‹ Poésies de André ChénierChapitre 107 sur 418 · LYDÉ · texte numérisé non relu

LYDÉ

c Mon visage est flétri des regards du soleil.

Mon pied blanc sous la ronce est devenu vermeil.

J'ai suivi tout le jour le fond de la vallée ;

Des bêlements lointains partout m'ont appelée.

J'ai couru; tu fuyais sans doute loin de moi : 6

C'était d'autres pasteurs. Oh te chercher, ô toi

Le plus beau des humains ? Dis-moi, fais-moi connaître

Où sont donc tes troupeaux, où tu les mènes paître.

0 jeune adolescent ! tu rougis devant moi.

Vois mes traits sans couleur; ils pâlissent pour toi : lo

C'est ton front virginal, ta grâce, ta décence.

Viens ; il est d'autres jeux que les jeux de l'enfance.

0 jeune adolescent, viens savoir que mon cœur

N'a pu de ton visage oublier la douceur.

Bel enfant, sur ton front la volupté réside ; 19

Ton regard est celui d'une vierge timide.

Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au joui',

VI. — L*amour de Lydé tient de la passion de Simetha (TkéocriiC) Idyl., II) ; mais Chénier a eu soin d'adoucir et d'écarter la magie. — C'est bien cet oubli de la pudeur dont parle Virgile, quand il dépeint l'amour de Didon, Enéide, IV, 170. Tel est aussi dans Ovide, Met., IV, l'amour de Salmacis pour Hermaphrodite.

V. 15. Voyez ce que nous avons dit sur le verbe asseoir dans VAveU" gle, 142. Ici André emploie resiWerpour âuseoir. En grec on mettrait é^cÇerac» — Pindare, fiém.y VIII, 5, en parlant de la jeunesse :

. . . .IIa(pdeyiO((Tt xoeè iraiduv èf iÇoi-» ffoê ^Às^sé|90($ ; • «

Marot, Chant royal, a dit avec asseoir :

L'âme de celle où l'amour est assist:

Semble encore ignorer qu*on soupire d'amour;

Viens le savoir de moi ; viens, je veux te rapprendre.

Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre, 20

A(in que mes leçons, moins timides que toi,

Te fassent soupirer et languir comme moi ;

Et qu'enfin rassuré, cette joue enfantine

Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine.

Oh ! je voudrais qu'ici tu vinsses un matin 25

Reposer mollement ta tête sur mon sein !

Je te verrais dormir, retenant mon haleine,

De peur de t'éveiller, ne respirant qu'à peine.

Mon écharpe de lin que je ferais flotter,

Loin de ton beau visage aurait soin d'écarter 30

Les insectes volants et la jalouse abeille... n

La nymphe l'aperçoit, et l'arrête, et soupire.

Vers un banc de gazon, tremblante, elle l'attii^e ;

Elle s'assied. Il vient, timide avec candeur.

Emu d'un peu d'orgueil, de joie et de pudeur. 35

Les deux mains de la nymphe errent à l'aventure.

L'une, de son front blanc, va de sa chevelure

Former les blonds anneaux. L'autre de son menton

Y. 18. Dans Ovide» Met., IV, 429» Hermaphrodite aussi est à cet âge d'innocence :

Pueri nibor ora notavit,

Nescia quid sit amor

V. 29-31 . Dans les peintures gracieuses comme dans les peintures héroïques, on rencontre presque toujours le grand Homère. Le tableau gn^,,,^ j trace Chénier se trouve dans Homère, Iliade, IS, 130, employé comme^^Éj comparaison :

'H Sk T090y fikv tfpyev omb XP^^i ^C ^'^^ f^f^P itoLiSàç iipyvi juiuîav, i$* riSiï ÂéÇsrat uttvu.

Cf. Nonnus, Dûmya., III, 405 ; le Tasse, Ger, lib., Wi, itviu

Caresse lentement le mol et doux coton.

« Approche, bel enfant, approche, lui dit-elle, un

Toi si jeune et si beau, près de moi jeune et belle.

Viens, ô mon bel ami, viens, assieds-toi sur moi.

Dis, quel âge, mon fils, s'est écoulé pour toi ?

Aux combats du gymnase as-tu quelque victoire?

Aujourd'hui, m'a-t-on dit, tes compagnons de gloire, 4:;

Trop heureux ! te pressaient entre leurs bras glissants.

Et l'olive a coulé sur tes membres luisants.

Tu baisses tes yeux noirs? Bienheureuse la mère

Qui t'a formé si beau, qui t'a nourri pour plaire!

Sans doute elle est déesse. Eh quoi ! ton jeune sein so

Tremble et s'élève? Enfant, tiens, porte ici ta main.

Le mien plus arrondi s'élève davantage.

Ce n'est pas (le sais-tu? déjà dans le bocage

Quelque voile de nymphe est-il tombé pour toi?),

V. 39. Expression fréquente chez les poètes pour exprimer le premier duvet de l'adolescence. Ronsard, Franc, Il :

Ce jouvencel à qui le blond coton , Première fleur, sort encor du menton.

Malherbe, p. 47 :

Qu'autant que le premier coton Qui de jeunesse est le message.

Racan, Ode à M. de Bellegarde :

A peine le coton ombrageott son visage. V. 41. Virgile, Égl., II, 45 :

Hue ades, o formose puer

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