LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
Voilà le cercle entier qui, le soir quelquefois,
A des vers non sans peine obtenus de ma voix, 80
Prête une oreille amie et cependant sévère.
Puissé-je ainsi toujours dans cette troupe chère
Me revoir, chaque fois que mes avides yeux
Auront porté longtemps mes pas de lieux en lieux,
Amant des nouveautés compagnes de voyage ; 85
Courant partout, partout cherchant à mon passage
Quelque ange aux yeux divins qui veuille me charmer.
Qui m'écoute ou qui m'aime, ou qui se laisse aimer !
XXU
L'art, des transports de l'âme est un faible interprète; L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poète. \
V. 80. Horace, Sot., I, iv, 73, nous parle aussi de ce cercle d'amis sûrs :
Non recito cuiqnam, nisi amicis, idque coaclus.
Et Sat.f l, X, 80, il nous donne leurs noms. Thomson, Seas. : Winter, célèbre aussi ce cénacle de juges, amis et cependant séyères. — Ce sont les mœurs littéraires du dix-septième siècle. Boileau, Art poét., I, adit :
Faites-vous des amis prompts à vous œnsurer. Qu'ils soient de vos écrits les confidents sincères, Et de tous vos défauts les zélés adversaires.