‹ Poésies d'un proscritChapitre 7 sur 13 · A UN RELIGIEUX DU COUVENT · texte numérisé non relu

A UN RELIGIEUX DU COUVENT

Dans l'orageuse vie Où m'a jeté le sort , Mou frère , que j'envie L'abri de vptre port !

La vague inquiétude Qui tourmente mon cœur , Fuit de la solitude , Où votre unique étude Est l'amour du Seigneur.

Tandis que la boussole Que nous prêta l'orgueil , Loin du céleste pôle Nous entraîne à l'écueil , Assis sur le rivage, Sans plus craindre les flots , Vous contemplez l'orage Et vous criez : Courage !

Aux pauvres matelots.

Car pour les fils du monde Qui vous ont oublié ,

Toujours votre âme abonde D'une tendre pitié , Toujours, ami sincère, Vous plaignez leurs douleurs , Toujours , bon solitaire , Vous fixez sur la terre Des yeux mouillés de pleurs.

Parmi ces monts sublimes , Lorsque la nuit descend, Vous allez , pour nos crimes , Fléchir le Tout-Puissant.

Là, sous la voûte immense De saphir et de feu , Au milieu du silence, Votre humble voix s'élance Jusqu'au trône dé Dieu.

Oui , priez pour les hommes En proie aux maux cruels , Pour tous , tant que nous sommes , Souffrans ou criminels.

Vous prierez , je l'espère , Vous que le ciel entend > Pour ma France si cMre , Et surtout pour ma mère Qui pleure et qui m'attend.

Si vive est l'espérance Qui rayonne en vos yeux , Que les anges , je pense , Vous l'apportent des deux.

En songe ils apparaissent Au pénitent obscur, De leurs chante Us le bercent

Et puis ils le caressent De leurs ailes d'azur.

Dans cet asile austère , Vous vivrez inconnu, En exhalant, mon frère , Votre douce vertu, Comme ces fleurs pourprées, Amantes des hauts lieux , Qui jamais admirées , Se fanent ignorées En parfumant les cieux.

Août 18S4.

MAPMGS.

Veder iS'apoli e pot mort.

Me voilà donc enfin sous ton ciel enchanté , Terre de l'harmonie et de la volupté !

La voilà cette mer dont la plainte éternelle , Aussi douce parfois que la voix maternelle ,

Nous berce et nous endort dans un sommeil divin ;

Voilà cet horizon sans nuage et sans fin ,

Où le regard , errant de merveille en merveille ,

Aime encore aujourd'hui ce qu'il aimait la veille ,

Et parmi les beautés de la terre et des flots

Se promène indécis et jouit sans repos.

Voici près du séjour deanàaeQ de Virgile

Les champs où ne sont plus Cumes ni la Sybille ;

Ici Baya désert , mais toujours gracieux ,

Et plein du souvenir des Romains et des dieux ;

Là les rocs de Caprée , où l'écho solitaire

Répète sourdement le nom du noir Tibère ,

Et puis là-bas Sorrente et ses rians vergers

D'où le Tasse sortit d'un berceau d'orangers.

Pausilippe, salut ! salut , verte colline

Où retentit encor la voix de Lamartine,

Où les brises du soir m'apportent Uw-à^our

De célestes pm'fuma et des chaasot* d'amour.

Ischia , Procida , délicieux asiles ,

Je vais chercher l'oubli sur vos rives tranquilles ,

Je contemple , couché sous vos jasmins en fleurs,

Le soleil, qui dorant la voile des pécheurs,

Abandonne les mers aux ténèbreç profondes,

Et, tandis qu'à mes pieds viennent mourir les ondes,

J'admire le géant terrible et fastueux

Qui décore son front d'un panache de feux.

Naplesl sur tes bords il est bien doux de vivre ! Ton amoureux zéphyr me caresse et m'enivre ; Aux rayons tout-puissans de ton joyeux soleil Je crois me réveiller d'un triste et long sommeil , Je crois , à ce beau jour que npUe, ombre n'altère , De la céleste aurore entrevoir la lumières Car le pur firmament de ces climats divins, Ne semble pas créé pour les yeux des humains.

Ah î devant ce spectacle et magique et sublime, Où le cœur le plus froid se dilate et s'anime , Devant ces monts lointains de lumière inondés , Devant ces champs heureux , par Dieu seul fécondés, Devant ces nuits d'azur où brillent tant d'étoiles, Surtout devant ces flots où glissent tant de voiles, Si je ne détournais souvent mes yeux ravis, Ici j'oublierais tout , tout ! même mon pays !

