‹ Poésies de André ChénierChapitre 129 sur 418 · VIII. — V. 4. Virgile, Géorg., IV · texte numérisé non relu

VIII. — V. 4. Virgile, Géorg., IV

Tinnitusqlie cie et Matris quate cymbala circnin. Ipsœ considenl medicatis sedibus ; ipsae Intima mofe suo sese in cunabula condenl.

Ces vers de Virgile ont fourni une belle comparaison à Lucain, Phan,, IX, 284, et à Claudien, Six. Cotis. d'HonoriuSj 259. V. 5-9. Virgile, Géorg., IV, 20 :

Vestibulum aut ingens oleasler inumbrel :

Ut, quum prima novi ducent examina reges Vere suo, ludetque favis emissa juventus,... Obviaque hospitiis teneat frondentibus arbos.

V. 10. C'est ainsi que Virgile, Géorg., IV, 557, nous montre les abeilles :

Arbore summa

ConQuere, et lentis uvam demittere ramis.

Détail sur lequel il revient dans V Enéide, VII, 66 :

Et, pedibus per mutua nexis,

Examen subitum ramo frondente pependit.

J étais UQ faible enfant qu'elle était grande et belle;

Elle me souriait et m'appelait près d'elle.

Debout sur ses genoux, mon innocente main

Parcourait ses cheveux, son visage, son sein,

Et sa main quelquefois, aimable et caressante, 5

Feignait de châtier mon enfance imprudente.

C'est devant ses amants, auprès d'elle confus.

Que la fière beauté me caressait le plus.

Que de fois (mais, hélas ! que sent-on à cet âge?)

Les baisers de sa bouche ont pressé mon visage ! io

Et les bergers disaient, me voyant triomphant :

a 0 que de biens perdus ! ô trop heureux enfant ! »

Toujours ce souvenir m*attendrit et me touche. Quand lui-même, appliquant la fiûte sur ma bouche,

Ce qui nous ramène jusqu'à Homère, Iliade^ U, 86 :

'£irs79CÛovro Sk Xecoi.

*H6rc éBveec cio-i /liUaviuv àStvxoiv,

j3oT/9u^ôy ^è nitovrut Iti' avOcfftv eiapivoX^iv-

IX. — Y. 5-6. Combien, selon la nature, les impressions diffèrent ! On se rappelle TefTet que produisent sur J.-J. Rousseau les châtiments de mademoiselle Lambercier. Voy. Confess.j I, i.

X. — Tableau ravissant et complet, qui a déjà dâ tenter plus d'un peintre, plus d'un sculpteur. Quelques sujets très-peu nombreux sont ainsi sur la limite des trois arts. Celui-ci dans l'antiquité avait tenté Polygnotc, dont une des peintures à Delphes (Pausanias, X, 30) représentait Marsyas apprenant à jouer de la flûte à Olympos. C'était un de ces

Riant et m'asseyaiit sur lui, près de sou cœur,

M'appelait son rival et déjà son vainqueur.

U façonnait ma lèvre inhabile et peu sure u

k souffler une haleine harmonieuse et pure;

Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts,

Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt lois,

Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,

A fermer tour à tour les trous du buis sonore. if

Je sais, quand le midi leur fait désirer l'ombre, Entrer à pas muets sous le roc frais et sombre. D'où parmi le cresson et l'humide gravier La naïade se fraye un oblique sentier.

sujets célèbres que les anciens aimaient à reproduire dans la décoration intérieure de leurs maisons. Ce petit morceau est peut-être dû à un souvenir de Gessncr, Lycos et Milon : « Lorsque je balbutiais encore, assis sur les genoux de mon père, s'il jouait qu'^lque air sur son chalumeau, je récoutais dès lors avec attention, et je bégayais l'air après lui, ou bien je lui tirais, en souriant, sa flûte de la bouche, et je formais des sons dissonants. » Longus, Daphnis et Chloc, II, trace avec bien moins de bonheur le tableau de Philétas apprenant à jouer de la flûte aux jeunes bergers. On pourrait rapprocher aussi de ces vers un passage délicieux de Stai:e, Achili , 1 , 572, où le poêle dépemt les jeux d'Achille et de Déidamie :

Modo dulcia iioto

Fila lyrae, tenuesque rnodoi, et carniina monstrat Chironis, ducitque manum, digitosque sonanti Infringit citharac : nunc occupai ora canenlis, Et ligat amplexus, et mille per oscula laudat.

