents du ciel , Et nos bourreaux riaient et prolongeaient leurs fctcs Au bord de l'abîme Éternel 1

Chantons la république! elle est douce! elle est belle! La voici qui revient parmi nous , ô Français ! Aux vœux de notre amour elle n'est plus rebelle , Chantons sa gloire et ses bienfaits !

Avril 1*1*3*

RÉPOMftE.

Vous me connaissez mal. Moi je n'ai point l'usage D'aller offrir mes vœux au premier beau visage

Qui passe en mon chemin ; Je ne sais point jurer, d'une voix solennelle , Amour à toute épreuve et constance éternelle ,

Pour oublier demain.

Mais chez moi la nature est loin d'être muette : Et si jusqu'à ce jour , dans mon cœur de poète,

Tout prêt à s'enflammer, Aucune femme encor n'a jeté l'étincelle, C'est que mes yeux, hélas ! n'ont point rencontré celle

Qui doit me faire aimer.

Trouvez-moi, trouvez-moi, dans ce monde profane, Une vierge dont l'œil craintif et diaphane

Laisse lire en son cœur ; Que le mensonge impur aussitôt effarouche , Qui jamais ne médise et refuse sa bouche

Au sourire moqueur.

Je ne demande point que l'éclat de ses charmes Mette à son seul aspect tout un sexe en. alarmes Et l'autre à ses genoux.

Mais qftféttè rttmissé itoe grâce titoifde , Une taiHe légère, tin front noMé et candide , Des regarda toujour* doux.

Que sa voix rarement sur ses lèvres s'éveille : Que jamais l'innocence en lui prêtant l'oreille

Ne rougisse à ses chants.

À la tendre pitié qtrè don cœtfr s'abaridôrtne : En maudissant le mal qu'elle soit toujours bonne ,

Même avec les médians.

Que son esprit , craignant une folâtre ivresse , A la douce gatté mêle un peu de tristesse :

Qu'elle rêve parfois :

À la mélancolie ouvrant son âme pure , Qu'elle écoute , le soir , ce vague et long murmure

Qui sort du fond des bois .

Étrangère aux partis , formant des vaux tranquilles, Qu'elle pleure sur tous en nos fureurs civiles,

Et , loin du tourbillon Où s'agite la foule aux passions livrée , Qu'elle préfère au monde une vie ignorée ,

A l'ombre d'un vallon.

Oh! puisse à mes regards qui la cherchent sans cesse, Cette femme qu'attend mon oisive jeunesse ,

Se présenter un jour !

Alors tout embrasé d'une chaste espérance , Ce cœur que vous croyez glacé d'indifférence

Ne vivra que d'amour.

Novembre 183*.

IiB BOUOE-OOIKUB.

Pauvre oiseau que Ton oublie !

Malgré les vents en courroux , Malgré la brume et la pluie Il chante encore pour nous.

De son timide murmure J'aime les sons gémissans ; Du concert de la nature Ce sont les derniers accens.

Quand de la terre engourdie Ne s'élève aucune voix, Il répand sa mélodie Sur la tristesse des bois.

Dieu ne peignit point son aile Des Couleurs de la beauté , Il n'a , comme Philomèle , Que sa voix et sa gatté.

Mais pour <lîentendre en silence , Moi je m'arrête toujours:

C'est un ami de l'enfance , L'ami de mes plus beaux Joui*.

En écoutant son langage Plein de charme et de douceur , Les souvenirs du jeune âge Se réveillent dans mon coeur.

A cet âge d'innocence J'aimais surtout les oiseaux , Je souffrais de leur souffrance Et je soulageais leurs mata.

Bla prévoyante tendresse Pour eux , dans l'hiver cruel , Balayait la neige épaisse Devant le seuil paternel.

Comme des enfans candides Que leur mère appelle à soi , Les rouge-gorges avides Accouraient autour de moi.

Ils venaient l'aile pendante , Transis , prendre bien joyeux Une pâture abondante Qu'ils dévoraient sous mes yeux.

Tant que durait la froidure , Je leur donnais les secours Qu'à sa pauvre créature Le bon Dieu garde toujours

Naguère quand la tempête Dévastait mon toit chéri , Et que , pour sauver ma tête , Des bois je cherchais l'abri t

Dans la solitude horrible Où je fuyais le trépas , Un rouge-gorge sensible Seul me visitait, hélas !