Mais non, je ne veux point t'oubtier, ma Vendée ! Ton image en mon cœur par un ange est gardée ; - Les mille enchantemëns qui naissent sous mes pas , De ma mémoire en deuil ne l'effaceront pas.

Et pourtant tes vallons , 6 ma noble patrie ! N'offrent point les attraits de la belle Italie. Sur nos humbles coteaux couronnés dé genêts , L'olive et le citron ne mûrissent jamais. •

Aux rameaux de nos bois on ne voit point les treilles Suspendue les festons de leers grappes vermeilles. Chez nous point de beaux lacs où le poète heureux Se berce en contemplant un ciel voluptueux , Point d'immense horizon, point de flammes superbes Perçant l'ombre des nuits de leurs brûlantes gerbes Notre soleil est triste , et ses pâles rayons Ne tombent qu'à regret sur nos maigres sillons. Toujours sombre et grondant , notre Océan sauvage Ne vient point mollement caresser le rivage , Et Ton n'entend jamais , sur ses flots écumans , S'élever , dans la nuit , les concerts des aman*. L'étranger, sur nos bords , ne trouve point de Rome Étalant la grandeur et le néant de l'homme , Et quand de nos soldats il cherche le tombeau , On lui montre une croix à l'ombre d'un ormeau. Simple et rustique encor, ma patrie adorée > Du seul nom de ses fils avec orgueil parée ,

N'a d'autres monumens queeeux de la valeur , N'a d'autres souvenirs que ceux du vieil honneur! Mais qui ne serait fier d'avoir reçu la vie Sur ce sol de misère et de gloire inouïe, Où le sang des martyro , à torrens répandu , A lait germer partout une mâle vertu , Où quand l'esprit hjunain erre au souffle du doute, La raison des vieux temps poursuit la bonne route , Où sans rougir encor , les fils religieux Gardent avec amour la foi de leurs aïeux?

Vaillant pays, objet de tendresse et de haine r Du fond de cet exil entends ma voix lointaine, Je t'aime! et quand je songe à tes longues douleurs,. Je ne me souviens plus de mes propres malheurs y Je ne nie souviens plus de cette loi fatale Qui repousse mes pas de la terre natale.

Au nom de les combats, au nom de tus revers.

Au nom de tes héros fameux dans l'univers., Ne détourne jamais les yeux , ô ma Vendée !

De l'éternel flambeau qui t'a toujours guidée, Pour aller t'ébkwir à ces nouveaux rayon* Qui, sans les éclairer > brûlent les nations. Hélas ! autour de toi les vérités divines, Presque date tous les cœurs ont perdu leurs racines, Partout le feu sacré s'éteint sur les autels, Et l'orgueil à l'abîme entraîne les mortels l Pour sauver tes enfans dans cette nuit profonde Qui semble menacer tous les peuples du monde , Pour sauver tes enfans , ô Mère ! que ta voix Les réunisse au pied du phare de la croix.

En vain le ciel est noir et la vague écumante, D'un regard calme et fier contemple la tourmente ; L'on ne périt jamais quand l'on prend, comme toi , Pour boussole l'honneur, et pour ancre la Foi.

Sans doute le bonheur doit te sourire encore.

Déjà peut-être il est à la veille dMclore,

Le jour où tu verras , consolateur joyeux ,

Le Fils absent, rentrer au toit de ses aïeux.

Mais si dans ses conseils dont nul ne perce l'ombre,

Le ciel, de tes Bourbons a retranché le nombre ,

Si le bel avenir qui te semblait promis ,

Pour la France perdu , reste à tes ennemis ,

Après avoir mouillé d'une larme dernière

Le vieux drapeau des lys, du moins, sainte «perrière,

Tu garderas Pespdir qui survit au trépas :

Car si les rois s'en vont , Dieu ne sien ira pas !

Septembre 183 t.

SOBBB1WE.

Rome aies pins mélancoliques , Milan les sombres maronniers , Florence les cyprès antiques , Naples les jasmins balsamiques; Mais Sorrente a les citronniers.

Sorrente la ville fermée Aux aquilons comme aux douleurs !

Sorrente la ville embaumée Où la vue hésite , charmée , Entre les femmes et les fleurs !

Oh ! quand les vagues sur sa plage Me déposèrent un matin, Je crus, en touchant le rivage, Entrer sous l'enivrant ombrage De quelque magique jardin.

Venez , mortel» dont l'âme est lasse , Venez , c'est ici le repos !