On a déjà justement remarqué la science avec laquelle, dans ces vers, André a vaincu la difficulté d'exprimer ces détails. J.-B. Rousseau, Pal. et Daph.y Églogue, a dit moins heureusement, surtout moins clairement :

Quand sous les doigts légers, l'air, trouvant un passage. Exprimait les accents dont ils traçaient l'image.

XJ. — V. 4. Horace, Od., II, ui :

Et oblique laborat

Lympha fugax trepidare rivo.

Là j'épie à loisir la nymphe blanche et nue b

Sur un banc de gazon mollement étendue,

Qui dort, et sur sa main, au murmure des eaux.

Laisse tomber son front couronné de roseaux.

L'impur et fier époux que la chèvre désire

Baisse le front, se dresse et cherche le satyre.

Le satyre averti de cette inimitié

Affermit sur le sol la corne de son pied ;

Et leurs obliques fronts lancés tous deux ensemble 5

Se choquent; lair frémit, le bois s'agite et tremble.

V. 5 et SUIT. Imité de Gessner, à Daphtié : « Souvent ma Muse se cache dans l'épaisseur des bois pour écouter les dryades et les satyres aux pieds de chèvre ; elle épie dans les grottes les nymphes couronnées de roseaux. 9

XII. — Ce petit tableau a une belle couleur poétique ; André s'est heureusement rencontré avec Oppien, Virgile et Thomson. Voyez Oppien, Chasse, M, 334, et Thomson, Spring, nu moment uù le taureau aperçoit son rival. Virgile, Géorg., III, 222, décrit ainsi le combat des deux taureaux :

Versaque in obnixos urgentur cornua vaste

Cum gemitu : reboant silvaeque et magnus Olympus.

V. 1 . Périphrase fréquente chez les portes grecs et latins. Léonidas, i4«M.,IX, 99:

"llotXoç sÙTtcSyuv otiybi itôcriç

Théocrite, W., VIII, 49 :

'û rpdyty tSv Acuxâv atyôîv ave/9, . , . . ,

Virgile, ÉgL, VII, 7, appelle liî bouc : a Vir gregis, » et Horace, Od., I, xYii, 7, les cl'.èvres : « Olentis uxores mariti. »

Voilà ce que chantait aux Naïades prochaines

Ma Muse jeune et fraîche, amante des foiitaiiies,

Assise au fond d'un antre aux nymphes consacré,

D'acanthe et d'aubépine et de lierre entouré.

L'Amour, qui l'écoutait caché dans le feuillage, b

Sortit, la salua Sirène du bocage.

Ses blonds cheveux flottants par lui furent pressés

D'hyacinthe et de myrte en couronne tressés :

XIII. — Imité de Gessner, à Daphné : « Souvent aussi l'Amour vieut surprendre ma Huse; tantôt dans les grottes vertes, lissues de bran- •clis^ges touffus, tantôt près des ruisseaux ombragés de saules, il écoute ses chants et couronne sn chevelure flottante, quand elle célèbre la tendresse et les doux plaisirs. » — Il pourrait y avoir là aussi un souvenir d'un chœur charmant des Oiseaux d'Aristophane (v. 737). Gomme dans les vers du po"te grec, la Muse bocagère d'André chante assise sous des ombrages. A la fin l'Amour compare la douceur de ses chants à la douceur du miel ; Aristophane aussi compare Phrynichus à l'abeille :

iC ifiiii yivMOi ^oxfBrjç fiiXiav Uxvl v6/*.ouç Upo\ii àvafot.(vtu trefivx Tf fiYjrpi xop£WA*«f' èps(oç, svdcv ùiTKspiï fiéXiTTa ipxivtXOÇ àfiîpoviotv fuHoiv âiceSdtfxero xapnbv, àsï fipav yXuxctav û^otv.

V. 6. (K Sirène du bocage, » Muse du bocage. Chez les poètes grecs â'une époque un peu récente, veip-^v est devenu synonyme de /loïtax. Un poète aiâonyme de l'Anthologie, Anth,, App., 577, a ces vers qui ne sont pas sans rapports avec ceux d'André Ghénier *

^ttSpàif iraXpov "Eptaroç bpêçi, cEtpijva Btirpav, rovSe Mévav^/oov, àil xp&ra TruxaÇd/ievoy.

Un autre poète do VAntfiologie, l\, 18i, appelle Bacchylide >i>« 2«e/9^v

« Car ta voix, lui dit-il, est douce à mon oreille^

(( Autant cpie le cytise à la mielleuse abeille. » 10

Proserpine incertaine

Sur sa victime encor suspendait ses ciseaux, Et le fer, respectant ses longues tresses blondes,

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