Sur ma hutte de feuillage r Il se reposait souvent x Et mêlait son doux ramage Au souffle léger du vent.

Sentinelle alerte et vive , Il gardait mon vert manoir,

Pois dînait , humble cowme , Des miettes de mon pria noir.

Oh ! je crois le voir encore Perché sur l'arbuste en fleurs , Me saluant dès Panrtoe De ses chants cossotateuro.

De mon pénible sourire Il paraissait attendri , Et sa voix semblait me être :

Je t'aime, pauvfre proscrit!

A ses accens, la vengeance Dans mon âme se taisait, Et la joyeuse espérance De beaux songes me berçait.

Chantre plaintif de l'automne , Toi qui fus mon compagnon , Qu'un ciel doux et pur rayonne Sans cesse sur ton vallon !

Que notre Père invisible Te défende des autours , Qu'il te donne un nid paisible Et de constantes amours!

Oh ! fuis la cage fatale Où l'oiseau vit désolé , «Et de ta forêt natale, Ne sois jamais exilé!

Novembre 1892»

ABOUTION DU IHBUIIi EXPIATOIBE2

toi 21 janbtet.

Dans le divin séjour où son âme est ravie, S'enivrantau torrent d'allégresse et de vie, An milieu des transports d'un ineffable amour, Couronné des rayons de la gloire éternelle , Louis n'a pas besoin , ô France criminelle , De tes larmes d'un jour!

Louis n'a pas besoin de nos chants funéraires ; Il habite à jamais ces lumineuses sphères Où les harpes du ciel retentissent sans fin ; Où des saints inclinés la foule radieuse Écoute les soupirs, la voix mélodieuse, Bu brûlant séraphin.

Louis n'a pas besoin de nos vaines louanges , Au fortuné martyr, admis parmi les anges, Qu'importent quelques mots murmurés ici-bas ? A celui qui peut voir le Très-Haut face-à-face, Qu'importe un peu d'encens, qui fume et qui s'efface Dans l'ombre , sous ses pas?

Janvier 1833.

Un soir , les vents formaient de longs accords Bans les rameaux dépouillés de verdure, Et moi , pensif à ce triste murmure , D'un vaste étang je parcourais les bords ,

Bords regrettés , où souvent sans alarme Je poursuivis des songes pleins de charme , Où quelquefois mon esprit enivré Crut entrevoir un avenir doré !

Au bruit plaintif des ondes balancées , Je laissais fuir mes tranquilles pensées, Et j'admirais , poète insoucieux , Un bataillon d'agiles hirondelles Qui tour-à-tour , en leur vol gracieux , Venaient mouiller la pointe de leurs ailes, Et remontaient se perdre au fond des cieux.

Elles passaient et repassaient sans cesse , Et des rayons du jour prêt à mourir, Avec ivresse elles semblaient jouir.

Mais leur gaîté m'inspirait là tristesse ; Je soupirais à leur chant d'allégresse. Bientôt , hélas ! tous ces frileux amis Allaient partir , et de leurs derniers cris

Ils saluaient le ciel de l'Armorique.

Je les suivais d'un œil mélancolique ,

Et je disais , touché de leur adieu :

Vous qui partez pour si lointain voyage ,

Pauvres oiseaux, soyez bénis de Dieu ;

Parmi les vents , sur les mers , dans l'orage ,

Que sa bonté vous protège en tout lieu ;

Et puissiez-vous, sur cet heureux rivage ,

Avec vos jeux et vos douces amours ,

Revenir tous au soleil des beaux jours !

Ainsi tout bas parlait ma voix émue

Mes longs regards, sur Tonde et dansla nue ,

Suivaient toujours le bataillon joyeux;

Et cependant , trop hâtive à mes yeux ,

La nuit tombait. A chaque ombre nouvelle

Les champs de Pair perdaient quelque hirondelle ;

La troupe entière enfin s'évanouit

Et me laissa seul , plongé dans la nuit.

Avec l'espoir d* le» revoir encore

Le lendemain T> a».4ever de Paurore ,

Je vins m'asseoir long-taupe au bord des eaux;

Mais vainement j'attendais mes oiseaux;

L'étang, le ciel, tout reata solitaire f

Je n'entendis que la brise légère

Qui caressait le mobile roseau ,

Et je ne vis qu'une pauvre bergère

Qui tremblottatt m tournant son fuseau.

Janvier 18S3.

AWONJ.

