‹ Poésies de André ChénierChapitre 198 sur 418 · V. 18. Virgile, Géorrj., III · texte numérisé non relu

V. 18. Virgile, Géorrj., III

Tardis ingens ubi fluxibus errai

Miucius, et lenera prœlexil arundine ripas.

J'ai su, pauvre et content, savourer à longs traits

Les muses, les plaisirs, et l'étude et la paix. 20

Qui ne sait être pauvre est né pour l'esclavage.

Qu'il serve donc les grands, les flatte, les ménage ;

Qu'il plie, en approchant de ces superbes fronts,

Sa tète à la prière, et son âme aux aflronts.

Pour qu'il puisse, enrichi de ces affronts utiles, 25

Enrichir à son tour quelques têtes ser viles.

De ses honteux trésors je ne suis point jaloux.

Une pauvreté libre est un trésor si doux !

Il est si doux, si beau, de s'être fait soi-même.

De devoir tout à soi, tout aux beaux-arts qu'on aime ; 30

Vraie abeille en ses dons, en ses soins, en ses mœurs,

D*avoir su se bâtir, des dépouilles des fleurs,

Sa cellule de cire, industrieux asile

Oîi l'on coule une vie innocente et facile ;

De ne point vendre aux grands ses hymnes avilis ; 35

De n'offrir qu'aux talents de vertus ennoblis,

Et qu'à l'amitié douce et qu'aux douces faiblesses.

D'un encens libre et pur les honnêtes caresses !

Ainsi l'on dort tranquille, et, dans son saint loisir,

Devant son propre cœur on n'a point à rougir. 40

Si le sort ennemi m'assiège et me désole,

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