LE SATYRE ET LA FLUTE
Toi, de Mopsus ami ! Non loin de Bérécynte Certain satyre un jour trouva la flûte sainte
a Mesurer, » soumettre à une mesure, à un rhythme. C'est l'expression de Virgile.
IV. — Les poètes n'ont jamais traité les satyres avec beaucoup de respect ; plus loin, nous en verrons un rival d'un bouc ; ici le tableau est plus relevé : le rival du satyre est Hyagnis. Un jour, dit la Fable, le rival fut un dieu ; cette fois le satyre paya son orgueil de sa vie, mais il devait avoir au delà de la tombe la consolation de voir son épitaphe composée par Alcée (ÂnaL, I, p. 488).
V. 1. ^ Le premier hémistiche est précieux, et permet en quelque sorte de rétablir l'ensemble de l'idylle. On peut se figurer deux bergers se disputant entre eux le prix du chant, ou mieux, chacun des deux bergers fondant sur son talent poétique l'espérance qu'il a de gagner le cœur de son amante. La jalousie s'allume ; ils s'excitent réciproquement ; l'un d'eux, pour prouver son talent, rappelle à son rival l'amitié que Mopsus a conçue pour lui, amitié d'aitistes, née d'une mutuelle admiration (Mopsus, en effet, nous est présenté comme un chanteur et un poète émérite dans Virgile, Égl., Y) ; mais le rival aussitôt lui répond qu'il s'est laissé prendre aux éloges railleurs de Mopsus, et il lui cite l'histoire de ce satyre qui, lui aussi, s'imaginait avoir le talent d'Hyagnis. Au surplus, n'est-ce pas la même pensée que dans le passage de Virgile, Égi.f III, 25, où Damète se vante d'avoir vaincu Damon, et où Ménalquc lui répond :
Cantando tu illum ? aut unquam libi flstula cera Juncta fuit? Non tu in triviis, indocte, solebas Stridenti miserum stipula disperdere carmen?
ci dans le passage de Galpurnius, Égl., VI, 22, où Astylas répond à Lycidas qui se vante de sa victoire :
Vincere tu quemquam ! Vel te certamine quisqnam Digne(ur> qui vix atUlantes, aride, voces Rumpis et expellis, maie singultantia. verbal
Dont Hyagnis calmait ou rendait furieux
Le cortège énervé de }a mère des dieux.
Il appelle aussitôt, des fanges du Méandre, 5
Les nymphes de l'Asie, et leur dit de Tentendre;
Que tout Tart d'Hyagnis n'était que dans ce bui;
Qu'il a, grâce au destin, des doigts tout comme lui.
On s'assied. Le voilà qui se travaille et sue,
Souffle, agite ses doigts, tord sa lèvre touffue, lo
Enfle sa joue épaisse, et fait tant qu'à la fni
Le bois résonne et pousse un cri rauque et chagrin.
« Bérécynte, » montagne de Phrygie, où se célébraient les mystères de Cybèle, la mère des dieux (Strabon, X, m, 1 2) . Selon Etienne de Byzance, une ville de Phrygie portait aussi ce nom. — Ronsard, Franc; appelle Cybèle la Bérécyniienne.
V. 3. « Hyagnis, » selon Apulée, Flor., III, fut le père et le maître de Marsyas, le joueur de flûte. Voy. Pseudo-Plut., X, Marsyas, de FluvUs.
V. 4. Voy. Catulle, de Berecynthia et Aty. — « Énervé, » non pas au figuré, mais au sens réel et physique, en latin semivir. Martial, m, 91 :
Senuviro Cybeles cum grege junxit lier.
Cf. Virgile, Enéide, IV, 215. On le rendrait aussi en latm Tpar eviratus ; voy. Catulle, LXIIl.
V. 5-6. Voici un de ces passages où il serait nécessaire d'avoir le manuscrit sous les yeux, car nous soupçonnons ici une correction fâcheuse de M. de Latoucbe. En tout cas, André suppose le satyre, non loin de Bérécynte, placé sur les bords du Méandre, au cours lent et vaseux, et près du confluent du Marsyas; et c'est de là (des fanges du Méandre) qu'il appelle à grands cris les nymphes de VAsie. Ici l'Asie n'est point la contrée qui porte ce nom, mais le lac ou marais d'Asia, dont parle Virgile, Géorg., I, 384 et Enéide, VII, 701, et qui s'étend dans le bassin du Caystre jusqu'aux collines qui séparent ce fleuve du Méandre.
V. 8. Hyagnis fut, dit-K)n, le premier qui imagina de lever et de baisser les doigts sur la flûte. Voy. Apulée, Flor., III ; cf. Ânth., IX, 340.
