LES PLONGEONS
ht a to*aé& br ferme.
C'était un jour d'automne , un jour mélancolique * Comme en donne souvent le eiel de TArmorique , Le passereau blotti sous les toits se taisait, La rue était déserte , un vent froid gémissait.
Dans un voile brumeux Ferrare ensevelie Pleurait les doux rayons du soleil d'Italie , Et moi parmi les tours et les mornes palais , D'un pas indifférent , seul et rêveur j'allais. J'allais , et sous le poids d'une amère pensée , Mon âme en vain luttait de tristesse oppressée , Car, hélas ! je sortais de la sombre prison Où du grand Torquato s'éteignit la raison.
Je comptais les tourmens et l'affreuse agonie Dont il avait payé sa gloire et son génie , Et je bénissais Dieu dans mon cœur ingénu De m'avoir fait pour vivre et mourir inconnu.
Arrivé sur le bord de cette onde tranquille Qui baigne tristement les remparts de la ville, Je m'assis , et bientôt j'aperçus deux plongeons Se glissant .à travers une forêt de joncs.
Derrière un large pan des murailles croulantes Où la guerre jadis levait ses mains sanglantes, J'observais ces oiseaux, couple d'amis heureux Qui ne me savaient pas spectateur de leurs jeux. Je voyais tour à tour leur tête vive et noire S'effacer ou briller comme un reflet de moire ; Je les voyais sortir de leur abri mouvant , S'avancer inquiets , rentrer au moindre vent , Revenir, par degrés prendre un peu d'assurance , Et loin du bord enfin , voguer sans défiance. Sur les paisibles flots des antiques fossés, Tantôt ils sommeillaient , côte à côte bercés , Et tantôt effleurant leur domaine liquide, Volaient au même but d'une course rapide , Pour capturer la mouche et L'humble vermisseau ; Qu'un souffle bienfaisant leur apportait sur l'eau. Dans les ébats sans fin d'une gaité peureuse , Ils allaient se croiser sous l'onde ténébreuse ,
Reparaissaient bien loin et se cherchant des yeux , Ravis de se revoir, jetaient un cri joyeux :
Puis ils se rapprochaient, se caressaient de l'aile Sans cesse me charmant d'une scène nouvelle.
Tandis que la nature , hélas! autour de moi , D'un deuil universel semblait sflbir la loi , Eux , folâtres amis , se jouaient dans la brume , Et faisaient ruisseler les ondes sur leur plume. Au bord du même lac, dans les mêmes roseaux, Sans doute , ils étaient nés , ces deux pauvres oiseaux , Et , sans doute , déjà sous ses feuilles naissantes Avril avait caché leurs amours innocentes.
Ils avaient supporté, compagnons en tout lieu, Et les hivers de glace, et les étés de feu , Et de leur sort contents , ne demandaient au monde Qu'un nid de joncs., avec la liberté sur Tonde.
Cependant le brouillard allait s'épaississant , Un vent plus froid courbait le roseau frémissant ; Le couple disparut à ma vue attentive :
Alors je m'éloignai lentement de la rive.
Durant quelques instants, là j'avais oublié, Rêveur, silencieux , sur le coude appuyé , Que le ciel éprouvait ma jeunesse flétrie , Et que mes pas errans n'avaient plus de patrie!
Novembre 1834.