Le vent du soir siffle dans les cordages, La voile s'enfle et fait gémir les mâts , Bretagne , adteti ! Mti de les nobles plages Je tow, hélas!

L'astre des nuits suit son cours pacifique , Son doux rayon f de nulle ombre voilé, Vient caresser le front mélancolique De l'exilé.

Du firmament je contemple la voûte, Et près de moi , tranquillement assis, Un matelot chante en rêvant sans doute A son pays.

mon pays ! je songe à toi sans cesse , Si l'Océan te sépare de moi , Tous mes soupirs d'amour et de tristesse Volent vers toi.

mon pays! cette blanche lumière, Qui prête aux flots un jour mystérieux ,

Éclaire aussi le vallon solitaire De mes aïeux.

mon pays ! dans sa triste demeure ,

Prés du foyer , à genoux maintenant,

Ma pauvre mère inconsolable , pleure

Sur son enfant.

mon pays 1 ô mon bonheur suprême !

M'ont- ils banni de ton sein sans retour?

Ne dois-je plus revoir ces lieux que j'aime De tant d'amour ?

IiA MMB OU PRO0CBIT.

D'où viens-tu, charmante compagne ?

Au bord des mers, au fond des bois , Dans le vallon , sur la montagne, J'ai crié ton nom mille fois.

Te voilà donc ! de ton absence J'étais déjà bien soucieux, Tu me rends , avec ta présence Tous mes songes délicieux.

Te voilà , toujours jeune et belle!

Ton regard fier et caressant N'a pas changé , te voilà telle Que tu charmais l'adolescent.

Respectant tes grâces divines , L'aquilon ne touche jamais A ton frais bouquet d'églantines , A ta couronne de bluets.

Souris-moi , tendre enchanteresse , Car, plein de regrets superflus ,

Mon cœur redemande sans cesse Ces jours heureux qui ne sont plus.

Je pleure ce temps si prospère Où de mon ciel brillant et pur , Aucune vapeur de la terre N'avait encor terni l'azur.

le monde à mes destins tranquilles N'imposait point ses dures lois ; Je lui laissais le bruit des villes , Il me laissait la paix des bois.

L'oubli sur ma vie inconnue Jetait son voile protecteur, Et jamais plus loin que ma vue Mes désirs n'égaraient mon cœur.

Du sort Jaloux qui me condamne , Je ne sens plus l'injuste affront , Quand ta main blanche et diaphane En jouant caresse mon front.

J'aime , j'aime , autant que mon âme , Le parfum de tes blonds cheveux , Et la mélancolique flamme Que jette l'azur de tes yeux.

Oui, ma douce Muse , je t'aime, Toi, tu ne troubles point mes jours , Ta tendresse est toujours la même , Ta bouche me sourit toujours.

Tu ne livreras point ma vie , Triste et seule à son mal rongeur ,

Tu seras , 6 céleste amie , Fidèle à mon sort voyageur.

Viens , mon espérance dernière , Nous suivrons le même sentier , À moi tu seras tout entière , A toi je serai tout entier.

Le vent de l'exil qui m'entraîne Bientôt emportera nos pas Vers plus d'une rive lointaine Où le bonheur ne m'attend pas.

Nous verrons cette île fameuse Qui jouit de tous nos revers , Où, reine superbe et brumeuse , Londres fait peircfter l'univers.

Nous verrons des mers mugissantes Le Batave enchaîner les eaux, Et fonder ses villes puissantes Sur le sol tremblant des roseaux,

De la gothique Germanie Nous verrons les sombres castels, Où vit encore le génie Des mélodieux ménestrels.

Nous verrons la molle Italie, Son ciel si pur , ses champs si beaux , Où Pâme rêveuse s'oublie Parmi les fleurs et les tombeaux.

Mais, hélas ! dans ce long voyage Nous ne goûterons le repos ,

Que comme l'oiseau de passage Pour fuir vers des dimats nouveaux.

Constant dans ma vie inconstante , Chaque jour me verra changer ; Je ne puis avoir qu'une tente Sur la terre de l'étranger.

Si parfois , charmé d'une rive Que le ciel de ses dons combla , Je m'arrête , une voix plaintive Me dit : ce n'est point encor là!

Dans notre course vagabonde , Pèlerins des nobles débris , Nous irons demander au monde Les souvenirs de mon pays.

Sans doute les champs de Ravenne N'auront point oublié Gaston , Le Rhin me nommera Turenne , Et l'univers Napoléon.

