‹ Poésies de André ChénierChapitre 114 sur 418 · PANNYCHIS · texte numérisé non relu

PANNYCHIS

Plusieurs jeunes filles entourent un petit enfant... le caressent... « On dit que tu as fait une chanson pour Pannychis ta cousine ?... — Oui, je raime, Pannychis... elle eà helle; elle a cinq ans comme moi... Nous avons arrondi ce berceau en buisson de roses... Nous nous promenons sous cet ombrage... On ne peut pas nous y troubler, car il est trop bas pour qu'on y puisse entrer. Je lui ai donné une statue de Vénus que mon père m'a feite avec du buis : eUe rappelle sa fille, elle la couche sur des feuilles dans une écorce de grenade... Tous les amants font toujours des chansons pour leur bergère... et moi aussi j'en ai fait une pour elle... — Eh bien, chante-nous ta chanson, et nous te donnerons des raisins, des figues mielleuses... »

DonnesK-les-moi d'abord, et puis je vais chanter.,.

Il tend ses deux mains... on lui donne... et puis,

D'une voix douce et claire il se met à chanter:

VIII. — Cette idylle est imitée de Gessner, Clymène et Damon ^ : « DiflHipoi, mon bien^aimé, que yeux-tu faire de ce petit autel?.,. ~- ... Ne te souvient-il plus qu'aux jours de notre enfance c'était notre asile favori? lÀ nous n'étions pas plus hauts que cette jeune ancôlie*... -* ... Autour de cet autel je planterai du myrte et des rosiers. Si Pan les protège, leurs rameaux s'élèveront bientôt au-dessus de l'autel et formeront un petit temple de verdure.,. — .Vois-tu ces buissons? ils s'élèvent encore en cintre, quoique incultes maintenant; c'était notre demeure. Nous en avions élevé la voûte aussi haut que nous pouvions atteindre.., — N'avais-je pas planté devant cette maison un petit jardin? Ne l'avions-nous pas entouré d'une haie de joncs? IJne brebis l'eût broutée dans un instant, tant elle était grande. — ... Tu trouvais heureusement une petite image mutilée de rAmour» Eln boqqe mère, tu lui

* Dans d'autres éditions, Dapkné et Mieon,

* Dans le Premier Navi§ati%rj I, Mélide dit : « Je me souviens du temps où je n'étais guère plus haute cpi'un pied d'œilUt, »

lOi POESIES ANTIQUES.

a Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes;

Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes.

Vois comme je suis grand ! vois comme je suis beau ! >

Hier je me suis mis auprès de mon chevreau ;

Par Pollux et Minerve ! il ne pouvait qu'à peine

Faire arriver sa tête au niveau de la mienne.

D'une coque de noix j'ai fait un abri sûr

Pour un beau scarabée étincelant d'azur ; 10

Il couche sur la laine, et je te le destine.

Ce matin j'ai trouvé parmi l'algue marine

Une vaste coquille aux brillantes couleurs ;

Nous l'emplirons de terre, il y viendra des fleurs.

Je veux, pour te montrer une flotte nombreuse, 15

Lancer sur notre étang des écorces d'yeuse.

Le chien de la maison est si doux ! chaque soir

prodiguais tes soins et tes caresses ; une coquille de noix était son lit ; là, bercé par tes chants, il reposait sur des feuilles de roses. » Puis ridée de la cigale s'y ajoute ; mais, dans Gessner, la cigale se blesse en s'envolant, et après ces souvenirs de leur enfance, Damon s'écrie : « Ainsi s'écoulèrent les jours de notre enfance, lorsque dans nos jeux lu étais ma femme et moi ton époux. »

Le nom de Pannychis, qu'André donne a la petite fille, est curieux et témoigne qu'en traçant ce tableau si cliaste et si enfantin, il se souvenait de l'épisode licencieux de Giton et de Pannychis, dans Pétrone, Sot., XXV.

y. 5. Avec un goût exquis André applique au petit enfant amoureux de Pannychis des traits qu'il emprunte au discours que dans Ovide, Met., XIII, 810 et suiv., le géant Polypbème adresse à la blanche Galatée. Ici c'est l'enfant orgueilleux de sa taille comme le géant de la sienne (v. 841) :

Placuitque mibi raea rorma videnti.

Adspice, si m quantus : non est hoc corpore major Jupiter in cœlo

Polypbème se compare à Jupiter et le petit enfant à son chevreau.

y. 10. Dans Ovide, ce sont deux ours que le géant amoureux destine à Galatée.

y. 17-20. A côté de ce tableau nous mettrons une epigramme d'Anyté, Anth., yi, 312 :

'Hvta 5ïj TOC TzalSsi ivi, rpàys^ ooevtxdcvrflc

Mollement sur son dos je veux te faire asseoir;

