LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
0 mon cœur ! ô mes sens ! laissez-moi respirer;
Laissez-moi dans la paix et Tombre solitaire
Travailler à loisir quelque œuvre noble et fière 20
Qui, sur Tamas des temps propre à se maintenir,
Me recommande aux yeux des âges à venir.
Mais non ! j'implore en vain un repos favorable ;
Je t'appartiens. Amour, Amour inexorable !
Ëh bien! conduis-moi aux pieds de... Je ne refuse aucun esclavage... Conduis-moi vers elle, puisque c'est elle que tu me rappelles toujours... Allons, suivons les fureurs de Tàge ; mais puisset-il passer vite!... Puisse venir la vieillesse!... La vieillesse est seule heureuse. (Contredire' pied à pied l'élégie contre la vieillesse.)
Le vieillard se promène à la campagne, se livre à des goûts innocents, étudie sans que les vaines fureurs d'Apollon le fatiguent... Les soins de la propreté, une vie innocente, font fleurir .• la santé sur son visage; s'il devient amoureux d'une jeune belle,
Il a le bien d'aimer sans en avoir les peines ; 25
Il n'en exige rien, il ne veut que l'aimer.
Elle y consent, tout le monde le sait ; elle le permet,
et n'en fait pas mystère,
Et ne le reçoit point avec un œil sévère,
N'alTecte point de rire en le voyant pleurer,
Ne met point son étude à le désespérer. 30
Non ; il entre, elle accourt ; une aimable indulgence
Sourit dans ses beaux yeux au vieillard qui s'avance :
Il l'embrasse. Il n'a point ces suprêmes plaisirs
Dont son âge paisible ignore les désirs...
V. 25. Saint-Lambert, dans un poème long et froid, sur les Charmes de la vieillesse:
La beauté peut donner une volupté pure Sans porter dans nos cœurs le trouble du désir.
Sénèque, Ép. ad Luc, XII, a touché quelques mots des avantages de la ^vieillesse, mais, il faut le dire, un peu en rhéteur.
Mais il est assis près d'elle, il la voit : elle livre ses bras à ses baisers,
A ses débiles mains laisse presser ses flancs, 35
Et le caresse, et joue avec ses cheveux blaocs.
Les petits garçons et les petites filles, qui jouent, sautent de joie en l'entendant venir. Il se mêle avec (•), il fait la paix, il est l'arbitre de leurs jeux. Quand il y a une belle partie à la promenade, à Tombre on Tattend, on lui garde la meilleure place.
Au sein de ses amis il éteint son flambeau,
Et ceux qui Tout connu pleurent sur son tombeau.
Partons, la voile est prête, et Byzance m'appelle.
Je suis vaincu ; je suis au joug d'une cruelle.
Le temps, les longues mers peuvent seuls m'arracher
Ses traits que malgré moi je vais toujours chercher ;
Son image partout à mes yeux répandue, b
(*) « Il se mêle avec. » Dans l'éd. 1839, on a corrigé et mis : a II se mêle avec eux. » L'expression d'André n'est qu'une inattention, ou plutôt c'est le style abrégé d'une note manuscrite. Ce serait une faute. On trouve cependant le mot avecque employé sans complément par nos vieux écrivains, à l'époque où la langue n'était pas encore fixée. — Villon, Grand Test., II :
l*'oy ue lui doy, ne hommage aveeque.
On le trouve même dans la Fontaine, Fahl , IV, xx :
Il avait dans la terre une somme enfouie. Sou cœur avec