V. 9. Dans le combat d'Apollon et de Marsyas (Apulée, Flor., III) : «L Mu88B cum Hinerva dissimulamenti gratia judices adstitere, adderidendam scilicet monstri illius barbariem, nec minus ad stoliditatem puniendam. » De même, dans le combat des Muses et des Piérides [Ovide, Met., V, 317), les Nymphes sont juges et s'assoient sur des sièges taillés dtna le i^oc.
V. 12. Dans Galpurnius, Égl.,\, 6, des enfants qui ont troiIVé la flûlt
L'auditoire étonné se lève, non sans rire.
Les éloges railleurs fondent sur le satyre.
Qui pleure, et des chiens même, en fuyant vers le bois, is
Évite comme il peut les dents et les abois.
Accours, jeune Ghromis, je t*aime et je suis belle, Blanche comme Diane et légère comme elle. Comme elle grande et fière; et les bergers, le soir, Lorsque, les yeux baissés, je passe sans les voir. Doutent si je ne suis qu*une simple mortelle, s
Et, me suivant des yeux, disent : « Gomme elle est belle ! »
de Pan nous offrent un petit tableau semblable à celui que nous trace André :
Hanc pueri (tanquam praedam pro carminé possent Sumere, fasque esset calamos tractare deorum) Invadunt furlo : sed nec resonare canorem Fistula, quem suerat, nec vull contexere carmen; Sed pro canninibus maie dissona sibila reddit.
V. 13. Les Muses (Apulée, Flor., III) traitent avec autant d'irrévérence le pauvre Marsyas : « Risere Muse quum audirent hoc genus crimina, sapienti exoptanda, ApoUini objectata. »
y. 15. « Des chiens tnéme. >> Ici, selon les grammairiens, même de* vrait prendre la marque du pluriel ; mais le mot même, pour André comme pour nos vieux écrivains, est presque toujours adverbe et Vs finale n'est alors qu'une lettre facultative. Yoy. Génin, Variations (ht langage français, p. 101 et suiv. Très-souvent dans Chénier on trouve euxmême, nous-méme et vous-même. Les poètes de l'époque d'André offrent de fréquents exemples de cette licence.
V. — > C'est à tort que l'édition 1839 avait joint ces yers aux suivants et que nous avions fait de même dans notre première édition. Ce sopt deux fragments différents.
V. 5-6. Ce passage rappelle les paroles que, dans VIliade, III, échangent à voix basse les vieillards troyens quand ils voient Hélène s'avancer vers la tour.
Néère, ne va point te confier aux flots De peur d*étre déesse, et que les matelots N'invoquent, au milieu de la tourmente amère, La blanche Galatée et la blanche Néère.
EDPHROSYNE
Ah ! ce n'est point à mçi qu'on s'occupe de plaire.
Ma sœur plus tôt que moi dut le jour à ma mère.
Si quelques beaux bergers apportent une fleur.
Je sais qu'en me ToiTrant ils regardent ma sœur;
S'ils vantent les attraits dont brille mon visage, 5
Ils disent à ma sœur : « C'est ta vivante hnage. »
Ah! pourquoi n'ai-je encore vu que douze moissons?
Nul amant ne me flatte en ses douces chansons ;
Nul ne dit qu'il mourra si je suis infidèle.
Mais j'attends. L'âge vient. Je sais que je suis belle. 10
Je sais qu'oji ne voit point d'attraits plus désirés
VI. — Ce fragment, différent du précédent, rappelle les vers déjà cités de Properce, p. 64 :
Quod si forte luos Tidisset Glaucus ocellos Esses lonii facta puella maris.
V. 4. a GahUée, » fille de Dons et de Nérée, aimée de Polyplième. (Lucien, Dial. mar., I; Ovide, Met., XIII, 758.)
^11. — V. 6. Dans Racine, Mithr., III, y, Monime dit à Hithridate en lui parlant de son fils :
Cette vivante image en qui vous vous plaisez.
Qu*un visage arrondi, de longs cheveux dorés. Dans une bouche étroite un double rang d'ivoire. Et sur de beaux yeux bleus une paupière noire.
A compter nos brebis je remplace ma mère ;
Dans nos riches enclos j'accompagne mon père;
J'y travaille avec lui. C'est moi de qui la main.
Au retour de l'été, fait résonner l'airain
Pour arrêter bientôt d'une ruche troublée 5
Avec ses jeunes rois la jeunesse envolée.
Une ruche nouvelle à ces peuples nouveaux
Est ouverte ; et l'essaim, conduit dans les rameaux
Qu'un olivier voisin présente à son passage.
Pend en grappe bruyante, à son amer feuillage. 10