‹ Poésies d'un proscritChapitre 11 sur 13 · CHANT D'EXIL · texte numérisé non relu

CHANT D'EXIL

Sedimuê et jleviniuê

cùm recorda reinur Sion,

Fatigués de la joie et des plaisirs d'un monde Qui rit à notre cœur de regrets déchiré, Infortunés proscrits , le soir , au bord de Tonde y Nous nous sommes assis et nousavons pleuré.

Oh ! quand re verrons- nous la Loire aux doux rivages, Et la noble Vendée aux chaumes glorieux, Et le toit paternel, et les épais ombrages Qu'avait plantés , pour nous, la main de nos aïeux ?

Oh ! quand descendrons- mms la riante colline Qui contre l'aquilon protège nos hameaux?

Quand respirerons-nous le parfum d'aubépine Qui s'exhale la nuit du bord de nos ruisseaux?

Oh ! quand bénirons-nous dans nos temples rustiques Le Dieu qui nous rendra la justice et la paix ? Quand irons-nous prier dans les champs héroïques Où nos pères sont morts pour revivre à jamais ?

Loin des lieux adorés où coula notre eifaace , Nous* traînons de longs jours par la douleur fétris.

Hélas ! pour le porter aux lèvres d'une mère , Nul ne recueillera notre dernier soupir !

Un étranger , peut-être en maudissant sa peine , Par pitié couvrira nos restes ignorés ; Tandis que vous , amis , S l'ombre du grand chêne, Près, de la vieille église , un jour vous dormirez !

Rcverrons-nous jamais la Loire aux doux rivages ? Où le vent du malheur chassera-t-il nos pas ? Dieu le sait f mais jetés aux plus lointaines plages , Terre de nos aïeux , nous ne t'oublierons pas !

UN CIMETIÈRE AU BORD DE ïi A MEB,

Ici j'aime à rêver lorsque te ciel est sombre , Lorsque la hante mer bat de ses flots sans nombre Les mars retentissaas de l'asile des morts , Et jette aux verts tombeaux l'écume de ses bords.

Là , tandis qu'à mes pieds la vague monte et gronde , Que l'aquilon répond à la fureur de l'onde, Que tout, autour de moi, n'est que bruit et tourment, Mon àme se recueille et repose un moment; Il semble que l'orage en troublant la nature De mes regrets crue\s flppaise le .murmure , Et que le vent de mer qui fait languir les fleurs Ait le don moins fatal de suspendre mes pleurs. Je goûte un plaisir triste à" promener ma vue , Parmi les noirs rochers de cette terre nue, A parcourir, de l'œil , ces rustiques abris, Dont souvent la tempête emporta des débris; J'aime à voir scintiller , près de la tour croulante , Le bûcher de bois mort dont la flamme tremblante, Réchauffe le pasteur , tandis que son troupeau Va brouter à Tentour les herbes du coteau. .

Puis je contemple; ému , cet Océan immense Qui du maître éternel proclame la puissance.

Sur le sein bouillonnant de l'humide désert

Mon regard étonné se fatigue et se perd.

J'admire dans son vol la mouette plaintive

Qui rase en tournoyant les brisans de la rive ,

Et je suis de mes vœux le vaisseau voyageur

Que l'ouragan jaloux ballotté en sa fureur.

Hélas ! de mon destin ce navire est l'image;

Gomme lui j'ai quitté le paternel rivage ;

Je lutte , comme lui , faible jouet du sort ,

Et comme lui j'aspire à retourner au port.

Mais si l'esquif échappe à la vague écumante ,

Demain ses matelots, oubliant la tourmente,

Vogueront triomphans sous un ciel azuré ,

Et moi , comme aujourd'hui , demain je souffrirai !

Qu'il est lourd le fardeau de mon errante vie !

Qu'il est long mon exil ! combien je porte envie

A ces morts inconnus , pauvres fils du vallon,

Qui n'ont pour monument qu'un tertre de gazon !

SousThumbletoUde chaume ou vécurent leurs pères Ils ont coulé des jours oubliés , mais prospères , Et lorsque s'est couché leur suprême soleil , Ils se sont endormis dans l'espoir du réveil.

vous qui , comme moi , bannis de notre France , Portez avec orgueil votre noble souffrance , Sur la terre d'exil, compagnons , si je meurs , Accomplissez le vœu que j'adresse à vos cœurs. Souvenez-vous qu'au bord de l'Océan que j'aime, D'avance je choisis la demeure suprême Où je ne craindrai plus ni douleurs ni revers. Sous ces ormeaux courbés par la brise des mers , Tout près des flots, au pied de l'église en ruine, Dont le clocher fendu vers .mon pays s'incline , Faites creuser ici le lit de mon repos , Et , sans pompe , venez y déposer mes os.

Que nulle lettre d'or , nulle orgueilleuse pierre , N'indique à l'étranger la place de ma bière; Plantez-y seulement l'humble croix de mon Dieu Et donnez à ma cendre une larme d'adieu.

Là , pour charmer ma nuit longue et mélancolique,. Le murmure chéri des vents de l'Ârmorique , Et le gémissement des vagues sur l'écueil , Endormiront mon ombre au fond de son cercueil. Dans la froide saison où le feuillage tombe , Le rouge-gorge ami chantera sur ma tombe , Et lorsque le printemps, hâtant son doux retour T Viendra tout ranimer de son souffle d'amour , A ce sol infécond ma dépouille mêlée Donnera quelques fleurs à l'aride vallée...

Mais peut-être , ô mon Dieu ! la terre où je naquis Ne repoussera pas les cendres de son fils !

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