Chez tous les peuples de la terre, Par un glaive victorieux , Le nom de la France, ma mère, Fut écrit en traits glorieux.

Moi, sur ces traces immortelles, Dans un rêve d'orgueil plongé, Du poids de mes peines cruelles Je me sentirai soulagé.

Le ciel sans doute à mes jours sombres Mêlera quelque jour serein,

Il placera de fraîches ombres Et des sources sur mon chemin.

L'espérance, prompte à renaître, Viendra me bercer quelquefois , Et nous retrouverons , peut-être , Nos plaisirs chéris d'autrefois.

Oui, nous irons encore ensemble Écouter sous la vieille tour, Le vent qui dans les créneaux semble Un soupir de gloire et d'amour.

Sur la colline solitaire Avec l'aurore nous irons Bénir le maître tutélaire Des hommes et des moucherons.

Devant l'humble fleur de la plaine Et devant l'immense Océan y De la fière puissance humaine Nous confesserons le néant,

Nous plaindrons le lys que l'orage Brisa de son souffle jaloux , Nous applaudirons au courage Qui du sort brave tous les coups.

De l'injustice couronnée Nos chants troubleront le repos, Et dans sa tombe abandonnée lis consoleront le héros.

Nous prierons pour que la colombe Échappe aux serres du vautour,

Pour que l'innocent qui succombe , En Dieu trouve un vengeur un jour.

Surtout , 6 compagne chérie , Avec un cœur pur et fervent , Pour le bonheur de ma patrie, Nous prierons , nous prierons souvent.

Car, fils pieux, je l'aime encore, Malgré son aveugle rigueur, Et toujours son nom que j'adore Retentit au fond de mon cœur.

Mais puisque son fatal délire Me chasse loin de mon berceau , Nous attendrons * sans la maudire, Que ses bras s'ouvrent de nouveau.

Nous attendrons ! Dans les ténèbres L'œil croit au retour du soleil ; Je crois qu'après ces jours funèbres La justice aura son réveil.

Jamais au désespoir stérile Mon âme ne se livrera, Jamais une plainte servile De ma bouche ne sortira.

Préférant au bonheur du crime Une infortune sans remords, Le poète , au sort qui l'opprime , Répond par de nobles accords.

Le malheur , en frappant sa tête, Enflamme son génie en deuil;

Il chante , au sein de la tempête , Gomme l'alcyon sur recueil !

Ah ! cependant si dans l'orage , Muse , un jour , je ne chantais plus ; Si , pour ranimer mon courage , Tes efforts étaient superflus ,

Si de ses souffrances sans nombre L'exil accablait ma raison , Si l'espoir , à mon âme sombre r Retirait son dernier rayon ;

Pour porter cette vie amère , Pour vaincre ces maux renaissans , Je me souviendrais de ma mère , Qui pleure ses trois fils absens.

Juin 18S3.

LB LAC PB «BMfi¥B«

Je t'aime, beau Léman ! sur tes charmantes rives Je reviens chaque jour endormir ma douleur 1 Je t'aime , beau Léman , car tes ondes plaintives Semblent gémir avec mon cœur.

Hélas ! ainsi que moi tu connais les orages , Ton sein a tour à tour son calme et ses transports, Tu ne viens pas sans cesse , à tes heureuses plages , Soupirer de tendres accords.

Hier, tu mugissais comme une mer terrible ,

« Hier, tu te brisais écumant , furieux ,

Et ta lame aujourd'hui , caressante , paisible ,

N'a qu'un murmure harmonieux.

Oh ! que j'aime à te voir quand le soleil décline Bercer ses rayons d'or dans tes vagues d'azur, Ou réfléchir, la nuit , la majesté divine D'un ciel silencieux et pur !

Que j'aime à contempler cette barque lointaine Qui fuit et se balance au souffle du zéphyr,

Tandis qu'à mon oreille une brise incertaine Apporte les chants du plaisir.

Moi-même quelquefois ici je prends la rame , ' Et seul je vais errer sur ton sein onduleux ; Le branle de tes flots plonge et berce mon âme Dans un repos voluptueux.

Mais daignes-tu , beau lac , recevoir mes hommages ? D'un jeune homme inconnu tu ne vois point les p I eurs, Trop de mortels fameux ont rempli tes rivages De leur gloire ou de leurs malheurs.

