‹ Poésies d'un proscritChapitre 12 sur 13 · LEVER DU SOLEIL A JERSEY · texte numérisé non relu

LEVER DU SOLEIL A JERSEY

Gomme elle est pâle, ta lumière !

Qui donc à ton aurore ainsi te fait languir ? Brillant soleil , amour de la nature entière ,

On dirait que tu vas mourir !

A voir la tristesse profonde De ton front éclipsé qui lutte avec la nuit , Roi dont le diadème éclaire notre monde ,

On dirait que Dieu t'a maudit ?

Non ; non , la colère éternelle N'a pas encore éteint le pur flambeau des jours; Non , Dieu n'a point maudit son œuvre la plus belle,

Et sa main te conduit toujours !

Mais ce sont des vapeurs funèbres Qui montent de la terre aux pures régions , Et, nuages jaloux j opposent leurs ténèbres

A la splendeur de tes rayons.

C'est ainsi qu'éteignant fa flamme Qui versait dans mbti eeta la joie et la chaleur,

Les ombres de l'exil ont jeté sur mon âme Le voile épais de la douleur.

Les jours, les mois et les années Passent sans amener le moment du retour, Et mes illusions, comme des fleurs fanées,

Tombent et meurent tour- à-tour!

Seulement , là je garde encore , Pour torturer ma vie , un sentiment fatal , Sentiment immortel qui charme et qui dévore

L'amour brûlant du sol natal !

Lorsque du haut de la colline , France ! j'aperçois ton bord qui me sourit , Les élans de mon cœur déchirent ma poitrine. .

Les élans du cœur d'un proscrit!.. .

Mais de ma destinée amère, Jusqu'au bout , sans faiblir , je subirai la loi ; J'ai pour me consoler ces mots d'un noble père :

Mon fils, je suis content de toi.

MaA VAIiliÉE D'ORVAULT

($lrè* be Hante*).

Y allons de paix, salut! salut , collines vertes Qui m 1 avez caché dans vos bois ;

Douces maisons , toujours à l'infortune ouvertes , Salut! enfin je vous revois.

Ici rien de changé, rien, l'amitié fidèle Comme autrefois m'a pris la main ;

Tous m'ont dit : Venez vite au toit qui vous rappelle, Et n'attendez point à demain !

Et je suis venu vite , et j'ai versé des larmes En contemplant ces lieux chéris,

Où d'une vie errante oubliant les alarmes , Je bénissais mes jours proscrits.

En de lointains climats j'ai traîné ma souffrance;

Mais, malgré les destins jaloux , Amis, mes vrais amis, durant ma longue absence ,

Mon cœur est resté près de vous.

Née au sein du malheur , mon amitié constante Fut comme l'arbre du rocher

Que la rage des vents incessamment tourmente Sans poufoir jamais l'arracher.

Oh ! l'exil m 1 a fait voir des merveilles sans nombre;

Mais pour dissiper mes douleurs En vain tout souriait là-bas, je restais sombre

Devant cent tableaux enchanteurs.

J'ai vu ces fiers sommets où d'extase remplie ,

L'âme converse avec les cieux ; J'ai vu ces mers d'azur qui baisent l'Italie

Avec leurs flots mélodieux;

J'ai vu Naples , j'ai vu la mourante Venise ,

Qui ne yit plus que par l'amour ; J'ai vu mille cités que la gloire éternise ,

Orvault, sans t'oublier un jour !

Sur ces bords renommés que le poète adore ;

Orvault, je pleurais à ton nom :

À tes vieux châtaigniers , oui , je songeais encore ,

Sous le dôme du Panthéon !

Maintenant que le ciel m'offre après tant d'orages

Quelques jours de tranquillité , Je reviendrai souvent m'asseoir sous tes ombrages,

Pays de l'hospitalité !

Septembre 1830.

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