Ici le jour sourit et passe, Sans jamais laisser plus de trace Que la chanson des matelots.

Un vague besoin de tendresse Trouble seul le ccèur enchanté , Un vent parfumé vous caresse , Et le doux bruit des flots sans cesse Semble un soupir de volupté.

Quand Tonde expire sur la grève Avec les derniers feux du jour, Quand l'esquif passe comme un rêve , Et que du golfe entier s'élève Un concert de joie et d'amour ;

Quand l'astre de mélancolie Vient argentée les rameaux verts , Bercé par la vague amollie , Ici le voyageur oublie Et son pays et l'univers !

Mais toujours cependant une ombre de tristesse Chasse les rêves d'or de'ma f paisible ivresse : Car, hélas ! je suis seul , et dans un autre cœur Je voudrais, ô mon Dieu I répandre mon bonheur; Je voudrais partager cette coupe remplie Tandis qu'elle est encor sans absinthe et sans lie , Avant que la douceur du breuvage de miel N'ait pris en vieillissant l'amertume du fiel. Oh! que n'est-elle ici, près de moi, cette femme Dont le chaste regard est resté dans mon âme , Et dont le souvenir me coûte chaque jour Tant d'inutiles vœux , tant de larmes d'amour ! Oh ! combien j'aimerais à descendre avec elle Aux rivages charmans de cette mer si belle ; A lui montrer la voile errante sur les eaux, A soutenir ses pas aux flancs de ces coteaux ! Combien il serait doux de s'égarer ensemble Sous les mille berceaux que cet Éden rassemble ,

De livrer sa nacelle aux*zéphyrs indolens ,

De se pencher au bord des cratères brûlans ,

De s'asseoir sans témoins au penchant des collines,

A l'ombre des cyprès ou des vieilles ruines ,

Et d'écouter, le soir, couple silencieux ,

Le brisement plaintif des flots harmonieux !

Srjjlcinbre 1834.

A UW CHÈ¥B1BB

S«i «onjbnitflit U foctatt.

Enfant , qui chaque jour promènes Sur la montagne ton troupeau , Et qui chaque soir le ramènes En chantant dormir au hameau ,

Tu ne sais pas combien ta vie A de cbannes et de douceurs , Puisque déjà dans ton envie Tu rêves fortune et grandeurs.

Insensé ! tu crois que la joie N'habite que dans la cité , Tu crois qu'un vêtement de soie Donne seul la félicité.

Quand tu compares ta chaumière Aux palais du coteau voisin , Tu crois que ton toit de bruyère Est une insulte du destin.

Tu crois que les coursiers rapides Qui là-bas passent sous tes yeux ,

N'emportent dans leurs chars splendides Que des mortels au cœur joyeux.

Tu crois que la magnificence Doit sauver l'homme des douleurs , Et que les yeux de l'opulence Ne répandent jamais de pleurs.

Combien ton erreur est profonde ,

Petit berger aux blonds cheveux !

Ali ! si tu connaissais le monde ,

Tu plaindrais ceux qu'on nomme heureux.

Si tu savais quelle tristesse , Quels ennuis , souvent quels remords , Se cachent sous leur allégresse, Tu redouterais leurs trésors.

Mais je veux t'offrir une image De leur sort et de ton destin.

Vois-tu les arbres du mage Qui se bercent dans le lointain?

Tu dois reconnaître sans peine Entre eux tous les rians ormeaux; Le sol fertile de la plaine Les a fait croître grands et beaux.

Durant quelques jours les prairies S'ombragent de leurs rameaux verts , Mais bientôt leurs feuilles flétries S'envolent au souffle des airs.

Et maintenant vois sur ta tête Les pins de ces arides monts ,

Ni les frimât», ni la tempête

Ne peuvent dépouiller leurs fronts.

Eh bien ! le riche de la terre A l'ormeau ressemble , ô berger !

L'un n'a qu'une joie éphémère , L'autre un ornement passager.

Tandis que toi , fils du village , Comme le pin de la hauteur Qui garde en tout temps son feuillage , Tu conserveras le bonheur.

De ton humble sort que tes lèvres, Enfant, ne murmurent donc plus , Va! Dieu t'a fait pasteur de chèvres Pour te donner paix et vertus.

Rappelle-toi que le. brin d'herbe Fleurit du zéphyr caressé , Quand le chêne fort et superbe Près de lui tombe renversé.

Le petit lac de tes montagnes Conserve un éternel azur, Mais le grand fleuve des campagnes Souvent roule un limon impur.

Octobre 1834.

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