Le génie a laissé son empreinte immortelle

Sur ces bords. Chaque pierre où le flot vient mourir,

Chaque Ile , chaque mont , chaque arbre ici rappelle

Un poétique souvenir.

Là , Voltaire abusant de sa vaste puissance Soufflait aux nations le poison de Terreur ; Ici Rousseau prêtait sa rêveuse éloquence A tous les délires du cœur.

Au fond de ce château , Staél , paisible exilée, Inquiétait encor le glorieu* tyran Dont tous les rois vaincus de l'Europe accablée Adoraient le bras conquérant.

Sur ces ombrages verts , sur ces eaux ravissantes , Sur ce. bleu firmament jetant un voile noir, Le fier Byron tirait des plaintes menaçantes De la lyre du désespoir.

Plus tard, le cœur rempli d'une douleur profonde , Lamartine venait , cygne mélodieux,

Exhaler sur ces bords, au murmure de l'onde, Ses chants répétés dans les deux.

Adieu , beau lac! En vain tu m'offres mille charmes, Sous tes flots de cristal en vain tu me souris, Toujours en t' admirant je sens couler mes larmes

Au souvenir de mon pays.

Hélas ! qui me rendra ma Vendée immortelle y Mes genêts , mes ruisseaux , mes landes , mes grands bois, Et cet heureux foyer où ma mère près d'elle Nous réunissait autrefois?

Sur la terre étrangère à Dieu je m'abandonne ; Comme le voyageur égaré dans la nuit, Comme l'oiseau qui part au souffle de l'automne, Je vais où sa main me conduit.

Je promène en tous lieux mon errante disgrâce , Sans laisser nulle part ni traces ni regrets ! Qu'importe à ce vain monde un malheureux qui passe Et qui s'éloigne pour jamais?

Pourtant si je rentrais au sein de )a patrie , Et que d'un long exil effaçant la rigueur, Une femme daignât , de mes maux attendrie , Appuyer sa main sur mon cœur,

Ici je reviendrais, mais non plus solitaire , Je reviendrais jouir, au déclin d*un beau jour, Des plus célestes dons que Dieu fit à la terre : Les bords du Léman et l'amour.

Août 1833.

ÉCRIT DJJM LES AliPB».

Depuis quatre mille ans neiges amoncelées t Avalanches au loin tonnant dans les vallées , Ténébreuses forêts , glaciers éblouissans , Torrens impétueux , gouffres étourdissans ,

ISO

Quelle sublime voix . quel pinceau , quelle lyre Pourrait vous retracer, vous chanter, vous décrire ? Combien l'homme est petit, prodiges, devant vous ! Devant vous je ne sais que plier les genoux ! Salut, azur divin! salut astre de flamme!

Salut merveilleuses beautés !

Quel immense horizon et quels flots de clartés! Vous n'aviez point encore , Ô mes yeux ! 6 mon âme ! Vous n'aviez point joui de tant de voluptés.

Je sens couler des pleurs d'ivresse, Le monde à mes regards semble être rajeuni , Et ma pensée ardente oubliant sa tristesse

Vole seule dans l'infini.

Non , je ne suis point seul ! Dieu partout, Dieu sans cesse Du poids de sa grandeur accable ma faiblesse : Oui , sans cesse , partout , mon esprit éperdu Rend hommage à sa gloire et tombe confondu.

Vous dont j'admire ici la masse incomparable , Vieux monts, que l'Éternel plaça comme un degré

De son trône redoutable , Vous n'êtes pas pour lui plus que le grain de sable

Que la fourmi roule à son gré.

Les siècles ont passé sans abaisser vos têtes ;

Et les frimats et les tempêtes Y brisent tour à tour leurs efforts superflus; Mais, colosses puissans que l'œil mesure à peine , Si de ces lieux un jour Dieu veut faire une plaine > Il soufflera sur vous et vous ne serez plus !

7 Août 1 83.1

Sur la crête d'un rocher sombre, Hier j'admirais une fleur, Qui, des vents battue et sans ombre, Brillait d'une vive fraîcheur.

Aux feux du jour, à la tempête, Elle étalait la pourpre et l'or, Et, tremblant pour sa jeune tête, Hélas ! moi je plaignais son sort.

Mais aujourd'hui la faible plante Bravait encor vent et soleil; Ni souffle , ni chaleur brûlante N'avaient flétri son front vermeil.

Je cherchais en vain à comprendre Comment, sous le ciel en courroux, Une herbe si frêle et si tendre Résistait seule à tant de coups.

