LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
Se pressaient, nous dit-on, sur les traces d*Orphée ; 40
Des murs, fils de la lyre, ont gardé les Thébains ;
Arion à la lyre a dû de longs destins.
Je lai dois des plaisirs : j'ai vu plus d*utfe belle,
A mes accents émue, accuser Tinfidèle
Qui me faisait pleurer et dont j*étais trahi, 45
Et souhaiter l'amour de qui le sent ainéi.
Mais, dieux ! que de plaisir quand, muette, immobile.
Mes chants font soupirer ma nai(ve Camille ;
Quand mon vers, tour à tour huii^ble, doux, outrageant.
Éveille sur sa bouche un sourire indulgent ; so
Quand, ma voix altérée enflammant son visage.
Son baiser vole et vient Tarrêter au passage !
Oh ! je ne quitte plus ces bosé[uets enchanteurs
Où rêva mon Tibulle aux soupirs séducteurs,
Oii le feuillage encor dit Corinne charmante, 55
OùCpthie est écrite en Técaroe odorante,
Où les sentiers français ne me conduisaient pas,
Où mes pas de Le Brun ont rencontré les pas.
Ainsi, que mes écrits, enfants de ma jeunesse,
Soient un code d*amour, de plaisir, de tendresse ; 60
y. 41. Thèbes, fondée par Gadaios, fut agrandie par Zéthus et par Amphion, qui, dit-on, amenait les pierres au son' de la lyre ; voy. ApoU., Arg., I, 735.
y. 42. Yoy. Poénes antiques, Élégies, v, 20.
y. 46. Ovide, Âm,, II, xvii, 27 :
Sunt mihi pro magno felleia carmina censu,
Et multsB per me nomen habere tolunt.
Novi aliquam, quse se circumferat esse Corinnam.
Segrais, Égl., I, imitant Virgile, Égl., II, 55:
Qtfe n'eût pas fait Iris, pour en apprendre autant?
y. 54. « Mon Tibulle, 9 yoy. le Jeu de Paume, ▼. 44, et Élégies, I, ni, 24. — Boileau, AH. poél,, II, a dit :
Amour dictait les ters que soupirait llbullf.
y. 55, 56. « Corinne, » la muse d*Oyide ; a Cynthie, » la muse de Properce (cf. Prop., I, xvui, 21).
Que partout de Vénus ils dispersent les traits;
Que ma voix, que mon âme y vivent à jamais ;
Qu'une jeune beauté, sur la plume et la soie,
Attendant le mortel qui fait toute sa joie,
S'amuse à mes chansons, y médite à loisir 65
Les baisers dont bientôt elle veut l'accueillir.
Qu'à bien aimer tous deux mes chansons les excitent;
Qu'ils s'adressent mes vers, qu'ensemble ils les récitent;
Lassés de leurs plaisirs, qu'au feu de mes pinceaux
ils s'animent encore à des plaisirs nouveaux ; 7
Qu'au matin sur sa couche, à me lire empressée.
Lise du cloître austère éloigne sa pensée ;
Chaque bruit qu'elle entend, que sa tremblante main
Me glisse dans ses draps et tout près de son sein ;
Qu'un jeune homme, agité d'une flamme inconnue, . 75