‹ Poésies de André ChénierChapitre 199 sur 418 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. - VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. - VOYAGES

On pleure : mais bientôt la tristesse s'envole ;

Et les arts, dans un cœur de leur amour rempli,

Versent de tous les maux riudiflérent oubli.

Les délices des arts ont nourri mon enfance. ai

Tantôt, quand d'un ruisseau, suivi dès sa naissance,

La nymphe aux pieds d'argent a sous de longs berceaux

Fait serpenter ensemble' et mes pas et ses eaux.

Ma main donne au papier, sans travail, sans étude.

Des vers fils de l'amour et de la solitude ; &o

Tantôt de mon pinceau les timides essais

Avec d'autres couleurs cherchent d'autres succès :

Ma toile avec Sappho s'attendrit et soupire ;

Elle rit et s'égaye aux danses du satyre ;

Ou l'aveugle Ossian y vient pleurer ses yeux, 55

Et pense voir et voit ses antiques aïeux

Qui dans l'air, appelés à ses hymnes sauvages,

Arrêtent près de lui leurs palais de nuages.

Beaux-arts, ô de la vie aimables enchanteurs.

Des plus sombres ennuis riants consolateurs, 60

Amis sûrs dans la peine et constantes maîtresses,

Dont l'or n'achète point l'amour ni les caresses,

Beaux-arts, dieux bienfaisants, vous que vos favoris

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