Lorsqu'avec un regard avide , Sur sa tige m'étant penché , Je vis un diamant liquide Au fond du calice caché.

Ce bienfait de la Providence Versé chaque nuit par les deux , Était là, comme l'espérance, Au fond du cœur d'un malheureux.

Or, d'une pieuse pensée Mon esprit tout-à-coup saisi

Bravant la goutte de ro9ée Demeura comme anéanti.

Et j'adorai la main divine , La main qui veille en même temps Sur l'humble fleur de la colline Et sur les astres éelatans.

Si je restais ici? d'un stérile voyage Si je bornais le cours ?

Parmi les chevriers de ce pauvre village Si je cachai* mes jour»?

Je ferais bien peut-être ? aux orages du monde

J'arracherais mon sort , Comme le matelot qui, fatigué de Tonde ,

Rentre à l'abri du port.

Derrière ce rempart de ctmes éternelles ,-

Dans ces vallons perdus , mortels insensés, le bruit de vos querelles

Ne me parviendrait plus.

Laissant à leurs combats , à leurs brûlantes haines ,

Les peuples et les rois , Je gravirais ces monts jusqu'aux lointains domaines

De l'aigle et du chamois.

Et là j'assisterais à ces splendides fêtes , A ces divins concerts

Que donnent les torrens , la foudre et les tempêtes A Vamant des déserts.

Promenant nies regards sur l'horizon immense ,

A mes pieds je Terrais , Comme une humble moisson que le zéphyr balance,

Ondoyer les forêts.

J'admirerais au bord des joyeuses cascades

Ces palais enchantés , Dont on Yoit s'écrouler les magiques arcades

Aux rayons des. étés.

Puis à l'heure charmante où la montagne brille

Des derniers feux du jour, Où le bon chasseur pense à sa jeune famille

Et hâte son retour ;

A l'heure où le poète allume son génie

Au nocturne flambeau , Rêveur, j'écouterais la pieuse harmonie

Des cloches du hameau.

loin de ce monde injuste où l'égoïsme infâme

A glacé tous les cœurs , Ici je trouverais avec la paix de Pâme

L'oubli de mes douleurs.

Oui, restons, cachons-nous dans ce val solitaire

Et vivons inconnu; Nul, en parlant de moi, ne dira sur la terre :

Qu'est-il donc devenu ?

& Septembre.

Les nuages ce soir fuyaient vers l'occident , Et j'ai long-temps pleuré seul en les regardant. Hélas 1 mon beau pays ! ma France ! ces nuages , Plus fortunés que nei, verront tes doux rivages!

O Septembre.

Parmi les rocs sans nombre Qui bordent le torrent, Au pied d'un sapin sombre Il s'est assis à l'ombre , Pauvre proscrit errant !

Son audace s'apprête A franchir un grand mont , Et près d'atteindre au faite > Un instant il s'arrête Pour essuyer son front.

Devant lui l'étendue D'un ciel immense et pur Se déroule , et sa vue S'égare au loin perdue Sur des sommets d'azur.

Une forêt semée Des mains du Créateur, Par mille oiseaux charmée, Se balance embaumée Autour du voyageur.

Vingt pics qui se hérissent , Couronnés de glaçons , Sur son front resplendissent, Et sous ses pieds jaunissent De flottantes moissons.

Une insensible haleine Lui porte tour à tour, La voix sourde et lointaine Des troupeaux de la plaine Et le cri du vautour.

Il voit dans la vallée , Près du toit des pasteurs , Bondir, échevelée f La cascade voilée De verdure et de fleurs.

Il voit le lac limpide, Image du sommeil , Où la brise timide N'ose faire une ride Au miroir du soleil.

L'astre dans sa carrière Sourit et monte encor, Et sa vive lumière Sur la nature entière Se répand à flots d'or.

Mais ce spectacle immense , Sublime et gracieux , Charme peu la souffrance De l'exilé qui pense Au toit de ses aïeux.

Dans ces mcmts , «dans ces ondes Au murmure flatteur, Dans ces plaines féeondes, Dans ces forêts profondes Rien ne parle à son cœur !

En tous lieux la tristesse Accompagne ses pas ; Mais quelle douce ivresse Au chagrin qui l'oppresse Succéderait, hélas!

Si , tandis qu'il chemine , Tu lui montrais , ô ciel ! * Son clocher, sa colline , Et les bois que domine Le manoir paternel !

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