‹ Poésies de André ChénierChapitre 203 sur 418 · V. 88. Ovide, Am., I, m · texte numérisé non relu

V. 88. Ovide, Am., I, m

Aut amet aut faciat cur ego semper amem.

Éd. 1839;

Qui m'écoule ou qui m'aime, ou qui me laisse aimer.

Pour justifier la leçon de l'éd. 1819, il suffît de rappeler le vers de Mnasyle et Chloé :

J'aurais dû l'inviter, d'une voix douce et tendre, A se laisser aimera à nC aimer, à m' entendre.

XXII. — V. 2. C'est la pensée de Pindare, 0/., IX, 152 : «TbSt yuS, xpirivrov âtrav. » C'est surtout la célèbre pensée de Démocrite telle que nous la rapporte Cicéron, de Oratore, II : « Saepe enim audiyi, poetam bonum neminem (id quod a Democrito et Platone in scriptis re-> lictum esse dicunt) sine inilammatione animorum existere posse et sine

Sous sa fécondité le génie opprimé

Ne peut garder Touvrage en sa tête formé.

Soit que le doux amour des nymphes du Per messe, 5

D'une fureur sacrée enflammant sa jeunesse,

L'emporte malgré lui dans leurs riches déserts,

Ou l'air est poétique et respire des vers ;

Soit que d'ardents projets son âme poursuivie

L'aiguillonne du soin d'éterniser sa vie ; 10

Soit qu'il ait seulement, tendre et né pour l'amour,

Souhaité de la gloire, afin de voir un jour.

Quand son nom sera grand sur les doctes collines.

Les yeux qui rendent faible et les bouches divines

Chercher à le connaître, et, l'entendant nommer, 15

Lui parler, lui sourire, et peut-être Taimer;

Malgré lui, dans lui-même, un vers sûr et fidèle

Se teint de sa pensée et s'échappe avec elle.

Son cœur dicte ; il écrit. A ce maître divin

11 ne fait qu'obéir et que prêter sa main. 20

S'il est aimé, content, si rien ne le tourmente.

Si la folâtre joie et la jeunesse ardente

Étalent sur son teint l'éclat de leurs couleurs.

Ses vers, frais et vermeils, pétris d'ambre et de fleurs,

quodam afflatu quasi furoris. 9 Cette furar^ c'est l'inspiration, c'est le dieu, Btéit qui fatigue le sein du poète. C'est ainsi que Platon, Ion, \, nous dépeint le poète dans l'ivresse de la composition : c 'Evdcoc, Stcntsp oi xo/suSavrcûvreç. > -^ Ces transports ne sont ni vains, ni trompeurs ; mais l'art ne suffit pas pour en saisir le secret. II faut au poète la nature, le cœur, V influence secrète du dieu. Aussi Horace, Ep. ad Pis,, 295, attaque tous ceux qui se croient et se disent poètes parce qu*ila savent afTecter les signes extérieurs de l'inspiration poétique. Plus loin, V. 408, il dit dans un passage dont se souvenait certainement André :

Natura fieret laudabile carmen. an arte, Quaesitum est : ego née studium sine divite vena, Nec rude quid possil video ingenium ; al (cri us sic Altéra poscit opem res, et conjurât amice.

V. 5-16. Nous avons rétabli à leur place ces douze vers, qu'on avait laissés dans les fragments.

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