‹ Poésies de André ChénierChapitre 115 sur 418 · LES COLOMBES · texte numérisé non relu

LES COLOMBES

Deux belles s'étaient baisées... Le poëte- berger, témoin jaloux (le leurs caresses, chante ainsi :

(( Que les deux beaux oiseaux, les colombes fidèles,

Se baisent. Pour s'aimer les dieux les firent belles.

Sous leur tête mobile, un cou blanc, délicat,

Se plie, et de la neige effacerait l*éclat.

Leur Yoix est pure et tendre, et leur âtne inhocente, s

Leurs yeux doux et sereins, leut* bduche caressante.

L'une a dit à sa sœur : « Ma sœur

Ma sœur, en un tel liétt croissent Torge et lé tnillct..^

L*autour et Toiseleur, enriemià de nos jours. De ce réduit, peut'^re, ignorent les détours. Viens lo

IX. — Segraîs, Égî.t IV, se souvenant de Properee, a tracé un poltt lableau qu'il est intéressant de rapprocher de Tidylle de Chénier :

Âininte, arrête un peu ; vois siir ce vieux cormier

Le baiser amoureux du sauvage ramier,

Le» caresses qu'il fait à sa compai^ne aimée,

Qui d'un même désir se fait voir animée.

Peut-ou, considérant leur innocent souci,

Ne pas dire en soi-même : Heureux qui vit ainsi ! etc.

Et Desportes, dans une pièo6 pleine de sentiment, BefgerieSt chamon :

Que de plai<>ir de voir deut col(HnbeUes, Bec contre bec, en trémoussant des ailes Mille baisers se donner tour à tour, Puis, tout ravy de leur ^àce naïve, Dormir au frais d'une source d'eau vive, Dont le doux bruit semblé parler d'^our.

Gessner, Damon et Phills : « Yois-tu, Philis, vois-tu là-bas sur cet arbre ces deux colombes? Regarde, regarde comme elles entrelacent admira-* blement leurs ailes ! Écoute comme elles gémissent tendrement 1... »

le te choisirai moi-même les graines que tu aimes, et mon bec s'entrelacera dans le tien. »

L'autre a dit à sa sœur : <( Ma sœur, une fontaine Goule dans ce bosquet

L*oie ni le canard n*en ont jamais souillé les eaux, ni leurs cris. Viens, nous y trouverons une boisson pure.

Et nous y baignerons notre tête et nos ailes,

et mon bec ira polir ton plumage. » — Elles vont, elles se promènent en roucoulant au bord de Teau ; elles boivent, se baignent, mangent, puis, sur un rameau, leurs becs s'entrelacent; elles se polissent leur plumage Tune à Tautre.

Le voyageur, passant en ces fraîches campagnes.

Dit : « 0 les beaux oiseaux ! ô les belles compagnes ! » 15

Il s'arrêta longtemps à contempler leurs jeux ;

Puis, reprenant sa route et les suivant des yeux.

Dit : « Baisez, baisez-vous, colombes innpcentesi.

Vos cœurs sont doux et purs et vos voix caressantes ;

Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat, «o

Se plie, et de la neige effacerait l'éclat. »

V. 14. Ce voyageur n'est pas le berger du commencement. Il ne joue qu'un rôle épisodique dans le chant du berger.

V. 18. Voy. un sonnet de Ronsard, Am., II, i.xii, qui se termine ainsi :

0 gentils oiselets, que vous estes heureux 1 etc.

cl dont le souvenir se retrouve dans Racan, I, in :

Petits oiseaux des bois, que vous estes heur'-l De plaindre librement vos tourments arac l'eux.

Ici ces colotnbes sont les deux belles du début. V. 20-21. Voy. A. de Musset, Une soirée perdue.

ÉPIGRAMMES

ÔUR UN GROUPE

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