Et marchant devant toi jusques à notre asile,

Je guiderai les pas de ce coursier docile. » 20

...Il s'en va bien baisé, bien caressé... Les jeunes beautés le suivent de loin. Arrivées aux rosiers, elles regardent par-dessus le berceau, sous lequel elles les voient occupés à former avec des buissons de myrte un temple de verdure autour d'un petit autel, pour leur statue de Vénus. Elles rient. Us lèvent la tête, les voient et leui* disent de s'en aller. On les embrasse... et, en s'en allant, la jeune Myrto dit : « Heureux âge!... Mes compagnes, venez voir aussi chez moi les monuments de notre enfance... J'ai entouré d'une haie, pour le conserver, le jardin que j'avais alors... Une chèvre l'aurait brouté tout entier en une heure... C'est là que je vivais avec Glinias ; il m'appelait déjà sa femme, et je l'appelais mon époux... Nous n'étions pas plus haut que telle plante (1). Nous nous serions perdus dans une forêt de thym... Vous y verrez encore les romarins s'élever en berceau comme des cyprès autour du tombeau de marbre où sont écrits les vers d'Ânyté... Mon bien-aimé m'avait donné une cigale et une sauterelle ; elles moururent, je leur élevai ce tombeau parmi le romarin. J'étais en pleurs... La belle Ânyté (^)

îmtta naidcOeuffC 6cqu iccpc yaôv cUBXat Sfp' ovTOÛç fopirii ^Ttue rtpnofjÀwvi*

Dans rAnthologie grecque, on renccmtre moins souvent qu'on ne pourrait le croire de ces sortes d'épigrammes ; Tamour et la mort y jouent un plus grand rôle que l'enfance. — Ces vers charmants d'André nous enga- ^'ent à rappeler au lecteur un très-joli passage d'Apollonius, Ârg., III, 114, où sont décrits les jeux de Ganymède et de Gupidon. V. 18. « Mollement. » Properce, II, xxvi, a dit en parlant d'Hellé : Aurea quam molli tergore vexit ovi:>.

(1) Ici bien probablement André se serait souvenu, en le modifiant, du vers de Virgile, ÉgL, VIII, 39 :

Jam fragilis poteram a terra conlingere ramos,

qu'avait imité le Tasse, Amuite, I, ii, et que Racan, II, ii, avait ainsi imité de l'italien :

Je o'avois pas douze ans quand la première flamme Des beaux yeux d'Alcidor s'alluma dans mo^ âme ; Il me passoit d'un an et de ses petits bras Cueilloit déjà des fruits dans les branches d'en bas.

(2) c Anyté, » poétesse d'une époque incertaine, dont fait mention TfWon, Or. ad Gr, Elle a laissé quelques épigrammes sur des oiseaux,

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passa, sa lyre à k màm : « Qu'aft4u? me deBiaBcia4-elle. — Ma cigale et ma sauterelle sont mortes... — Ah! dit-^lie, nous deyons tous mourir... » (Cinq ou six vers de morale.) Puis elle écrivit sur la pierre :

(( 0 sauterelle, à toi, rossignol des fougères,

A toi, verte cigale, amante des bruyères,

Myrto de cette tombe éleva les honneurs,

Et sa joue enfantine est himiide de pleurs ;

Car Tavare Achéron, les Sœurs impitoyables S5

Ont ravi de ses jeux ces compagnons aimables. »

des épitaphes et des épigraphes; voy. Brunck, Anal., l, p. 197. Dans ce qui nous reste d'elle, il y a une grande douceur et une délicate sensibilité. Méléagre, Anal., I, p. 1, t, a comparé ses poésies à des lis. Y. 3i-26. Anyté, Anth., VII, 190 :

^A*pl$i rôc )(9t' oipQMpttv hiSônj xal SpMqfoirq:

jimyt Çuvov rûfiSov creuse Mu/»ù, 7ca^6iv(Ov ffrâÇava môpa SixpM • Siaaoc yorp avr&i

Trat'yvi' 6 SxitrnetBiii wx«t' I^"* *Al?5aç.

Quelques-uns attribuent cette épigramme soit à Léonidas, soit i Érynné ; voy. AtUh. Grotii, II, p. 220, et V, p. 57. Il existe sur le même sujet une épigramme d'Argeotarius, Anth., Vil, 364, mais qui» plus sèche de style et de pensée, ne aeml)le être qu'un exercice littéraire d'un imitateur d' Anyté.

Y. 22. M. Chopin, Épigr. irad. de VAtUh. grecque, p. ^8, reproche justement à Ghénier d'avoir doimé à la cigale l'épithète de v^te. La cigale, en effet, a le corps brun, et André avait dû en voir en Italie. C'est par une méprise commune à tous les gens du ^ord que Chénier appelle cigale la grande sauterelle verte, la locusta viridissima de Linné.

V. 23. I^ous aurions peut-être rétabli dans ce vers le nom de Myro qui est dans Anyté, si, averti par la jeune Tarentine, nous n'avions pas dû penser qu'André, trouvant ce nom peu harmonieux, a pu le modifier. —^ c Ijee honneurs, » tout ce qui en fait l'ornement et U pfinire, la pierre, Tinscription, les offrandes, en un mot tout ce qui a pour but d'honorer la mémoire d'un mort.

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